Europe & USA au XXIs : Quels rapports, quelle défense ?
Le sujet du jour s’inspire en grande partie d’une conversation que j’ai eue avec Pierre.
Bonjour à tous, mes chers lecteurs.
Le Parti Démocrate venant de nommer officiellement B. OBAMA candidat aux élections présidentielles, nous sommes en mesure d’espérer une diplomatie américaine plus respectueuse du droit international. Pour peu qu’il soit élu, ce qui, je vous le concède, est encore loin d’être joué.
Comme nous nous en apercevons de plus en plus au fur du temps, le XXIè siècle s’annonce plein d’enjeux et de graves dilemmes. Parmi eux, je vous ai déjà présenté, de manière générale, celui de l’expansionnisme Russe et des dangers qu’il représente pour l’Europe. Il y a, il me semble, un lien à faire entre cette situation et l’avenir de l’occident de manière générale.
Peut-être n’avez-vous pas remarqué, mais en terme de nombre d’Etats, l’Union Européenne (UE) est composée dorénavant pour moitié de membres ayant directement subi la présence soviétique durable sur leur sol, dans leur histoire. Et il faut bien voir que depuis la fin de la Guerre Froide, ces pays ont toujours cherché à s’assurer, tant par l’Alliance Atlantique que par l’UE, un soutien de l’occident vainqueur contre les tentatives d’immixtion russes. Et il est donc normal que ces pays expriment aujourd’hui non seulement leur inquiétude face à l’attitude de Moscou, mais aussi leur besoin de réponse européenne, et américaine. On comprend mieux pourquoi les Polonais se sont dotés d’un système antimissile américain il y a quelques jours.
Car soyons bien clairs : l’Europe de la Défense n’existe quasiment pas pour l’instant. Le dispositif actuel prévoit que la défense du continent est assurée par l’OTAN. En revanche, il est possible que l’Union intervienne militairement à l’extérieur (comme ce fut le cas depuis les années 1990 dans l’Afrique des Grands Lacs ou en ex-Yougoslavie), sous réserve que l’ensemble des pays membres soient d’accord. C’est la PESC, la Politique Etrangère et de Sécurité Commune.
C’est sans doute là que le bas blesse. La PESC étant un outil dont la mise en œuvre est extrêmement délicate (puisque l’unanimité est nécessaire), l’Europe de la Défense ne peut émerger réellement, et se contente de conflits périphériques sans réels enjeux directs.
Le conflit russe et la multiplication des crises internationales en général, dans un certain sens, offrent une opportunité. Il est évident qu’à l’avenir, les Etats-Unis d’Amérique vont avoir besoin de l’Europe : elle est leur alliée la plus sûre, et surtout la plus naturelle. Sans l’Europe, les USA, quand bien même dotés d’alliés plus nombreux qu’autrefois (Japon, Pakistan, etc.), ne posséderaient pas assez de soutiens sur la scène internationale. De son côté, l’Europe, elle, est indécise, et partagée entre une vision très française de construction de l’Europe contre la suprématie américaine et une vision très atlantiste provenant de l’est. Mais une chose est sûre : elle aura besoin de Washington.
L’enjeu de l’émergence d’une vraie politique étrangère européenne est sans doute là : la question américaine. Tout en ne se « ralliant » pas, comme se plait à le répéter notre Président, l’Europe devrait au moins cesser de se « bâtir contre ». Elle pourrait même se « bâtir avec » les USA, pour peu que ses leaders arrivent à faire miroiter les véritables enjeux de la construction continentale aux Etats-Unis. Une Europe forte signifie avant tout des Etats-Unis solides, car dotés de contradicteurs éclairés, mais naturellement amis.
L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle administration américaine doit être vue comme une bonne perspective en Europe. La précédente, qui n’a su raisonner qu’en rapports de forces stériles et stupides, voyait la construction européenne comme un barrage à sa force d’influence. Si les deux continents arrivent à vaincre un complexe d’Œdipe depuis trop longtemps refoulé, alors peut-être verront-ils à la fois l’OTAN comme gage de sécurité, et comme potentielle couveuse d’un système de défense continental indépendant. Imaginer le contraire relève, et j’en étais il y a peu encore l’un des adeptes, de l’ineptie. Construire l’Europe de la défense en niant l’OTAN, c’est courir au désastre, car c’est détruire la seule chose qui nous fédère en ce domaine.
L’Europe de la défense doit passer par l’OTAN ; à long terme, son émergence doit être vue comme un grand poids en moins par Washington. Mais encore une fois, tout dépend de la grille de lecture qu’adopteront nos représentants, des deux côtés. Car il serait impensable que l'Europe soutienne une politique similaire à celle de l'administration Bush.
Ben
PS : Notez que passer par l’OTAN pour construire l’Europe de la Défense ne signifie pas forcément revenir dans le commandement intégré de l’Alliance. Cela relève de choix symboliques effectués par l’Elysée, qui aurait au moins pu avoir l’intelligence d’attendre la fin des présidentielles américaines, à défaut d’y renoncer.