Du coq à l'autruche

Publié le par Ben

Mes chers lecteurs,

Les plus ignares d'entre vous lisent sans doute, comme mon paternel, cet ignoble journal qu'est Le Parisien, monument du journalisme facile tel que nous en procure en masse le XXIè siècle et ses excès.
Eh bien figurez-vous que cet accidentellement célèbre quotidien nous fournit aujourd'hui de quoi polémiquer quelque peu. En effet y est publié un sondage, affirmant que 66% des Français trouveraient que la récente réforme des retaites est "plutôt une mauvaise chose". Celle-ci, pour rappel, porte l'âge de la retraite à 70 ans pour les volontaires. J'ai parfois l'impression que notre pays, autrefois réputé pour sa fierté symbolisée par un animal fier, le coq, est en train de jouer à l'autruche. Nous refusons décidément de voir notre avenir en face, l'opinion comme le gouvernement.

Je ne comprends pas comment les français peuvent à ce point - quand bien même ils liraient Le Parisien! - nier la réalité évidente, qui est celle du vieillissement massif de notre population. Cela signifie entre autres qu'il s'agit pour une génération d'assumer le financement des retraites mais aussi celui des maladies des plus âgés d'entre nous (rappelons que la plupart de nos dépenses de santé se font à la fin de notre vie)...

L'esprit initial de ce genre de financement - qui a été revendiqué par le Conseil National de la Résistance, puis appliqué par De Gaulle en 1946 - consistait simplement à confier aux entreprises et aux syndicats une institution par le biais de laquelle ils pouvaient financer les retraites des français. Ils la géraient eux mêmes, et l'Etat n'avait pas à intervenir dans ce système. Il était fondé sur un principe simple, affirmant que la génération de travailleurs actuelle paie les retraites des salariés actuels.

Aujourd'hui, où en est-on? L'Etat, avec l'apparition du chômage, a du intervenir dans le système. Peu à peu, en plus de lever de nouveaux impôts comme la CRDS ou la CSG, il a du aussi créer un organisme, la CADES, dont le principe est de s'endetter sur une plus longue période pour amortir la dette (réduire les intérêts). Aujourd'hui, cette dernière emprunte sur environ 40 ans.
C'est à dire que la génération de retraités actuelle est entretenue par la génération de travailleurs... de 2050! Nous avons donc pris un retard de presque trois générations... Que faire ?

Rien, et croiser les doigts pour qu’une baisse du chômage permette d’augmenter les recettes de la Sécu ? Suivez mon regard…

Ou alors, il faudrait réduire les dépenses. C’est la politique menée depuis les années 1990 : diminution du nombre de médicaments remboursés, encadrement du parcours de soin, création des franchises, etc. Cette politique approche de ses limites, comme le montre le budget de cette année, qui doit mener à un accroissement du déficit.

La solution de travailler plus longtemps est pratique, en ce qu’elle permet à la fois d’augmenter les recettes et de baisser les dépenses. Cela dit, elle n’est pas éternellement applicable non plus. On ne peut pas indéfiniment repousser cette limite, et ce d’autant plus qu’il va falloir réellement prendre compte de la pénibilité du travail, qui nécessiterait vraiment un dépoussiérage, surtout lorsque l’on compare la durée de la retraite plutôt que l’âge de départ en retraite.

 

La dernière solution serait de changer complètement de système. L’histoire est en fait marquée par deux modèles de financement de la sécurité sociale en Europe : le modèle par cotisations, actuellement appliqué, est appelé « Bismarckien ». Il en existe un second, qualifié de  Beveridgien, c’est-à-dire tout simplement assuré par l’Etat. Le principe serait alors très clair : au lieu de financer la sécu par des cotisations, on la finance par l’impôt. Cela possède de réels avantages :

-          L’impôt, s’il est progressif, est beaucoup plus juste socialement, puisqu’il taxe davantage les riches que les pauvres. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisqu’on considère que le rôle des cotisations n’est pas de réduire les inégalités mais bien de financer la santé ou les retraites ; or, un riche ne coûte pas plus cher qu’un pauvre, il n’y a donc aucune raison qu’il cotise plus. Les cotisations sont donc plafonnées.

-          Cela aurait le mérite d’intégrer la Santé ou les retraites dans le domaine de l’intérêt général.

-          En l’intégrant directement dans le budget de l’Etat, on responsabiliserait nos dirigeants politiques, qui, au lieu de créer un organisme pour « amortir la dette », seraient directement sensibilisés par le problème (si la Sécu coûte trop cher, ils ne peuvent pas réaliser tous leurs projets).

 

Alors voilà : j’aimerais que nos politiques aient le courage d’augmenter les impôts pour financer notre système de santé et de retraites. J’aimerais que l’on arrête les prises de becs stupides sur les franchises, déremboursements, parcours de soin, qui n’ont jusqu’à présent jamais réussi à faire revenir l’équilibre. J’aimerais que nos dirigeants cessent d’être des poules mouillées qui n’osent pas dire que notre système coûte cher. J’aimerais qu’ils reconnaissent ne pas avoir le choix entre payer davantage pour ce modèle, ou le changer totalement, ce qui donnerait la chair de poule à des français qui sont trop attachés à ce système.

 

Mais nous ne pouvons en être fiers que s’il est viable.

 

Alors, coq, ou autruche ?

 

Ben

 

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Publié dans Société

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