60 ans : l'âge de la retraite?
Mes chers lecteurs,
Aujourd’hui est évidemment un grand jour, puisqu’il s’agit du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, document Onusien rédigé, vous l’aurez compris, en l’an de grâce 1948.
Comme le disait si bien l’Empereur hier encore, la communauté internationale avait de quoi être optimiste il y a 60 ans. Mais entre temps, il y eut crises, et il y eut le 11 septembre, manifestation de la barbarie la plus ignoble, de la terreur. Dit-il.
Certes. Mais il semble évident qu’il faut trouver dans cette évocation du 11 Septembre une inquiétude bien plus grande encore que celle provenant de l’extérieur, qui d’ailleurs, est assez confortable, car elle évite de se regarder en face. Il est extrêmement clair que l’occident a perdu, le 11 septembre. C’est la grande victoire de Ben Laden… En déstabilisant les démocraties occidentales (n’oublions pas qu’il n’y eut pas que New York, mais aussi Londres et Madrid), il les a forcé à rogner leurs propres principes. L’occident est entré dans une phase sécuritaire, dans laquelle tous nos droits individuels ont été piétinés à l’autel de la sécurité intérieure – sur le modèle des néo-conservateurs américains -, et dans une phase violente, embrasant littéralement la poudrière du Moyen-Orient et exhortant les fondamentalistes de tous bords, des protestants prosélytes aux islamistes. Mes chers amis, j’ai bien peur que l’année 2001 ait été l’ouverture d’une période de violences, à l’initiative des démocraties.
C’est d’ailleurs dans cette même foulée de la primauté de la « loi et l’ordre » - thème typique des régimes à l’exécutif prépondérant, pour parler très diplomatiquement – que toute l’Europe et les Etats-Unis ont effectué un virage politique « à tribord toutes ». De la « vague rose » européenne, nous sommes donc passés à une « vague bleue », qui va même, et c’est sans doute le plus ahurissant, jusqu’au retour d’un clown à la Présidence du Conseil italien. Il serait malvenu d’opposer la droite et les droits de l’homme, mais c’est toutefois bien les droites les plus conservatrices qui se sont emparées du pouvoir dans de nombreux cas – à l’Allemagne près -, avec les coups portés à la liberté que cela peut engendrer. Un exemple très concret et tout à fait récent : la RAI italienne vient de censurer le film Brokeback Mountain, histoire à l’eau de rose entre deux homosexuels américains dans les années 1970. Ou encore, observons ce qui se déroule aux Etats-Unis avec une régression des droits de mariage aux homosexuels – discrimination supplémentaire et intervention de l’Etat dans la sphère privée. Cela est une atteinte aux droits de l’homme dans le sens où l’on s’appuie sur une idée très précise et purement symbolique de la famille, de ce que l’on veut faire de la société. On sait où cela mène. Ce n’est pas grand-chose, mais démontre très clairement où nous allons. Les conservateurs « décomplexés » reviennent en force dans le paysage politique, défendant avec de plus en plus de succès l’idée d’une société sécurisée (comprenez : fliquée) et relativement standardisée, calquée sur le modèle classique qu’elle se fait d’elle-même depuis vingt siècles de catholicisme (et je dis cela, encore une fois, avec toute l’éducation catholique et les valeurs catholique que j’ai reçu et que – précisément !- j’approuve). Je parle de manière très povoquante des homos : j'aurais pu évoquer les immigrés, et bien d'autres. A titre personnel, il y a des jours où je ne suis pas fier d’être Français. Comme quand B. Kouchner affirme que la « création d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme était une erreur ». Dans le fond il n’a pas tort ; et c’est bien cela qui fait mal.
Voilà donc, en ce jour très spécial, une piqûre de rappel à la France fière de sa Révolution, sans doute un peu trop. La leçon éternelle de notre histoire, que j’avais déjà évoquée il y a un moment de cela, c’est que ni la démocratie, ni nos droits, ne sont jamais acquis. Plus que jamais, nous devons comprendre que la démocratie représente avant tout la nécessité de se changer soi-même, de se regarder dans la glace avec un esprit vraiment critique. La démocratie, ce n’est pas faire « cocorico » tous les 14 Juillet, quand bien même cela en serait pour partie un élément.
Il est important de rappeler que les droits de l’homme n’ont rien d’universels. Aujourd’hui, les démocraties sont en minorité sur la scène internationale. Il est donc important qu’elles restent soudées, et qu’elles cessent de se renier pour contrer les menaces. Bien au contraire, nous nous devons de les rendre attrayantes. Nous devons continuer à éclairer nos concitoyens, à leur permettre de s’épanouir sereinement. À l’opposé de la barbarie, il n’y a pas l’Ordre et la sécurité. Il y a l’humanisme.
Nous devons rester ce que nous sommes.
Ben