Combat d'égos, combat des gauches : le début d'une bataille

Publié le par Ben

Mes très chers lecteurs,

Avec le Congrès de Reims qui vient de s'achever sur une note relativement pessimiste - quoique j'ai tendance à croire que les médias enfoncent le clou en se refusant à parler du PS autrement que par la "division"  - nous sommes entrés dans le combat déterminant dont je vous ai parlé. 2012 en sera clairement l'enjeu : la place du centre-gauche.
Et cette bataille, mes chers amis, fait l'objet d'une guerre des idées au sein des partis, mais aussi des personnes. Et elles sont nombreuses!

A commencer par la Duchesse en décadence, aux airs de vieille prof' bobo, "Fraternelle" et pédagogique, qui semble tous nous prendre pour des élèves de maternelle tant elle parle mot-à -mot. Ségolène et son naturel toujours aussi époustouflant ont ainsi pu éviter ce qui semble avoir été un coup de bluff de la part de Benoit Hamon pour forcer la main à M. Aubry et B. Delanöe, un "front TSS" ("Tout Sauf Ségolène")... Elle nous présente donc une candidature politiquement inidentifiable, à mi-chemin entre les deux pôles du partis, principalement axé sur sa propre personnalité, et sur le renouvellement. Traduisez : la fin des éléphants.

B. Delanöe, plus intelligemment selon moi, moins courageusement selon d'autres, a décidé de se retirer de la course au premier secrétariat. Il me semble, je me trompe peut-être, qu'il s'agit d'un investissement à beaucoup plus long terme, pariant sur une victoire de Ségolène Royal prochainement, puis sur un second mandat de N. Sarkozy. Il pourra alors, après ce qui s'apparentera à un Waterloo pour S. Royal, reprendre le leadership du parti.

M. Aubry, quant à elle, après une longue traversée du désert depuis 2002, s'est décidée à se lancer dans la course. Sans doute motivée par une haine profonde vis-à-vis de Ségolène, mais aussi par une retour auquelle elle-même ne s'y attendait pas (un effet secondaire de Bienvenue chez les Ch'tis?! Elle en a la "carrure"...), elle est arrivée à rassembler à ses côtés des Fabusiens (très à gauche) et des Strauss-Kahniens (centre-gauche...). Etonnant, quand on sait que DSK a plus de points communs avec Bayrou qu'avec Fabius! Toujours est-il qu'elle s'oriente d'ailleurs de plus en plus vers l'aile du second que du premier. Gageons qu'il s'agit là surtout d'une tactique électorale interne afin de satisfaire les socialistes Delanoïstes. Vous me suivez ?

Et puis, il y a enfin Benoit Hamon, assez jeune et dynamique, qui, en plus d'être à la mode en ce moment et d'avoir un prénom particulièrement sympathique (!), est aussi assez beau, ce qui le rend d'autant plus agaçant... Représentant de l'aile gauche du PS, il argue du fait que la crise doit pousser le parti à être d'autant plus intransigeant sur sa tradition (qui lui a tant réussi ces dernières années...!). Nul doute qu'il s'agit là d'une bulle médiatique, un intérêt journalistique temporaire qui s'effacera relativement vite lorsqu'on lui rappellera que le leadership médiatique ne peut pas toujours faire passer un score de 19 à 50%...


Ca, c'était pour le PS. Car dans la bataille des gauches, et donc du centre-gauche (de la Terre du Milieu, si j'ose dire!), on trouve aussi, évidemment, F. Bayrou, au sens médiatique (hélas!) inébranlable. Mais il a au moins eu l'intelligence d'avertir que si le PS ne se décidait pas à s'allier avec lui, nous foncions droit vers un double-quinquennat Sarkozyste. J'ai bien peur d'ailleurs, que 2012 ressemble fortement à sa grande soeur, avec un trio Royal-Bayrou-Sarkozy et une victoire finale qui ne sera possible qu'en coalisant les deux premiers contre le second... Laissons, de ce point de vue, le temps au temps. Vous aurez compris que mon pronostic socialiste se porte sur la Duchesse.

Et puis, le troisième zigoto à user de ses charmes sur le centre-gauche est bien sûr l'empereur Nabot-Naparte Ier, qui, non content d'avoir volé les grands hommes de gauche en citant Blum et Jaurès, non content d'avoir volé des personnalités de gauche en pratiquant l'ouverture, se met maintenant à voler les idées mêmes du PS, en parlant de "régulation", de "fin du libre marché sauvage" et du "retour de l'Etat". Intéressant retournement de situation, qui n'est pourtant qu'une affaire de mots, mais qui évidemment, fonctionne dans les sondages. Beau hold-up idéologique, mais ne nous trompons pas sur l'avenir français, clairement axé autour d'une vision libérale-conservatrice de la société. Bayrou ayant d'ailleurs rappelé fort justement, après les municipales : "On n'est pas toujours prophète en son propre pays."



Et même si je sarcasme énormément ce matin, début de semaine oblige, je voudrais souligner la belle leçon faite par le PS à ses compères, en ayant le grand courage de lancer d'immenses débats et combats internes pour la définition d'une nouvelle ligne. Au risque de se coltiner une image de division, sans doute un peu réelle aussi.

Il y a des jours où l'on aimerait qu'il en soit ainsi ailleurs... Mais on doit se contenter du panorama que l'on a, pas vrai?

Ben

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Publié dans Politique

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G
"Malgré tout, si le congrès de Reims a été un effet apparent..."Il faut lire :"Malgré tout, si le congrès de Reims a été un échec apparent..."
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G
Billet très intéressant Benoit, même si je ne partage pas ton point de vue sur Royal et Delanoë. En effet, Delanoë est le grand perdant de ce congrès et sera pour longtemps mis sur la touche. Qui plus est, il représentait aux yeux de nombre de militants (dont moi), l'équipe sortante celle qui a mis le PS en hibernation au lieu de le mettre au boulot !De plus, je crois que Ségolène Royal a la dynamique de son côté car elle a su habillement jouer les militants contre l'appareil, des militants plus ou moins écoeurés par la prétendue guerre des chefsMalgré tout, si le congrès de Reims a été un effet apparent, il n'en demeure pas moins qu'il marque un tournant majeur : c'est la fin d'une époque et d'un cycle pour mon Parti. Le PS prend peu à peu conscience du fait qu'il faut se rénover sans pour autant renier ses idées. De plus, l'élection du premier secrétaire jeudi prochain (vendredi en cas de second tour), aura un impact particulier car ce sont les militants qui donneront une légitimité de ce dernier et lui permettra d'avoir une majorité sans conteste ! Franchement, quel autre parti permet à ses militants de débattre et de trancher sur une question d'une telle importance ? Sans doute pas le parti unique de la majorité qui ferait bien mieux de balayer devant sa porte et de regarder sous ses semelles (car niveau guerre de succession, ça commence à sentir mauvais et ce n'est qu'un début !)
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T
Ton billet cher Ben met l'accent sur ce moment extrêmement important de la vie politique française. <br /> Pour ma part, j'ai assisté à ce moment depuis l'Europe ! En effet, de Nice où j'assistais à l'Université d'automne du Mouvement Européen – France, les échos de Reims semblaient être à 10.000 lieux des enjeux auxquels sont confrontés notre pays et l'Europe.<br /> Pour distancié que soit mon regard sur l'actualité immédiate, j'avais entrevu depuis des années la situation actuelle du PS. Le grand déballage aurait dû intervenir à mon sens à l'issue du Non au référendum relatif au Traité établissant une Constitution européenne en 2005.<br /> Dès 2004, il était évident que ce parti ne pourrait pas continuer à faire l'impasse sur ses lignes de fractures internes vis-à-vis de la question de la construction européenne. La déstructuration du PS qui s'annonçait donc depuis des années est devenue patente à Reims.<br /> Alors quid de l'avenir ?<br /> Personnellement, je préférerais que ce parti se retrouve autour des idées plutôt que de livrer un bien triste spectacle de rivalités d'égos.<br /> Je regrette infiniment que nos amis socialistes n'aient pas privilégié l'option pleine de sagesse que proposait Pierre Moscovici. Pour l'heure, Martine Aubry me semblerait la plus à même de sortir le parti à la rose de ce bourbier où il s'est engagé. <br /> Un ami socialiste, hier, m'a fait part de son profond désarroi face à ce à quoi il assistait impuissant de l'intérieur. Résigné et fataliste, il attend jeudi pour que les urnes puissent indiquer quel sera le dénouement de cette cacophonie.<br /> Les jours à venir seront déterminants pour l'avenir.<br /> La question des alliances ne doit pas être éludée au PS. Mais de l'autre côté, le Mouvement Démocrate ne devra pas faire l'impasse sur son positionnement.<br /> Amitiés à toutes et tousPS (!) : Pour le fun L'exemplaire du Journal du Dimanche que j'ai acheté hier à Nice présentait un défaut d'impression ^^ !!! La photo de la tribune du congrès de Reims montre un décor où la rose du PS est orange !!!!
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