Comment repartir après le troisième NON populaire? ...
Remerciements à Thierry P. pour m'avoir transmis le document!! Bonne lecture...
Dans la Lettre aux adhérents du Mouvement Européen France, Sylvie Goulard, au-delà du "non" irlandais, donne quelques pistes de réflexion pour repartir de l'avant.
Bonne lecture,
Thierry P.
La Présidente, Paris, le 28 juillet 2008
A tous les adhérents,
Nous pouvions espérer être sortis d’une décennie consacrée à de laborieux compromis institutionnels. Nous voilà condamnés par le référendum irlandais à vivre encore un temps d’incertitude. Cette situation doit inciter tous les membres du MEF et ses instances dirigeantes à réfléchir en évitant les amalgames, les slogans et les solutions en trompe l’œil.
La distance prise par les Européens à l’égard de l’UE se confirme. Sans être forcément hostiles au grand projet historique, ils ne le perçoivent plus comme primordial. La morosité du quotidien déteint sur l’Europe. Et l’Irlande n’est pas un cas isolé. En Autriche, la coalition au pouvoir s’est déchirée sur la question du recours au référendum européen, sur fond d’euroscepticisme croissant. Interrogés par TNS Sofres au début de la Présidence, seuls 48 % des Français considèrent "l’appartenance de leur pays à l’UE comme une bonne chose".
Mais veillons à ne pas unir nos voix à celles qui dramatisent à l’excès. L’une des missions du MEF est d’apporter une contradiction rigoureuse quand des idées fausses sont propagées. Nombre de commentateurs soulignent par exemple que les consultations populaires sur l’Europe sont "systématiquement" négatives ; c’est inexact, comme en attestent les référendums en Espagne et au Luxembourg.
Les slogans tout faits fleurissent ; mais que veut dire exactement le reproche ressassé d’une "UE, cheval de Troie de la mondialisation" ? Serions-nous plus forts, à l’OMC si nous devions négocier des accords bilatéraux avec les puissances émergentes ? Et que cache la formule toute faite du "déficit démocratique" de l’UE ?
Face aux doutes populaires, nombreux sont ceux qui prônent une "Europe concrète". L’Union doit naturellement répondre aux attentes des citoyens mais prenons garde à ne pas encourager une conception de l’Europe qui serait plus celle d’un consommateur - qui la veut à son goût, sans tenir compte des désirs et des contraintes des autres partenaires - que celle de citoyens responsables qui comprennent les devoirs mutuels qu’elle implique. A la société civile de rappeler sans cesse l’absurdité du choix foncièrement souverainiste qui oblige à ratifier les traités et les décisions les plus importantes à l’unanimité à 27. En outre, toutes les politiques européennes menées jusqu’à présent n’étaient pas coupées des réalités : l’Euro qui est dans nos poches, la politique agricole, les échanges Erasmus ou les fonds structurels ont touché des millions d’Européens. Le marché intérieur est concret au point que certains ne se privent pas de dénoncer l’UE pour sa prétendue obsession des détails.
Le MEF devrait sans cesse rappeler que l’Europe est plutôt en quête de sens et de cohérence. Souvenons-nous du bouleversant témoignage de Bronislaw Geremek à Lyon, juste avant sa disparition. Dissident, militant de Solidarnosc, homme de culture et d’engagement, il connaissait le prix du rêve et des idéaux qu’on défend au péril de sa liberté. Il nous avait incités à développer la mobilité, une politique d’éducation européenne, à rester fidèle à nos valeurs. Ce sont là des pistes plus mobilisatrices.
L’argument utilisé en Irlande, « si vous ne savez pas, votez non » est particulièrement préoccupant. Une consultation populaire qui aurait été organisée en France et en Allemagne en 1950, en insistant sur l’angoisse de l’inconnu, aurait sans doute abouti au rejet de la réconciliation et de l’Europe communautaire. Ce « principe de précaution » constitue la négation de notre idéal où la confiance mutuelle doit tenir une large part.
Dans la Lettre aux adhérents du Mouvement Européen France, Sylvie Goulard, au-delà du "non" irlandais, donne quelques pistes de réflexion pour repartir de l'avant.
Bonne lecture,
Thierry P.
La Présidente, Paris, le 28 juillet 2008
A tous les adhérents,
Nous pouvions espérer être sortis d’une décennie consacrée à de laborieux compromis institutionnels. Nous voilà condamnés par le référendum irlandais à vivre encore un temps d’incertitude. Cette situation doit inciter tous les membres du MEF et ses instances dirigeantes à réfléchir en évitant les amalgames, les slogans et les solutions en trompe l’œil.
La distance prise par les Européens à l’égard de l’UE se confirme. Sans être forcément hostiles au grand projet historique, ils ne le perçoivent plus comme primordial. La morosité du quotidien déteint sur l’Europe. Et l’Irlande n’est pas un cas isolé. En Autriche, la coalition au pouvoir s’est déchirée sur la question du recours au référendum européen, sur fond d’euroscepticisme croissant. Interrogés par TNS Sofres au début de la Présidence, seuls 48 % des Français considèrent "l’appartenance de leur pays à l’UE comme une bonne chose".
Mais veillons à ne pas unir nos voix à celles qui dramatisent à l’excès. L’une des missions du MEF est d’apporter une contradiction rigoureuse quand des idées fausses sont propagées. Nombre de commentateurs soulignent par exemple que les consultations populaires sur l’Europe sont "systématiquement" négatives ; c’est inexact, comme en attestent les référendums en Espagne et au Luxembourg.
Les slogans tout faits fleurissent ; mais que veut dire exactement le reproche ressassé d’une "UE, cheval de Troie de la mondialisation" ? Serions-nous plus forts, à l’OMC si nous devions négocier des accords bilatéraux avec les puissances émergentes ? Et que cache la formule toute faite du "déficit démocratique" de l’UE ?
Face aux doutes populaires, nombreux sont ceux qui prônent une "Europe concrète". L’Union doit naturellement répondre aux attentes des citoyens mais prenons garde à ne pas encourager une conception de l’Europe qui serait plus celle d’un consommateur - qui la veut à son goût, sans tenir compte des désirs et des contraintes des autres partenaires - que celle de citoyens responsables qui comprennent les devoirs mutuels qu’elle implique. A la société civile de rappeler sans cesse l’absurdité du choix foncièrement souverainiste qui oblige à ratifier les traités et les décisions les plus importantes à l’unanimité à 27. En outre, toutes les politiques européennes menées jusqu’à présent n’étaient pas coupées des réalités : l’Euro qui est dans nos poches, la politique agricole, les échanges Erasmus ou les fonds structurels ont touché des millions d’Européens. Le marché intérieur est concret au point que certains ne se privent pas de dénoncer l’UE pour sa prétendue obsession des détails.
Le MEF devrait sans cesse rappeler que l’Europe est plutôt en quête de sens et de cohérence. Souvenons-nous du bouleversant témoignage de Bronislaw Geremek à Lyon, juste avant sa disparition. Dissident, militant de Solidarnosc, homme de culture et d’engagement, il connaissait le prix du rêve et des idéaux qu’on défend au péril de sa liberté. Il nous avait incités à développer la mobilité, une politique d’éducation européenne, à rester fidèle à nos valeurs. Ce sont là des pistes plus mobilisatrices.
L’argument utilisé en Irlande, « si vous ne savez pas, votez non » est particulièrement préoccupant. Une consultation populaire qui aurait été organisée en France et en Allemagne en 1950, en insistant sur l’angoisse de l’inconnu, aurait sans doute abouti au rejet de la réconciliation et de l’Europe communautaire. Ce « principe de précaution » constitue la négation de notre idéal où la confiance mutuelle doit tenir une large part.
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