H-chiche
Mes chers lecteurs,
L'hôpital est une institution trop importante pour les Français, pour qu'il soit le lieu de polémiques parfaitement déplacées. Ces propos sont du chef de l’Etat, qui, à l’occasion d’une visite à Strasbourg, a abordé le délicat sujet hospitalier – quoique d’autres thèmes d’actualité auraient pu être tout aussi instructifs !-. Comme d’habitude, il est difficile de ne pas être d’accord. Le problème fut – vous le savez – ce qui suit dans son allocution : « L’hôpital ne souffre pas d’un manque de moyens » mais d’efficacité.
Toussotements dans l’assistance.
C’est typiquement le genre d’exemples qui créent des *polémiques déplacées*. Quand bien même il le penserait, était-il obligé de le dire ?! Nabot-Naparte Ier a ceci de particulier qu’il aime remuer de l’air gratuitement et réformer à tout va – avec des résultats se limitant en général à ses scores d’audience au JT -. Pire encore : il aime avoir l’air de choquer, de « dire les choses ». Cette petite phrase correspond à sa technique traditionnelle d’avoir l’air d’un hérétique face à je ne sais quelle pensée unique (terme qu’il apprécie).
Aussi chers lecteurs, encadrez et surlignez cette définition devenue maintenant garante de votre survie dans ce monde de brutes et de stérilité intellectuelle :
La pensée Sarkozienne se constitue de petits exemples frappants, capables de monter en généralité en raison de leur faculté à toucher une fibre particulière du gaulois – c'est-à-dire à confirmer tout a priori pourtant grotesque de ce dernier.
Pour être plus clair : en choquant, il rassure les gens sur leurs propres a priori et les empêche de penser réellement. Il rallie ainsi autour de lui et de ses pensées pré mâchées et populistes.
Essayons donc de ne pas faire comme lui, et de penser de manière éclairée au sujet des hôpitaux.
L’argument choc de son non-raisonnement reste tout de même intéressant : en dix ans, la Sécu a consacré 23 milliards de plus aux hôpitaux. Ce n’est pas rien, mais ça ne veut rien dire en soi non plus. Tout élément doit être pris dans son contexte : lorsque l’on étudie l’action publique, il faut toujours comparer le rapport entre charge assumée par les citoyens, et le service rendu en retour. Par exemple, les Français paient beaucoup plus d’impôts que les américains, mais ont une bonne couverture maladie. En supprimant la sécu, on arrive au même niveau d’imposition qu’eux. Bref : pensons au contexte ! Quel est-il, alors ?
La première chose à remarquer est une vraie tendance de fond contre laquelle personne ne peut lutter : la démographie et le vieillissement. Chaque homme dépense la majeure partie de ses frais de santé à la fin de sa vie ; hors, beaucoup de français arrivent à ce stade, avec à la clef des dépenses extrêmement plus importantes que ce à quoi nous étions habitués. Depuis 10 ans, ce phénomène prend une ampleur exponentielle.
Une seconde tendance est celle des progrès techniques, réels et très bénéfiques pour les patients, mais douloureusement coûteux pour la collectivité. A titre personnel, je ne vois pas comment faire autrement que de payer plus pour en assumer la charge. Il existe à ce propos plusieurs théories économiques affirmant expressément que plus la société avancera dans le progrès, plus la part proportionnelle de nos dépenses de santé va augmenter – à moins que tout un nouveau secteur de l’économie n’apparaisse et soit source de nouvelles richesses. C’est une tendance de fond, presque paradoxale mais inévitable, que nul ne peut nier : plus le système sera bon, plus il coûtera…
Il y a donc sans doute des raisons à l’augmentation de ce budget. Je ne sais en revanche pas si cela vaut ou non 23 milliards. Mais sa façon de présenter le débat est caricaturale. En particulier parce que depuis 10 ans, des circulaires tombent régulièrement et confirment dramatiquement la politique mise en place depuis deux décennies à propos de la sécurité sociale : baisse des dépenses, serrage de ceinture et raisonnement comptable. Je vous invite dès lors à faire le lien avec l’un de mes précédents sujets, vous rappelant que les dépenses ne sont pas réductibles ad vitam eternam, et qu’il faudra bien à un moment ou à un autre, penser à augmenter les recettes et à faire jouer la solidarité nationale. Mais cela relève, bien sûr, du pur courage politique et du sens de la responsabilité.
Enfin, je voudrais attirer votre attention sur la mise en place des 35 heures dans la fonction publique hospitalière. C’est une véritable catastrophe nationale, dans la mesure où l’on a demandé d’en faire autant en moins de temps – car parallèlement, comme je viens de vous le dire, on a refusé d’augmenter les dépenses et d’embaucher. Il serait peut-être temps d’être honnête : le personnel peut peut-être travailler davantage ET être plus nombreux, afin de réellement réduire son stress et de mieux répondre aux demandes des patients.
Je me permettrai donc, pour finir, de plagier notre chef de l’Etat :
L’hôpital est une institution trop importante pour les Français, pour qu’il soit dénué d’un personnel exceptionnel, et de moyens exceptionnels.

Ben