Les français doivent-ils se retirer?

Bonjour à tous, mes très chers amis !
De nouveau à vos côtés pour parler de l’Asie, j’aimerais commenter le « sondage du jour » (puisqu’il en faut un !) paru dans le Parisien : 55% des Français sont favorables au retrait d’Afghanistan des troupes tricolores. Je ne sais pas si c’est parce que le Président de la République a fait un discours sur le sujet que les citoyens, par réaction, préfèrent dire le contraire ; mais pour une fois, je suis bel et bien d’accord avec la position Elyséenne.
Dans le fond, beaucoup de mal a été dit de cette guerre, soit-disant illustrative de la stratégie géopolitique pétrolière américaine. Rappelons surtout le contexte qui a permis au conflit de voir le jour : le traumatisme du 11 Septembre, et la certitude absolue qu’il ne fallait laisser au terrible Ben Laden aucune possibilité de trouver un toit en des terres hospitalières.
Autrement dit, il fallait éliminer toutes les nations islamistes de la planète.
Cette façon de faire vous paraîtra peut-être malsaine. Mais la généralisation du terrorisme et son utilisation par un grand nombre d’Etats ne pourrait conduire qu’à l’anarchie générale, à la disparition de la notion même d’Etat. Par conséquent, il fallait répondre rapidement à la menace : nous avons envahi l’Afghanistan et chassé Ben Laden, le conduisant certainement à aller se réfugier… ailleurs.
Certes. Mais imaginons maintenant (même si à titre personnel, je n’adhère pas à ces positions) que les motifs de cette guerre aient été beaucoup plus malsains. Qu’au fond, nos justifications officielles étaient fallacieuses et cachaient des intentions bien moins morales : les réserves pétrolières afghanes.
Il n’empêche que nous y sommes allés ! Et que nous y sommes encore. Et quand bien même nous aurions menti aux peuples du monde, nous avons chassé les taliban et promis la démocratie aux Afghans. Je voudrais faire appel à vous, mes chers lecteurs. Pas à votre connaissance de la géostratégie ou des tactiques militaires : juste à votre bon sens. Lorsque l’on commence quelque chose, lorsque l’on promet quelque chose, lorsque l’on fait mal à quelqu’un pour son propre bien… n’est-on pas en devoir d’aller jusqu’au bout de ce qu’on fait ? De lui donner ce qu’on lui a promis, ce pour quoi il a souffert ?
Envahir un pays en lui promettant la démocratie et repartir parce que nous avons perdu des soldats, pardonnez-moi, mais c’est de l’irresponsabilité. Quelle crédibilité aurions ensuite face à la Russie, la Chine, l’Iran ? Qui demain, pourra incarner la vraie défense de valeurs humanistes, si ceux qui les appliquent ne sont pas en mesure de les défendre, ni de les apporter aux autres ? Refusent de combattre pour elles ?
Présence des Taliban : faible (gris), forte (rose) et permanente (rouge).
Mais plus encore, que se passera-t-il si nous abandonnons les Afghans à leur deuil ? Les taliban, déjà très proches de Kaboul, finiront par vaincre une armée officielle mal armée et peu expérimentée, dont la fidélité est encore chancelante. Nous nous retrouvons alors avec une République islamiste sur le dos, capable d’organiser des réseaux et d’armer des terroristes.
Et ensuite, c’est à Paris, Londres, Rome, Berlin ou Madrid que le sang coulera.
L’idée du retrait est une idiotie et un non sens. C’est aussi admettre que nos soldats sont morts pour rien : voilà qui est, pour une démocratie digne de ce nom, fière de l’être et consciente de sa propre fragilité, inconcevable.
Nous ne gagnerons peut-être pas cette guerre : ce bourbier aura peut-être raison de nos meilleurs régiments. Mais abandonner trop tôt, c’est trahir notre identité.
Mais ceux qu’il faut réprimander sont sans doute ceux qui ont posé cette question. Car ce que tout bon citoyen humaniste et démocrate doit se demander, c’est plutôt de savoir comment nous traitons (et a fortiori les américains) nos prisonniers. C’est de savoir si la stratégie actuelle est bien la bonne, et si, plutôt que de se retirer, il ne faudrait pas revoir notre façon de lutter contre la guérilla. Voilà la vraie question.
Et n’oublions pas enfin, que ce conflit n’est pas qu’une guerre. Ce sont aussi des juristes, sociologues, politologues et autres, de nombreux pays, venus apprendre aux Afghans ce qu’est l’Etat de droit. Venus former les futurs fonctionnaires. Venus essayer de comprendre une société et lui greffer les germes de la démocratie, quand bien même ce pays reste divisé, belliqueux et complexe (Cf. guerres entre tribus et ethnies). Si faute de soldats, nous évacuons aussi ces gens là, alors le début du XXIè siècle débutera par une victoire des théocrates, des obscurantistes et des despotes.
Ben
(Remonté !)