Ingrid est libre, et je-ne-sais-quelle-France exulte...

Publié le par Ben

Mes chers amis,

Vous l'avez tous entendu, et il faudrait vraiment être un membre de la toute dernière  tribu néopaléolithique du fin fond des Pyrénées orientales pour ne pas le savoir : Ingrid Bétancourt a été libérée, hier, par les soldats de l'armée Colombienne. Avec elle, treize autres détenus ont été délivrés.



Je ne le nie pas : c'est bien sûr un grand évènement, une profonde consolation pour les familles et tous les militants associatifs qui ont participé au combat pour sa libération.
Du moins est-ce ce que les médias veulent nous présenter. Quoique je partage la joie de tous, je
ne renie en rien ce que j'ai précédemment pu écrire.

Je risque sûrement d'être traité de vieux con en écrivant cela, mais je conteste profondémment la couverture médiatique qui en a été faite. Pire : ça m'insurge!

Premièrement, il ne s'agit pas d'une grande victoire pour le monde associatif, il ne s'agit pas de la victoire des impuissants manifestants parisiens ou autres : c'est la victoire de l'armée Colombienne. On a eu droit, aujourd'hui, à une espèce de version médiatique des faits, monolithique, consistant  à dire que "le combat n'avait pas été inutile"... mais il s'agit bien d'une victoire militaire, et rien d'autre. Les associations n'y sont pour rien, ou presque (je suis conscient de grossir le trait, mais j'espère, en vous choquant, faire réagir). Je reste persuadé qu'il aurait été impossible de libérer l'otage par la négociation simple. La Colombie a usé de la poudre et de la ruse, et c'est elle qui a gagné.

Deuxièmement, il ne me semble pas que "la France soit en liesse" comme j'ai pu l'entendre à la radio ce soir. Certes, comme tout le monde, je suis très heureux pour elle, et il est vrai que le cas Bétancourt était un grand symbole. Mais la couverture médiatique de l'évènement est ridicule par sa démesure. Je suis sûr que la majorité des Français n'est pas sortie de chez elle à 22h pour klaxonner dans toute la ville... c'est bien, voilà tout. Quand je pense que dans certaines bourgades, on fait carilloner les clochers!!! On est pas en train de libérer le pays, quand même! On va où là?! Ca frise le ridicule.

Troisièmement, le fait que l'on nous ait imposé à la fois cet évènement comme seul élément de l'actualité (France Inter y a consacré 13 des 15 minutes de son journal ce matin!!!), et une version unique de son déroulement, permet de mieux cacher certains détails intriguants... Tout ce que je sais est qu'hier, elle semblait très en forme et beaucoup moins maigre que sur les photos que l'on avait d'elle auparavant. Et qu'un avion sanitaire français avait atterri en Colombie il y a quelques semaines... son équipage "a disparu dans la nature" peu de temps après.

Quatrièmement, ce pseudo-engouement pour la libération d'otages est à double tranchant. Nous sommes à deux doigts de la crise diplomatique avec Bogota, qui est sidéré de constater à quelle vitesse la France a pris pour elle l'évènement. Ingrid, élue du peuple colombien (comme le rappelle si bien L'Hérétique) quitte son pays dès demain pour le pays de la langue de Molière! Dans notre joie, on oublie qu'elle est avant tout de là-bas, et que l'armée aussi bien que le gouvernement Colombiens sont perplexes devant le déroulement des choses. Il s'agit de leur victoire, et il s'agit d'une Colombienne : et pourtant, c'est la France qui se réjouit, la France qui revendique le combat, et la France qui l'accueillera !!!!!!

Alors oui : je suis un vieux con. Mais parfois, j'estime qu'il faut avoir un certain sens des réalités. Et pour moi, la libération d'une femme qui était encore inconnue il y a 6 ans et qui était à l'époque une candidate anonyme aux présidentielles de son pays (2% dans les sondages) est certes une bonne nouvelle pour la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, mais ça ne changera pas non plus ma vie.

NA!

Ben
La Voix alpine, voix grinçante en ce jour

Article modifié à 20h10.
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Publié dans International

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P
B'jour tout le monde,J'aquiesce à ton billet, Ben, et pas qu'un peu.Pour ma part, le soir suivant de la libération de ces otages, j'ai allumé France 2 et je me suis tapé une partie du JT: émotion dégoulinante, monopole d'actualité, 5 à 10% de faits et le reste de passion qu'on a à tout prix voulu nous faire partager via la lucarne hertzienne, culte d'une nouvelle madonne endossant tous nos péchés (analyserons-nous cette catharsis comme elle se doit?)... Et puis j'ai éteint avant la fin!Au passage, à propos de ce culte instantané de la personnalité confinant à une exigence douceureuse d'idolâtrie, il n'est pas inutile de rappeler que l'icône du moment savait parfaitement les risques qu'elle prenait lorsqu'elle a été prise en otage.Si elle s'est donc jetée dans la gueule du loup, on se réjouit néanmoins du succès de cette opération militaire l'ayant libérée parmi d'autres, bien sûr, et comment pourrait-il en être autrement, sauf à être partisan des FARC? C'est bien un évènement positif et joyeux, mais je rejette profondément cette injonction médiatique de communion, qui a bien évidemment comme dégât collatéral l'exigence de raison!Suite au JT de France 2, je n'ai pas manqué de faire connaître mon opinion au médiateur de l'information, au sujet de leur traitement de l'actu.Ben, tu n'as pas été trop polémique: quand la voix de Grenoble se confond avec la voix de la raison, qu'elle se fasse entendre!Pholcidae énervé 
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B
(Réponse à Pierre)<br /> Pierre,Je suis désolé, j'ai odieusement censuré mon précédent commentaire car je voulais le reformuler : je n'y avais pas exprimé ce que je voulais.Mais enfin bref, je suis las du sujet. J'avoue avoir peu lu la presse écrite ou regardé la télévision sur le sujet. En revanche, j'ai écouté pas mal de radios... et c'était vraiment du surjoué.Le phénomène psychologique qui a conduit a cet engouement dans certaines catégories de la population est probablement celui que je classe dans la rubrique que j'ai nommée "Bienvenue chez les Ch'tis" : on a besoin de bonne nouvelle, alors on s'en trouve.Mais Bétancourt était un phénomène médiatique (c'est d'ailleurs ce qu'il l'a sauvée) avant tout, et c'était flagrant hier. Pour moi, l'émotion a été « créée de toutes pièces » (entre guillemets) par les médias (qui avaient déjà bien sensibilisé sur le sujet), et l'opinion a accepté de relayer parce qu'elle avait besoin d'une bonne nouvelle.Cela ne m'empêche pas de penser que ce fut malsain. On critique toujours les médias parce qu'ils n'évoquent que les trains qui arrivent en retard. Je préfère ça à des médias qui ne parlent que des trains qui arrivent en avance... comme ce fut le cas hier. Leur rôle n’est pas de dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre, fusse une nouvelle fantastique. Je maintiens.Car les droits de l'homme en Algérie, la construction d'un réacteur nucléaire expérimental contre l'avis du Grenelle, ou la hausse de 5% des droits d'inscription à la faculté ont, selon moi, une certaine importance. Y compris pour la ménagère. Surtout pour la ménagère, qui n’en a rien entendu hier. Heureusement, les médias rattrapent aujourd’hui leur retard, et traitent maintenant de l’actualité d’hier…Le public hue toujours le clown blanc, hélas... Il n'y a pas de rôle plus difficile à assumer. C'est un choix que j'ai pris hier. Pour une fois, j'ai des commentaires, et c'est génial : la technique est payante ! Merci d'ailleurs, pour le tien. Mais je suis bien conscient d'avoir été très polémique... trop, sans doute.(soupir)PVDG
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T
@ Pierre,Ma première réaction en te lisant en diagonale ce matin aurait été de vouloir te démontrer que la passion peut parfois altérer le jugement (réaction dictée par la "passion" ). Puis en te relisant à tête reposée plus tard j’ai vu que ta longue démonstration méritait que j’y réponde avec retenue (réaction dictée par la "raison")<br /> Entre temps un petit évènement personnel m’a donné tout loisir de réfléchir. Accroché à une perfusion une bonne partie de la matinée, je n’ai pas eu trop d’autres loisirs que de penser. Bien sûr Pierre je n’avais plus sous les yeux ton long développement. A l’hôpital mon blackberry était éteint. Ma mémoire n’en avait retenu que la tonalité générale ainsi que le phrasé.<br /> A trop vouloir démontrer, tu pourrais risquer de devenir contreproductif dans ton raisonnement en faisant flèche de tout bois. Mais je ne peux que louer ta sincérité à vouloir apporter argument sur argument.<br /> Tu as appris la capture de Madame Betancourt à 14 ans. Ce m’a fait me souvenir qu’au siècle dernier au même âge que toi, j’ai eu mon premier engagement en faveur de l’abolition de l’Apartheid. Ô ce n’était qu’un barbotage à mon niveau. Mais j’y ai alors mis toute ma conviction et toute mon énergie.<br /> LOL je viens de rechercher dans Google ! Ca me fait drôle de découvrir que mon barbotage d’ado est entré dans l’histoire.<br /> (extrait de l’article signé par Vincent Roussel publié dans Alternatives Non Violentes, n° 129/120 (été 2001), Les luttes non-violentes au XXème siècle.<br /> […Certains se souviennent combien, dans les années soixante-dix, l'organisation du boycott des oranges Outspan d'Afrique du Sud par le Mouvement Anti-Apartheid a été un puissant facteur de sensibilisation des opinions publiques, notamment en France. Les leaders historiques, Nelson Mandela en tête, ont connu la prison durant plus d'un quart de siècle. La geôle n'a pas réussi à faire fléchir leur volonté farouche de poursuivre le combat jusqu'au bout. Ils ont été les figures emblématiques qui ont donné détermination et âme à la lutte du peuple africain et aux solidarités internationales qui l'ont accompagnée…]<br /> Pour en revenir à notre propos, je conclurai comme suit :<br /> 1. Politiquement la libération de Madame Bétancourt est certes un grand événement.<br /> 2. Humainement, sa libération est salutaire, tant pour les siens qu'avant tout pour elle (je suis entre autre affecté par ce virus de l’hépatite B donc je connais que trop ce qu’elle peut endurer)<br /> 3. Mais médiatiquement, comme Ben et tant d‘autres, je trouve que c’est limite un peu démesuré le traitement accordé à cet événement. Désolé pour toi Pierre, mais je pense que Ben a eu la réaction adaptée et lucide.<br /> Au-delà du factuel, je terminerai par quelques mots sur mon engagement citoyen. De ma déjà "longue carrière" en la matière, la plus belle date restera à jamais le 10 mai 1981, Là oui Pierre, j’ai vu ce que c’était la liesse populaire. On allait changer la vie ! Mais ma joie fut raisonnable. Quelques jours après, je me souviens du titre des Nouvelles Littéraires que je lisais alors (où écrivait le déjà excellentissime JF Kahn). La Fête, et après ?<br /> Deux dates restent comme des grandes baffes dans ma vie de citoyen, un 21 avril 2002 et un 29 mai 2005.<br /> Je ne m'en cache pas, j’appréhendais cette échéance 2007 !<br /> Lucidement, je ne croyais pas aux chances de Madame Royal. J’avais lu les discours de François Bayrou, pour qui, personnellement, bien que calé dans ma gauche, j’avais toujours eu de l’estime. J’ai décidé de le suivre dans sa volonté de faire de la politique autrement. Engagement de raison qui est le mien depuis plus d’un an. Cela n’empêche pas d’y mettre parfois de la passion.<br /> 2012 est encore loin vu comme ça. Mais c’est dès maintenant qu’il faut s’engager et résolument. Car je suis inquiet pour notre pays.<br /> Le premier juillet dernier, en marchant, rue du Faubourg Saint-Honoré, je venais de finir la lecture de l’excellent billet qu’avait publié Ben sur les médias. Par 32 degrés de chaleur, je me suis arrêté pour regarder un pauvre hère qui dormait à même le sol. L’Elysée est à deux pas, le luxe tout autour et lui couché au niveau des gaz d’échappement dans l’indifférence totale. La ville était en état de siège du fait des « cérémonies » organisées à l’occasion du début de la présidence française du Conseil de l’Union. Je ne pouvais rien pour lui.<br /> Et je me suis dit que cette France n’était ni ne serait jamais la mienne. Et je n’exultais pas en voyant ce pauvre malheureux. Je reprends tes mots Pierre en les transposant dans une tonalité plus sombre :« Il y a parfois des phénomènes de société que l'on ne comprend pas mais qui existent néanmoins » et qu'on ne peut se résoudre à accepter.<br /> Que certains des passants indifférents au sort du pauvre hère en viennent le lendemain à s’émouvoir pour un évènement médiatisé à outrance me laisserait sans voix.<br /> Le pauvre hère est l’otage de sa condition misérable, qui le libérera lui ?<br /> Voilà Pierre, j’en ai fini de ma morale de vieux jeune con. N'y vois surtout pas de remarques personnellement dirigées contre toi. Continue surtout à t’engager avec passion.<br /> @ Ben enfin ! Continue toi aussi à raisonner brillamment.<br /> C’est sur VdG que j’ai commencé à barboter, et je mets un point d’honneur à y laisser mon dernier commentaire de lecteur actif. Je continuerai à te lire toujours avec autant d’intérêt ;-)<br /> Pour ma part, je prends d’autres chemins dans l’engagement citoyen et dans mon existence de malade au long court.<br /> @micalement<br /> Thierry P.<br />
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P
Oh Ben,surtout ne te vexe pas! Je ne t'ai pas pris de haut quant à ton âge, c'était plus une plaisanterie qu'autre chose, mais tu te trompes quand tu dis qu'elle n'était pas connue auparavant. Et, si je te critique parfois avec une certaine véhémence c'est justement parce que je nous sais à parfaite égalité (ce serait au contraire humiliant si tes lecteurs n'osaient pas critiqué tes points de vue... ce qui n'est pas le cas!) Mais, je me maintiens pour ma part que la couverture médiatique était correcte. En tout cas pour les médias auxquels je me suis informé (iTV, LCI -où le rôle de M. Sarkozy a été peut être un chouhia exagéré... mais bon, c'est LCI - BFM TV, FR2 -que j'ai trouvé très bien: critiques et émotion - Ouest France et Le Monde.fr). Tous ces médias ont consacré une grosse partie de leurs informations à la libération de Mme Bétancourt sans pour autant véritablement ignoré les autres sujets, qui d'aillleurs revêtaient une importance objectivement moindre. je suis toujours très critique envers les médias (d'ailleurs, tu devrais nous faire un article sur "Mais où va Libération???" mais là, je ne trouve pas qu'ils ont été en-dessous de leur niveau habituel, au contraire.En ce qui concerne la "ménagère" comme tu dis, de toute façon, la seule chose qu'elle aurait retenue de l'actualité sans cet évènement, c'est l'abominable assassinat des deux français à Londres et son mari l'affaire Domenech (je nage dans le cliché).En tous les cas, tu-ne-sais-quelle-France mais en tout la mienne, elle exulte! Et elle est très heureuse du retour à Paris de Mme Bétancourt! Il y a parfois des phénomènes de société que l'on ne comprend pas mais qui existe néanmoins. Il me parait plus intéressant de s'interroger sur: pourquoi cet évenement est si agréable? Il y a sans doute bcp de raisons psychologiques et sociologiques intéressantes à étudier.
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P
Et bien moi, Ben, je trouve que tu es un peu un vieux con quand même!<br /> C'est très bien de vouloir être rationnel en toutes circonstances. Mais la raison n'est pas toujours l'ennemi de la passion! Et il n'y a pas de mal à se laisser aller à la liesse de temps à autre, ça n'empêche pas de rester critique vis-à-vis des évenements. <br /> Je vais donc commenter ton article en adoptant deux points de vue; la passion d'abord, puis la raison ensuite. Car il n'y a aucun mal à se laisser aller quelques courts instants au premier avant de revenir au second (et, en l'espèce, deux ou trois jours de joie collective ce n'est rien après six années de captivité, me semble-t-il).<br /> Cette joie collective, elle existe bel et bien je crois! Quand la nouvelle -complètement inespérée- est tombé, j'ai reçu plusieurs appels de gens de ma famille voulant m'en parler. Plusieurs de mes contacts MSN se sont fendus de pseudos « vive la liberté! » et autres (moi-même, j'y suis allé de mon « Que alegria »!). Des dizaines de petits rassemblements ont été organisé toute la journée de jeudi, notamment devant les hôtels de ville qui affichaient la photo de Mme Bétancourt. <br /> Même si, contrairement à toi, je ne l'appelle pas par son prénom (je n'ai pas la chance d'être intime avec elle! Ni, malheureusement, avec son fils ou sa fille dont elle peut être fière et je me joins à elle pour m'exclamer « Que lindos! » -cf. ces propos à leur descente de l'avion RF-)... je disais... Même si contrairement à toi, je ne l'appelle pas par son prénom, la nouvelle de sa libération a provoqué chez moi une joie réelle et profonde, que je ne saurais vraiment expliquer je l'avoue... Mais ma raison ne réprime en rien cette joie car cette femme est non seulement un symbole mais aussi une femme extraordinaire. Tu te méprends par ta jeunesse quand tu dis que personne ne la connaissait avant son enlèvement. C'est faux! Bien qu'elle n'était pas crédité de beaucoup de pourcentages de voix aux présidentielles auxquelles elle était candidate, elle n'en était pas moins populaire! (Après tout, tu ne me contesteras pas le fait que M. Bayrou était, en 2007, aimé ou apprécié par plus de 18,5% des français! Ou Mme Voynet par plus de 1,5%). D'ailleurs, en 1998, Mme Bétancourt avait été élue sénatrice de manière véritablement triomphale! Elle était déjà célèbre, en France comme en Colombie et ailleurs, pour son combat contre le clientèlisme, la corruption, les enlèvements d'otages par les FARC... Je n'avais que 14 ans quand elle fut enlevée et je me souviens très bien de l'émotion qui fut la mienne quand j'appris à l'époque cette triste nouvelle car déjà, je la connaissais et je l'estimais... Du haut de mes quatorze ans...! Mes souvenirs, bien que vagues et confus, me font penser alors que cette femme était déjà connue et appréciée à l'époque de son enlèvement.<br /> Et oui, Ben, l'histoire contemporaine n'a pas commencé le jour où tu as ouvert un journal pour la première fois!<br /> Alors biensûr la libération d'Ingrid Bétancourt n'est qu'un cas personnel et il y a des millions de personnes qui vivent des situations personnelles tout aussi abominables; victimes de la pauvreté extrème, de la maladie, de la guerre ou comme elle, de violations féroces de leurs libertés et droits les plus fondamentaux. Pourquoi parler d'elle? Pourquoi les journaux du Monde entier relaient-ils cette nouvelle avec tant de d'empressement et de quasi-ferveur? Et pourquoi particulièrement en France?<br /> Biensûr, devant le traitement exceptionnel d'un cas individuel, même tragique, on est toujours pris d'un certain malaise en pensant à tous les autres. Mais voilà, c'est comme ça, il y a des symboles dans l'Histoire, sans doute en avons nous besoin. Et Mme Bétancourt est un symbole! Depuis longtemps, elle est symbole de Courage, d'Espoir, d'Indépendance, de Combativité et aujourd'hui de Liberté. <br /> Comme la dit Mme Bachelet, présidente du Chile, la libération d'Ingrid Bétancourt est une victoire pour la Paix, pour la Démocratie et pour la Liberté! Cette phrase est tout sauf une formule creuse! <br /> C'est une victoire pour la Paix car cette opération militaire de l'armée colombienne s'est faite sans aucune effusion de sang et parce qu'elle constitue un coup dur contre un groupement terroriste qui est lui-même ennemi de la Paix. Le 6 juin 1944, les soldats alliés mitraillaient peut être, mais en faisant la guerre, ils luttaient pour la Paix! Et bien là les soldats colombiens font la guerre -sans tuer- et obtiennent un brillant succès dans la marche vers la paix civile en Colombie.<br /> C'est une victoire pour la Démocratie car cette victoire de l'armée régulière sur l'armée terroriste, c'est la victoire de l'Etat démocratique sur les candidats dictateurs, c'est la victoire de l'Etat de Droit sur l'anarchie violente et tyranique! Il faut à ce propos rappeler que l'Etat de Droit a toujours été faible et piétiné dans ce pays, et oui, les démonstrations de la supériorité de l'armée régulière sur tout mouvement para-militaire ou terroriste est important. La Colombie avance.<br /> Et c'est la victoire pour la Liberté car.... (je vous laisse deviner)!<br /> Bon, honnêtement, c'est surtout la victoire pour la Paix en Colombie, la Démocratie en Colombie, l'Etat de Droit en Colombie et la Liberté en Colombie! Mais à chaque fois qu'un état avance dans cette voie, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui avance. L'état qui promeut la Paix, la Démocratie et la Liberté en interne les promeut en externe.<br /> Cet évenement donc ne va pas modifier la face du Monde, mais il lui fait du bien assurément. Les bonnes nouvelles n'étant pas si nombreuses, et les nouvelles miraculeuses encore moins, il est tout à fait légitime que nous nous réjouissions de celle-ci qui fait du bien directement à des centaines de personnes (les otages et leurs proches), qui fait du bien à tout un pays et à tout un peuple et qui donc fait du bien à tous ceux qui sur Terre se réjouissent du Bonheur des autres. <br /> Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi Ben-ne-sait-quelle-France exulte! Pourquoi se trouve t'il en France des centaines de milliers de personnes anonymes à qui cette nouvelle a flanqué un sourire plus large et plus intarrissable que si la France avait gagné l'Euro 2004?! <br /> Plusieurs raisons à cela:<br /> 1.Il y a des gens qui connaissaient Ingrid Bétancourt avant, et que son enlèvement avait inquiété et peiné dès le premier jour! Et donc six ans après... ils étaient toujours inquiets!<br /> 2.Il y a eu en France une mobilisation associative, militante et politique sans précédent sans doute dans toute l'histoire mondiale de la prise d'otages! (et je crois que seul Alvaro Uribe sait vraiment l'importance qu'a eu cette immense mobilisation, aurait-il tenté un tel coup d'éclat si la pression pour sa libération n'avait pas été aussi forte? lui seul le sait, et au fond, aujourd'hui, l'essentiel est ailleurs... Que les journalistes ne reprennent pas ceux qu'ils interviewent lorsqu'ils disent que la mobilisation a permis sa libération ne me choque pas trop... Les médias ont assez dit que c'était une victoire militaire et une victoire de M. Uribe. Et puis, après tout, il y a bien des gens qu'on laisse croire en Dieu parce que ça leur fait du bien, on peut laisser croire aux gens que leur mobilisation et toute l'énergie dépensée en six ans n'ont pas été vaines.. (d'autant qu'on n'est pas du tout sûrs qu'elles ont été vaines.. mis-à-part ceux des alpinistes qui mardi ont escaladé le Mont-Blanc pour afficher son portrait au sommet de l'Europe... là, il est évident que mis à part pour leurs mollets, ça n'a pas servi à grand chose....)<br /> Avec toute cette mobilisation, tous ces portraits géants, ces pin's et autres, il est évident que tout un chacun s'est emparé de ce qui est devenu pour beaucoup un fait divers avant d'être un fait politique. (Aujourd'hui les médias traitent d'un sujet politique de manière relativement politique mais bcp de citoyens n'y voient que la dimension faits divers, mais ça n'est pas forcément la faute des médias!). Toujours est il que c'est devenu un fait divers; et quel fait divers! Quel long fait divers! Il est naturel après tant de tps que la résolution de celui-ci prenne tant d'importance<br /> 3.Il y a des gens qui aiment les belles histoires! Et quelle sacrément belle histoire! <br /> 4.Il y a des gens en France qui sont sensibles aux droits humains, qui quotidiennement combattent pour eux ou se désolent de leurs violations, et qui face à un tel happy-end suite à une violation aussi grave de la liberté individuelle ne peuvent s'empêcher d'éprouver un réel et grand bonheur.<br /> Alors, oui sans doute, cette nouvelle n'aurait d'un point de vue purement rationnel pas mérité une telle couverture médiatique. Néanmoins ma Raison me dit qu'elle méritait une couverture importante car cela reste une information très importante. Au JT de France 2, elle méritait bien 15-20 minutes de reportages, elle en a eu 45-55... soit... La Passion (belle histoire, histoire ancienne, plaisir de la bonne nouvelle, le coup du 'miracle', histoire déjà très médiatique...) s'est mélée à la Raison et a fait que la couverture médiatique a été si importante, peut être un peu exagérée. Mais ce caractère exagéré de cette couverture médiatique ne devrait pas énerver quelqu'un, elle est humaine et très compréhensible. Et pour ma part, elle me gène bien moins que le ¼ d'heure de reportages quotidiens que nous allons avoir cet été sur le camping, le barbecue et les plaisirs de la plongée sous-marine...<br /> PS: dire que mobiliser autant l'opinion publique sur un tel évenement permet de détourner l'attention d'autres sujets, c'est assez erroné je crois. Le 2eme EPR, on va en reparler, il ne faut pas trop s'inquiéter pour ça, les écologistes sont au courant de cette information! Non, vraiment, le seul à qui tout cela a sauvé la mise c'est à M. Domenech et à sa conscience professionnelle de moule à gauffres...<br /> <br /> Et dernière chose; non Ben, il ne va pas y avoir de crise diplomatique entre la France et la Colombie! Ce ne serait de l'intérêt d'aucune des parties (ni du gouvernement colombien qui ne voudrait pas apparaître trop clairement comme ayant organisé cette opération dans un but électoral et de popularité, ni de l'exécutif français qui n'a pas intérêt à paraître à ce point opportuniste!)<br /> Et il est normal qu'elle rentre en France. La France est aussi son pays! Elle a la double nationalité et c'est pas pour rire. Elle dit bien elle-même que son coeur est partagé entre ces deux pays, ses deux pays. Sa famille, ses enfants vivent en France, c'est normal qu'elle rentre ici où elle a très longtemps vécu. Par ailleurs, la France métropolitaine, c'est beaucoup plus loin de la jungle colombienne que Bogota et elle a sans doute besoin de cette distance géographique. Enfin, en France, elle sera tranquille. Elle ne subira pas toute la pression médiatique qu'elle subirait en Colombie -pas pdt qqes jours mais pdt des mois- et surtout la pression politique qui va être immense pour elle (en France on ne lui demandera rien à part sans doute qqechose du genre: « Viens donc au 14 juillet serrer la pince à Ben Ali! Et tu vas voir Bacher el-Assad, c'est un type super! Après ça, promis, on te laisse tranquille! »<br /> Bon, je sais pas si ce commentaire est intelligent ou intéressant vu que je l'ai écrit en étant très fatigué (et que ... j'ai la flemme de le relire), mais en gros, ce que je voulais te dire Ben, c'est :<br /> Goods things happen.<br /> And it feels good!<br /> So enjoy it, et arrête de faire Mr-plus-malin-que-tout-le-monde parce que des fois, ça donne juste Mr-si-si-je-suis-vraiment-un-jeune-vieux-con!<br /> (je dis ça en toute amitié!)<br /> comme dirait ma copine Michele:<br /> Viva la Paz, Viva la Democracia y viva la Libertad!<br /> Et puis, comme réenchérirait ta copine Ingrid :<br /> Vive la Paix, Vive la Démocratie et vive la Liberté!
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