Obama : un symbole, pas (encore) un changement
Mes chers lecteurs,
Je crois que vous avez tous entendu la nouvelle : les États-unis d’Amérique ont un nouveau président, et celui-ci est le fils d’une femme blanche et d’un homme noir, un métis. Une belle, une grande victoire, pour un pays au bord de l’asphyxie, qui a trouvé en cet homme une nouvelle concorde.
Les raisons de la victoire d’Obama sont évidentes. Il y a d’abord cette « succession facile », cette nécessité extrême d’un renouvellement complet de l’administration américaine après la tornade néo-conservatrice. Deux guerres, deux bourbiers ; un néolibéralisme qui a conduit à la seconde – ou la première – plus grave crise économique de l’histoire de la planète ; des déficits publics et commerciaux records, combinés à une politique de redistribution en faveur des plus riches ; un ouragan qui a dévasté le sud du pays sans que le gouvernement ne réagisse assez vite pour sauver des vies ; l’isolation internationale progressive d’un pays systématiquement conflictuel avec ses partenaires ; une immense ghettoïsation progressive des américains sur des critères de richesse et de race ; une grave décadence de la pensée au travers l’autorisation du créationnisme. Tel est le bilan de celui qui est déjà considéré comme le pire président de l’histoire du pays, George W. Bush, et de ses amis néo conservateurs. Tout cela a grandement facilité les choses pour le candidat démocrate.
Mais aussi, il faut reconnaître l’incroyable travail des cadres du parti qui ont tout simplement su mener une campagne qui, selon ma mémoire, fut un véritable sans-faute. Ce que j’ai envie d’appeler une « grande transition », c’est-à-dire le déplacement du débat électoral de la question étrangère vers la question économique, a été superbement gérée. Car n’oublions pas qu’Obama n’étais pas en si bonne position que ça avant l’émergence de la crise économique. Mc Cain incarnait à l’époque l’expérience, un homme rassurant, extrêmement compétent, utile dans les situations difficiles. Mais les démocrates ont su complètement renverser la vapeur, Obama s’imposant comme l’homme providentiel dans la crise, alors que Mc Cain semblait dépassé par les évènements et complètement hors de la réalité, comme en témoigna sa fameuse réplique : « Les fondamentaux de notre économie sont sains ».
Homme providentiel qui a d’ailleurs eu un talent subtil dans la personnalisation progressive de son rapport avec les américains. Incarnant le rêve américain passé et futur, entre métissage et audace, il a su redonner la fierté à une population perdue. Changement et espoir : son credo, intelligent, valorisait le fantasme américain du rêve américain, si j’ose dire, que lui-même incarnait ! « Yes, we can », ont-ils dit. Ils l’ont fait. Ils ont ressuscité le rêve américain par Obama. Il a valorisé le mythe tout en l’incarnant lui-même. Politiquement, c’est brillant. Voilà une belle leçon pour les démocrates… français, qui manquent toujours d’un leader charismatique…
En tout état de cause, cette élection est un grand tournant historique. Peut-être commençons nous vraiment ce XXIè siècle, qui est annoncé comme celui du mélange, du métissage, de l’ouverture.
Mais d’ici là, ne confondons pas révolution symbolique et changement. Car je doute vraiment que, sous prétexte d’avoir un Président métis, les derniers racistes américains rendent définitivement les armes. Ce genre de discours, euphoriques, me rappelle ceux prononcés lors de la victoire de la France « black-blanc-beur » après la coupe du monde de 1998. On nous promettait une formidable concorde. Dix ans après, où en sommes-nous ?
Ben