Tutorial (II) : La dette publique
LA DETTE PUBLIQUE : DEFINITIONS, ENJEUX
Mise en valeur par François BAYROU lors de la campagne présidentielle de 2007, l'importance de l'état de nos finances publiques touche dorénavant de plus en plus
les citoyens français. Il s'agit en effet de garder un oeil sur un indicateur de plus en plus inquiétant de notre économie, qui, sans annoncer la faillite, nécessite une réaction
urgente de l'administration publique.
I) Définition et état des lieux
La dette publique peut être observée sous deux aspects qu'il ne faut pas confondre lors de leur médiatisation.
La dette publique est le montant total de toutes les dettes de l'Etat. Elle correspond à tout ce qu'il doit aux financeurs.
Le déficit public est le manque à gagner de l'Etat sur une année (en comptabilité nationale) : c'est à dire la différence entre ses recettes et ses dépenses sur douze mois.
L'accumulation des déficits successifs (ou des excédents) aboutit à la dette publique.
La dette publique est estimée aujourd'hui à 1 150 milliards d'euros (selon les critères de Maastricht), soit à 64,2% du PIB (c'est à dire que la valeur totale
des emprunts de l'Etat est égale à 64,2% de la richesse de tout le pays). Il est beaucoup plus important de regarder la dette à l'aide de ce pourcentage qu'à l'aide de la valeur nominale (c'est à
dire : en monnaie), puisqu'un pays comme la France peut supporter une dette de 1150000000000 €, contrairement au Zimbabwe! La dette publique française est donc égale à 18053€ par
habitant.
A titre d'information, voici les évolutions historiques de ces deux indicateurs :


Note : le budget de l'année 2006 a été exceptionnellement bon en raison de la privatisation des sociétés d'exploitation des autoroutes.
Qui participe à cet endettement?
L'Etat y contribue à 78%.
Les administrations locales : 10%
Les administrations de la Sécu : 3%
Autres organismes liés à l'administration : 9%
La France adhérant à l'UE, a comme devoir de ne jamais avoir un déficit supérieur à 3% du PIB. D'où les débats actuels à Bruxelles, avec un Conseil et une Commission de plus en plus
agacés.
II) Impact budgétaire de la dette
L'augmentation de la dette publique a un impact négatif sur la politique économique à mener. Nicolas Sarkozy déplore que "les caisses [soient] vides". En effet, à partir du moment où quelqu'un
s'endette, il doit payer des intérêts, c'est à dire rembourser une somme plus importante que ce qu'il a emprunté. Aujourd'hui, si l'Etat français n'avait pas à payer ces intérêts, le budget
national serait à l'équilibre. C'est à dire que la dette nous force à nous endetter : le premier ecueil de l'endettement est le cercle viscieux. En plus, le paiement des intérêts empêche
l'Etat de se concentrer sur la resditribution ou sur la relance de la croissance. De nombreux ministères sont aujourd'hui en manque d'argent, y compris dans les fonctions régaliennes de
l'Etat (éducation, justice, défense).
III) Impact financier (version simplifiée) de la dette
Pour simplifier, considérons qu'il n'existe qu'un seul marché financier. Sur ce marché, il y a deux types d'agents : ceux qui ont de l'argent à prêter, et ceux qui
recherchent de l'argent.
Ceux qui ont de l'argent à prêter : ce sont les ménages et l'Etat. Imaginons que vous placiez 1000€ sur votre compte épargne, avec un taux de 3,5% par an sur 5 ans (c'est un exemple!). La
banque vous devra 1035€ en 2013. Pour gagner ces 35 euros, elle va donc aider ceux qui ont besoin d'argent...
Ceux qui empruntent : ce sont, en général, les entreprises. Elles empruntent pour investir. Imaginons que l'entreprise TOTO veuille acheter une machine à 1000€ pour gagner 250€ en
plus par an. Elle va contacter une banque : celle-ci pourra donner 1000€ à TOTO, grâce à votre épargne. Elle demandera en retour un taux de 4% sur cinq ans. TOTO achète donc sa machine,
et grâce à elle, accumule 1250€ de bénéfices supplémentaires. En 2013, elle rembourse à la banque 1040€. Elle est donc bénéficiaire de 210€. La banque, elle, peut vous rembourser 1035€ grâce à
son investissement. Elle est bénéficiaire de 5€, vous de 40€.
A cet exemple basique, ajoutez maintenant l'intervention de l'Etat qui souhaite se financer par déficit.
Il émet des titres, c'est à dire une demande de financement supplémentaire. Dans notre exemple simplissime, cela signifie en quelque sorte que "l'épargne publique devient négative". Cela
veut donc dire que ceux qui ont de l'argent à prêter sont moins nombreux, alors que les demandeurs d'argent sont toujours aussi nombreux. C'est à dire encore, que l'offre de financement est
inférieure à la demande de financement. Le marché est en déséquilibre, et pour se rééquilibrer, il a besoin d'inciter les gens à épargner plus. Il augmente donc les taux d'intérêts (qui
déterminent les gains de ceux qui épargnent). Le problème, c'est qu'augmenter les taux revient à rendre le prêt plus cher pour les entreprises. Reprenons mon exemple :
Les taux ont augmenté, et vous épargnez donc 1000€, mais à 10%. Cela veut dire que la banque vous devra 1100€ en 2013.
TOTO a toujours besoin de sa machine. Mais comme les taux ont augmenté, la banque, qui veut rester bénéficiaire, la fait emprunter 1000 € à 20%.
TOTO gagne 1250€ grâce à sa nouvelle machine, comme précédemment. Mais cette fois, elle devra rembourser 1200€. Elle n'est donc plus bénéficiaire que de 50€.
Dans d'autres cas, on pourrait imaginer (et c'est ce qui arrive souvent en réalité) que l'entreprise soit carrément déficitaire dans l'opération : elle n'a donc même pas intérêt à investir.
L'endettement de l'Etat revient donc à pénaliser l'investissement, donc la croissance. Donc l'emploi. Donc ses propres recettes...
Très théoriquement, si nous supprimions la dette publique, cela reviendrait à dire que chaque français épargne 18 053€ en plus. Imaginez-vous...!
Ben