El-Assad au défilé

Publié le par Ben

Mes chers amis,

 

Je vous écris (enfin !) pour vous parler, peut-être un peu tard, du défilé du 14 Juillet. Je n’aborderai pas la polémique autour du don de la Légion d’Honneur à notre « Gris-Gris » national(e) : vous vous doutez bien de ce que j’en pense.

 

La question qui s’est posée est celle de la présence de Bachar El-Assad aux festivités. Le Président de la Syrie n’est pas réputé très « fréquentable » sur la scène internationale, la Syrie n’hésitant pas à occuper le Liban contre les règles du Droit International, et étant en hostilité avec Israël. Cela dit, ces deux aspects semblent aller dans le bon sens. Le Chef d’Etat est aussi accusé du meutre de Rafik Hairi, et soupçonné d’être l’hôte de militants islamistes du Hamas.

Il faut dire qu’el-Assad n’est pas un homme comme les autres : il est assez provocateur pour être né un 11 septembre… ! Mais ça ne l’empêche pas de faire beaucoup d’émules, dans son pays : en 2007, ses citoyens l’ont réélu avec 97,62% des voix. (Hum… Silence, dans le fond !).

 

Alors évidemment, sa présence lors d’une cérémonie symbolisant les droits de l’homme dérange et fait grincer des dents.

 

J’avoue avoir moi-même beaucoup hésité sur ce qu’il fallait dire de sa présence. Mais je pense tout d’abord que contrairement à un certain Général libyen, il a fait toutes ses études en Grande-Bretagne, et a reçu ses savoirs d’un pays des plus humanistes. Il a aussi donné des preuves de sa bonne foi lors de la crise du Liban, acceptant de finalement retirer la plupart de ses troupes (quoique qu’il y conserve une influence énorme). Il soutien le projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM), ce qui prouve qu’il accepte le dialogue avec l’occident.

 

Mais surtout, pour prendre un angle de vue plus realpolitic, il faut observer que l’échiquier diplomatique au Proche-Orient est clairement bloqué pour la France et l’Union Européenne. D’habitude, elles ont tendance à apporter leur compréhension à l’égard de la cause palestinienne, apportant un contrepoids à la diplomatie américaine. Mais avec l’arrivée du Hamas au pouvoir en Palestine, elles ne possèdent plus d’interlocuteur acceptable. Et ce d’autant plus que l’Iran fait tout pour renforcer la radicalisation, et fournit en armes les terroristes islamistes. Il faut donc trouver de nouveaux interlocuteurs, de nouveaux « leviers » (l’image me semble bonne) pour faire pression sur la situation là-bas. L’axe Israël-Washington est si solide, si inconditionnel, que l’Etat juif peut se permettre d’ignorer le Vieux Continent. Il faut trouver un moyen d’entrer dans la danse : la Syrie est le meilleur. Du moins à court terme.

 

C’est une analyse strictement personnelle : mais je ne vois pas comment la France pourrait tenir la position Chiraquienne plus longtemps avec le Hamas au pouvoir. Les apparences, les grands discours et les déclarations d’intentions grandiloquentes cachent selon moi une faiblesse diplomatique et une absence relative d’influence sur le terrain. J’ai vraiment l’impression que la France joue parfois de son prestige et son charisme, mais que son aura s’arrête là.

Or, comme chacun sait, la diplomatie est un rapport de force : nous devons trouver cette force, cette position sur l’échiquier.

 

Tout dépendra bien sûr d’el-Assad, et rien ne dit qu’il sera assez respectable. Mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Pour une fois… je suis d’accord avec l’Elysée.

 

Ben

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Publié dans International

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T
<br /> @BenD’accord sur le fait que la France et l’Union aient à être entendues dans cette région. Mais plus "qu’entendues", il faudra espérer que leurs actions, si possible communes, contribuent enfin à faire évoluer la situation en faveur de la paix. Le choix entre la défense intangible des valeurs de la démocratie et l’attitude pragmatique en matière de relations étrangères est un des choix les plus difficiles à faire.Donc prendre acte de la réinstauration d’un dialogue avec un pays manifestement autoritaire avec ses opposants et attendre de voir si le pari sera payant à moyen terme.<br /> Extrait de l’édito du Monde du 16 juillet […M. Sarkozy saura toujours assez vite si le régime syrien est finalement capable d'évoluer. Il se méprendrait cependant en négligeant, comme il le fait en Tunisie ou en Egypte, le chapitre des libertés au profit de calculs diplomatiques forcément aléatoires…]<br /> EL ou AL ?Différences dues à la transcription de l‘arabe.<br /> Voici comment est orthographié le nom du président syrien dans la "Déclaration commune du sommet de Paris pour la Méditerranée" - Paris, 13 juillet 2008 (Source elysee.fr).(…)LA SYRIE représentée parS. Exc. M. Bachar AL-ASSAD Président de la République arabe syrienne<br /> Sur le site diplomatie.gouv.fr 1. Fiche du paysComposition du gouvernement de la République arabe syrienne Président de la République, M. Bachar AL ASSAD (17.07.2000)<br /> 2. Récapitulatif des visites officielles :06/01 : M. Bachar EL ASSAD, Président de la République (visite d’Etat) accompagné du Vice-Président de la République, et des Ministres des Affaires étrangères, de l’Economie, de l’Enseignement supérieur, et des transports<br /> Au niveau des représentations diplomatiques, le nom est orthographié différemment selon les pays :<br /> 1.site de l’ambassade de la Syrie en France :Président de la République Arabe Syrienne M. Bachar El-Assad<br /> 2. Embassy of Syria, Washington DC President Bashar Al-Assad<br />
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B
Je  crois que l'emploi du terme realpolitik était peut-être erroné de ma part... Ce que je voulais exprimer, c'est que c'est diplomatiquement nécessaire.  Nous pourrions parler de realpolitik si la France avait quelque chose à y gagner immédiatement. Mais j'ai tendance à croire que la parole française et européenne gagnent à être entendue dans la région... en fait, il s'agit peut-être d'un choix cornélien entre la démocratie et la paix... j'ai pris position.@ Gilles :Selon Wikipedia, le nom de ce cher Monsieur est bien El-Assad et non Al-Assad. Je ne retire rien^^
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T
@ Gilles,Mais bon, que dire de plus, c'est fait. Plus rien ne m'étonne depuis que tout est possible.Il ne reste qu'à voir si le "pari" fait avec ce régime sera suivi d'effet.Je fais une digression. N'est-ce pas être un "amateur en diplomatie" que d'annoncer que les irlandais seront appelés à revoter ? Les irlandais ont beaucoup  apprécié, si j'en juge des réactions dans ce pays. Le comité d'accueil lundi sera chaleureux.Deuxième point de realpolitik (j'exècre ce mot) : en Chine, le dialogue social est bien encadré ces jours-ci (à coup de matraque), le pays rayonne, nous allons avoir de beaux jeux... Mais vous me raconterez, je ne pense pas allumer ma télé ce jour là, ni les jours d'après.
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G
Il y a du vrai dans ce que tu écris mais pour moi inviter Al-Asad (et non El-Asad) le 14 juillet, ce n'est pas de la realpolitik, c'est une très grosse faute de goût et le signe qu'on est des amateurs en diplomatie !
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T
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette formulation cher Ben : "Or, comme chacun sait, la diplomatie est un rapport de force"<br /> Il convient de nuancer ta pensée et de ne pas être trop réducteur.<br /> La diplomatie, tu le sais, est aussi l'art de la négociation et l'art de trouver des solutions équilibrées - certes parfois, il faut savoir faire montre de sa force.<br /> Et parfois, comme c'est en l’occurrence le cas avec ce régime, il conviendrait de savoir fermer les yeux sur de "petites entorses" aux droits de l’Homme ?<br /> Finalement, il faut le souligner (^^), je suis loin de partager ton analyse et tes conclusions.<br /> @+<br />
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