Crise au Tibet (II) : Et maintenant?
Il est conseillé à tous ceux qui ne l'ont pas fait de se consacrer d'abord au premier article à propos du Tibet, afin de prendre conscience de l'aspect historique du problème.

Une violence grandissante, totalement hors de contrôle
Ces considérations historiques bien fixées, il s'agit maintenant de résumer les émeutes actuelles, dont, hélas, on ne sait pas grand chose en raison des filtres chinois. Et puis, pourquoi pas, rappeler tous les débats qu'il peut y avoir autour de la question.
Les émeutes trouvent leur source dans les évènements du lundi 10 Mars, à l'initiative des moines boudhistes. Au départ, ils manifestaient pacifiquement en faveur de la libération d'autres moines, qui, eux aussi, avaient manifesté pour célébrer la remise de la médaille d'Or au Dalaï-Lama par le Congrès américain. Ils réitèrent, plus nombreux, le lendemain, et son éparpillés par les forces de l'ordre chinoises relativement calmement (avec du gaz lacrymogène). Le conflit continue, et devient peu à peu plus violent. Des tibétains, qui s'étaient exilés en Inde, tentent de rallier leur pays. Les forces chinoises recherchent les fauteurs de trouble, encerclent les monastères.
Le 14 Mars, le peuple rejoint les moines, et des manifestations violentes éclatent : les tibétains s'en prennent aux commerces et aux habitations chinoises : quelques voitures sont brûlées. Des tirs sont entendus à Lhassa. Selon des associations occidentales, les policiers quadrillent la rue.
Reporters Sans Frontières annonçait déjà une centaine de morts ; le gouvernement chinois, dix. Le gouvernement tibétain exilé (et qui lutte diplomatiquement pour l'indépendance de sa nation) se dit "hautement préoccupé" par des informations circulant, indiquant que les chinois tireraient dans les rues, tuant au hasard, et faisant état de très nombreux blessés.
L'administration chinoise accuse alors "le Dalaï-Lama et sa clique" d'être à l'origine de ces émeutes, afin de déstabilier la République Populaire avant les Jeux Olympiques. L'intéressé nie toute responsabilité et renvoie la balle au chinois, affirmant que ces manifestations sont l'expression d'un "profond ressentiment" tibétain contre eux. L'UE fait officiellement part de son inquiétude, et Washington appelle au calme, tout en demandant aux chinois de respecter la culture tibétaine.
Le 15 Mars, des touristes étrangers parlent de blindés dans les rues de Lhassa, et de couvre-feu. Le Dalaï-Lama appelle à l'arrêt de l'utilisation de la force et au dialogue ; il demande à tous les tibétains de ne pas user de la force en retour. Mais à Lhassa, des milliers de moines et de civils défilent, criant "Tibet libre!". L'administration chinoise lance un ultimatum demandant aux tibétains de cesser les toubles à l'ordre public sous deux jours. Pendant ce temps, les associations d'occident s'activent et manifestent dans leurs pays.
Le lendemain, le Dalaï Lama déclare qu'il est "de la responsabilité morale de la communauté internationale de rappeler au gouvernement chinois d'être un hôte convenable" et que "la nation tibétaine fait face à un grave danger. Que la Chine le reconnaisse ou non, il y a un problème.".
Le 18 Mars, le responsable administratif chinois de la région autonome du Tibet annonce : "Actuellement, nous menons une lutte intense de sang et de feu avec la clique du Dalaï -Lama, une lutte à mort.".
Le Tibet ayant été rapidement fermé à la presse, il est difficile d'obtenir de plus amples informations. La Chine accuse officiellement le Dalaï-Lama d'avoir formenté ces émeutes et cette violence, et promet de révéler le complot. Le chef spirituel a pris les chinois au mot en invitant à la création d'une organisation autonome internationale, chargée de mener une enquête et autorisée à analyser tout le système boudhiste, afin de déterminer la vérité. Il a réaffirmé que si le peuple en venait à user de la force pour s'affranchir et gagner leur liberté, il démissionnerait de son poste de porte-parole du peuple tibétain.
Tout est une question de points de vue...
Chaque camp développe depuis une trentaine d'années un argumentaire précis afin de justifier sa position.
Ainsi, la Chine rappelle qu'elle est liée, comme je vous l'ai écrit, au Tibet depuis neuf siècles. Elle a par conséquent la légitimité historique. Qui plus est, elle rappelle qu'elle a permis de moderniser la société tibétaine, en ayant, entre autres, aboli le servage dès son arrivée, et brisé la théocratie. Enfin, elle rappelle que l'intégration du Tibet à la République Populaire de Chine a permis de désenclaver le pays : de nombreuses lignes de chemin de fer et des routes en bon état sillonnent dorénavant le pays. De beaucoup diront, au final, qu'avant tout, le Tibet est une région stratégique pour Pékin, dans le cadre de la lutte d'influence avec l'Inde.
L'argument premier des tibétains porte évidemment sur les violations de droits de l'homme, très souvent répétées et condamnées à plusieurs reprises par l'ONU. Ils revendiquent d'ailleurs, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Qui plus est, ils accusent la Chine de "détruire la culture tibétaine", en restreignant l'influence du clergé, qui possédait bon nombre de postes clés dans la société chinoise (rapport à l'art, le mode de vie, etc.), mais aussi en ayant lancé un vaste programme de peuplement permettant de gonfler la minorité chinoise au Tibet : on parle même de "sinisation".
Il est à noter que le Dalaï-Lama revendique avant tout le respect de la culture Tibétaine, avant l'indépendance. Il est modéré dans ses revendications à court terme.

Et les JO, dans tout ça?!
La question s'est posée, à la suite de ces évènements (qui ne sont sans doute pas terminés) de boycotter les Jeux Olympiques, que la Chine accueillera prochainement.
Certes, cela aurait un impact réel et briserait le prestige que la Chine souhaite acquérir grâce à eux. Mais les relations diplomatiques avec l'occident en sortiraient-elles renforcées? La Chine serait-elle alors prise d'une soudaine envie de devenir une démocratie exemplaire?! Ou au contraire, est-ce que cela ne la forcerait pas à se placer en contre de l'occident, et créerait des tensions durables avec les USA?
Et puis, qu'est-ce que ça nous apporte, à nous, de les boycotter, ces JO? Le gouvernement chinois se mettrait-il vraiment à genoux devant Bush, Gordon, Merkel et Sarkozy en leur promettant d'indépendantiser l'une des plus grandes parties de ses territoires, pour qu'ils ramènent leurs sportifs?!?! D'ailleurs, les athlètes qui se préparent depuis 5, 7, 10 ans à cette compétition ont sûrement leur mot à dire. Je doute que ce à quoi ils ont consacré tant de temps soit, à leurs yeux, si facilement sacrifiable. Surtout si ce sacrifice est loin d'être efficace à coup sûr.
Un peu de sérieux, un peu de pragmatisme ! Que ce soit la cérémonie d'ouverture ou le reste, tout boycott restera de l'ordre du symbole. Et puis d'ailleurs, que proposent les associations pour libérer le Tibet? Dans un pays qui maîtrise l'ensemble des informations transmises à ses citoyens, je doute que le boycott ait l'effet escompté. Pire, la télévision chinoise pourrait tout à fait trouver une version des faits qui fasse de nos pays d'ignobles anti-chinois. A moins que les associations pensent "forcer" la Chine, puissance nucléaire?!
Nous savons tous très bien, depuis 1945, que les guerres entre grandes puissances sont durablement passées de mode. On ne peut forcer l'une d'entre elles à infléchir sa politique. Surtout si elle est l'atelier du monde.
C'est pourquoi, pour une fois, je rejoins la position de notre président et du CIO : il faut faire preuve d'ouverture, de diplomatie. Avancer à petits pas. Faire pression, être diplomate : ne jamais lâcher, mais ne jamais trop serrer non plus.
Ceux qui s'emballent trop vite, pour des principes au demeurant exemplaires, pourraient vite être désenchantés. Agir sur le coup de l'émotion, c'est souvent s'exposer aux erreurs de jugement. Nous en avons un excellent exemple à la tête de l'Etat français.
Ben
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Une violence grandissante, totalement hors de contrôle
Ces considérations historiques bien fixées, il s'agit maintenant de résumer les émeutes actuelles, dont, hélas, on ne sait pas grand chose en raison des filtres chinois. Et puis, pourquoi pas, rappeler tous les débats qu'il peut y avoir autour de la question.
Les émeutes trouvent leur source dans les évènements du lundi 10 Mars, à l'initiative des moines boudhistes. Au départ, ils manifestaient pacifiquement en faveur de la libération d'autres moines, qui, eux aussi, avaient manifesté pour célébrer la remise de la médaille d'Or au Dalaï-Lama par le Congrès américain. Ils réitèrent, plus nombreux, le lendemain, et son éparpillés par les forces de l'ordre chinoises relativement calmement (avec du gaz lacrymogène). Le conflit continue, et devient peu à peu plus violent. Des tibétains, qui s'étaient exilés en Inde, tentent de rallier leur pays. Les forces chinoises recherchent les fauteurs de trouble, encerclent les monastères.
Le 14 Mars, le peuple rejoint les moines, et des manifestations violentes éclatent : les tibétains s'en prennent aux commerces et aux habitations chinoises : quelques voitures sont brûlées. Des tirs sont entendus à Lhassa. Selon des associations occidentales, les policiers quadrillent la rue.
Reporters Sans Frontières annonçait déjà une centaine de morts ; le gouvernement chinois, dix. Le gouvernement tibétain exilé (et qui lutte diplomatiquement pour l'indépendance de sa nation) se dit "hautement préoccupé" par des informations circulant, indiquant que les chinois tireraient dans les rues, tuant au hasard, et faisant état de très nombreux blessés.
L'administration chinoise accuse alors "le Dalaï-Lama et sa clique" d'être à l'origine de ces émeutes, afin de déstabilier la République Populaire avant les Jeux Olympiques. L'intéressé nie toute responsabilité et renvoie la balle au chinois, affirmant que ces manifestations sont l'expression d'un "profond ressentiment" tibétain contre eux. L'UE fait officiellement part de son inquiétude, et Washington appelle au calme, tout en demandant aux chinois de respecter la culture tibétaine.
Le 15 Mars, des touristes étrangers parlent de blindés dans les rues de Lhassa, et de couvre-feu. Le Dalaï-Lama appelle à l'arrêt de l'utilisation de la force et au dialogue ; il demande à tous les tibétains de ne pas user de la force en retour. Mais à Lhassa, des milliers de moines et de civils défilent, criant "Tibet libre!". L'administration chinoise lance un ultimatum demandant aux tibétains de cesser les toubles à l'ordre public sous deux jours. Pendant ce temps, les associations d'occident s'activent et manifestent dans leurs pays.
Le lendemain, le Dalaï Lama déclare qu'il est "de la responsabilité morale de la communauté internationale de rappeler au gouvernement chinois d'être un hôte convenable" et que "la nation tibétaine fait face à un grave danger. Que la Chine le reconnaisse ou non, il y a un problème.".
Le 18 Mars, le responsable administratif chinois de la région autonome du Tibet annonce : "Actuellement, nous menons une lutte intense de sang et de feu avec la clique du Dalaï -Lama, une lutte à mort.".
Le Tibet ayant été rapidement fermé à la presse, il est difficile d'obtenir de plus amples informations. La Chine accuse officiellement le Dalaï-Lama d'avoir formenté ces émeutes et cette violence, et promet de révéler le complot. Le chef spirituel a pris les chinois au mot en invitant à la création d'une organisation autonome internationale, chargée de mener une enquête et autorisée à analyser tout le système boudhiste, afin de déterminer la vérité. Il a réaffirmé que si le peuple en venait à user de la force pour s'affranchir et gagner leur liberté, il démissionnerait de son poste de porte-parole du peuple tibétain.
Tout est une question de points de vue...
Chaque camp développe depuis une trentaine d'années un argumentaire précis afin de justifier sa position.
Ainsi, la Chine rappelle qu'elle est liée, comme je vous l'ai écrit, au Tibet depuis neuf siècles. Elle a par conséquent la légitimité historique. Qui plus est, elle rappelle qu'elle a permis de moderniser la société tibétaine, en ayant, entre autres, aboli le servage dès son arrivée, et brisé la théocratie. Enfin, elle rappelle que l'intégration du Tibet à la République Populaire de Chine a permis de désenclaver le pays : de nombreuses lignes de chemin de fer et des routes en bon état sillonnent dorénavant le pays. De beaucoup diront, au final, qu'avant tout, le Tibet est une région stratégique pour Pékin, dans le cadre de la lutte d'influence avec l'Inde.
L'argument premier des tibétains porte évidemment sur les violations de droits de l'homme, très souvent répétées et condamnées à plusieurs reprises par l'ONU. Ils revendiquent d'ailleurs, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Qui plus est, ils accusent la Chine de "détruire la culture tibétaine", en restreignant l'influence du clergé, qui possédait bon nombre de postes clés dans la société chinoise (rapport à l'art, le mode de vie, etc.), mais aussi en ayant lancé un vaste programme de peuplement permettant de gonfler la minorité chinoise au Tibet : on parle même de "sinisation".
Il est à noter que le Dalaï-Lama revendique avant tout le respect de la culture Tibétaine, avant l'indépendance. Il est modéré dans ses revendications à court terme.

Et les JO, dans tout ça?!
La question s'est posée, à la suite de ces évènements (qui ne sont sans doute pas terminés) de boycotter les Jeux Olympiques, que la Chine accueillera prochainement.
Certes, cela aurait un impact réel et briserait le prestige que la Chine souhaite acquérir grâce à eux. Mais les relations diplomatiques avec l'occident en sortiraient-elles renforcées? La Chine serait-elle alors prise d'une soudaine envie de devenir une démocratie exemplaire?! Ou au contraire, est-ce que cela ne la forcerait pas à se placer en contre de l'occident, et créerait des tensions durables avec les USA?
Et puis, qu'est-ce que ça nous apporte, à nous, de les boycotter, ces JO? Le gouvernement chinois se mettrait-il vraiment à genoux devant Bush, Gordon, Merkel et Sarkozy en leur promettant d'indépendantiser l'une des plus grandes parties de ses territoires, pour qu'ils ramènent leurs sportifs?!?! D'ailleurs, les athlètes qui se préparent depuis 5, 7, 10 ans à cette compétition ont sûrement leur mot à dire. Je doute que ce à quoi ils ont consacré tant de temps soit, à leurs yeux, si facilement sacrifiable. Surtout si ce sacrifice est loin d'être efficace à coup sûr.
Un peu de sérieux, un peu de pragmatisme ! Que ce soit la cérémonie d'ouverture ou le reste, tout boycott restera de l'ordre du symbole. Et puis d'ailleurs, que proposent les associations pour libérer le Tibet? Dans un pays qui maîtrise l'ensemble des informations transmises à ses citoyens, je doute que le boycott ait l'effet escompté. Pire, la télévision chinoise pourrait tout à fait trouver une version des faits qui fasse de nos pays d'ignobles anti-chinois. A moins que les associations pensent "forcer" la Chine, puissance nucléaire?!
Nous savons tous très bien, depuis 1945, que les guerres entre grandes puissances sont durablement passées de mode. On ne peut forcer l'une d'entre elles à infléchir sa politique. Surtout si elle est l'atelier du monde.
C'est pourquoi, pour une fois, je rejoins la position de notre président et du CIO : il faut faire preuve d'ouverture, de diplomatie. Avancer à petits pas. Faire pression, être diplomate : ne jamais lâcher, mais ne jamais trop serrer non plus.
Ceux qui s'emballent trop vite, pour des principes au demeurant exemplaires, pourraient vite être désenchantés. Agir sur le coup de l'émotion, c'est souvent s'exposer aux erreurs de jugement. Nous en avons un excellent exemple à la tête de l'Etat français.
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