Crise au Tibet (I) : Infos historiques

Publié le par Ben

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Carte de la "région autonome du Tibet" (en gris-marron) (province Chinoise actuelle), et du Tibet historique (frontières brunes)

Bonjour à tous,

A force de ne consacrer ce blog qu'aux démocrates et à leurs déboires, je vais finir par devenir obsessionnel. C'est pourquoi j'ai décidé de prendre un peu de hauteur, et de vous emmener au sommet des montagnes tibétaines.
Car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, les cîmes ne sont pas sereines, par les temps qui courent : les moines bouddhistes tibétains, comme vous l'avez sans doute entendu, sont en révolte contre l'autorité chinoise en place.

Je m'engage à aller au fond du problème et à vulgariser ce cas géopolitique complexe. Mieux que TF1, donc, je vais tenter de vous expliquer le pourquoi du comment de la chose. En ce sens, il me semble dans un premier temps indispensable d'aborder l'aspect historique du problème. Un article s'ajoutera bientôt à celui-ci, et évoquera les considérations contemporaines. Mais il me semble qu'on ne peut vraiment rien comprendre à ce qui se passe là-bas sans un effort historique. Du courage, donc!

L'histoire de ce pays n'est à la base pas simple du tout, car elle oscille en permanence entre revendications d'indépendance et concessions de Souveraineté au (grand) voisin chinois. Le tibet a aussi toujours été au coeur des grandes tensions asiatiques, entre le "Grand Jeu" britannico-russe du XIXè, et la rivalité entre l'Inde et la Chine d'aujourd'hui (elles se disputent deux régions qui concernent le Tibet : le Bhutan (indépendant, sous influence indienne) et le sud de la province de Xinjiang (actuellement Chinoise)). Quoi qu'y s'est passé?!

Historiquement, le Tibet s'est acoquiné avec la Chine à partir du XIIè siècle, date de l'arrivée au pouvoir du premier Empereur mongol de Chine, Kubilai Khan (plus d'informations ici). Le Dalaï Lama était alors lié personnellement à l'empereur de Chine, et gouvernait le pays en tant que vassal de ce dernier, ou bien en le nommant Panchen Lama (second dans la hiérarchie bouddhiste tibétaine). Cette tutelle chinoise a varié avec l'usage. Elle a eu tendance à être très ferme durant les périodes de crise (guerres civiles, rébellions...) avec une vraie emprise sur la politique intérieure, et plus souple lors des temps calmes, laissant plus de champ à l'élite théocrate tibétaine.
Toutefois, au fur et à mesure de l'affaiblissement de l'Empire, la tutelle fut de plus en plus fictive. Dès le XIXè, le Tibet est autonome dans les faits : les Chinois, impuissants, sont réduits au rôle d'observateurs.

Dans l'affaire, les britanniques sont les vrais troubles-fêtes. A partir du XIXè, ils craignent une expansion de la puissance Russe dans la région (c'est le "Grand Jeu", bataille entre la Russie et le Royaume-Uni pour le contrôle d'une immense zone au sud du pays du tsar, allant du nord de la Turquie au l'est de l'Afghanistan actuel. C'est l'un des grands facteurs de l'instabilité moyen-orientale actuelle, mais ce qui a aussi permis de contenir l'ampleur du phénomène soviétique au XXè. Plus d'infos ici.). Aussi, surestimant les prétentions russes, ils envahirent extrêmement violemment le Tibet en 1904, écrasant littéralement les forces armées locales, sous-équipées.
A l'aide d'un traité de 1907, les Britanniques reconnurent ensuite la suzeraineté Chinoise sur le Tibet, mais pas sa souveraineté : dans les faits, c'est reconnaître l'absence totale des Chinois des affaires politiques tibétaines. Les britanniques ne s'adressèrent d'ailleurs plus qu'aux autochtones, ayant compris l'incapacité des Chinois à se mêler de ces affaires. Ils se contentèrent de noter le lien historique et personnel entre Lhassa et Pékin.
Se rendant compte de l'absence de prétentions russes dans la région, les britanniques évacuent en 1908, tout en conservant cependant un large droit de regard.

Profitant de l'occasion, les impériaux, souhaitant endiguer les tentatives du 13è Dalai Lama de concrétiser l'indépendance, font entrer leurs troupes à Lhassa en 1909. Les puissances occidentales, et entre autres, la Russie, refusent de venir en aide au Dalai Lama, malgré les sollications : ils préfèrent ménager leurs relations avec la Chine.

En 1911, l'Empire de Chine chute : une première République est instaurée. Sautant sur l'occasion, le Dalai Lama proclame l'indépendance. Les troupes chinoises sont expulsées. Pourtant, seule la Mongolie, alliée historique, reconnaît le nouveau pays. Les occidentaux se contentent d'observer et ménagent la Chine.

Tibet-drapeau.pngDrapeau du Tibet indépendant, fixé par le 13è Dalai Lama, en 1914. Il est aujourd'hui interdit par Beijing (Pékin).

En 1913-1914, la Grande-Bretagne, la Chine et le Tibet envisagent finalement un accord, séparant le Tibet en deux zones, l'une sous l'autorité spirituelle du Dalai Lama, mais sous souveraineté chinoise ("Tibet intérieur") et l'autre sous direction de Lhassa ("Tibet extérieur"). Dans les deux cas, cependant, la suzeraineté chinoise est reconnue. Mais la Chine ne signe pas le traité : cela laisse une incertitude complète quant à la répartition.
Pendant plusieurs années, le Dalai Lama en profite, et parvient à étendre sa zone d'influence politique. La tension monte, et des escarmouches ont lieu aux frontières avec l'Empire du Milieu. En 1932, la Chine intervient militairement et rétablit les frontières évoquées 1914.

Après la chute du gouvernement nationaliste chinois, la Chine devient "rouge". L'armée populaire de libération entre au Tibet en 1949 : la résistance, mal organisée, ne peut les arrêter.
En 1956 débute une révolte des Tibétains contre l'occupant. Elle s'étend très vite, et embrase tout le pays à partir de 1959. Cette même année, une insurrection violente éclate à Lhassa : le Dalaï Lama fuit en Inde, suivi d'une centaine de milliers de personnes. Cette révolte fut réprimée dans la violence par Pékin. Le nombre de victimes est une pomme de discordes entre Lhassa et l'occupant. Selon Wikipédia, on parle de dizaine de milliers de personnes.
Affirmant officiellement avoir réprimé une tentative de contre-attaque des classes privilégiées du Tibet, le gouvernement chinois met en place un certain nombre de réformes, dont l'abolition du servage (définition ici).
En 1989, de nouvelles manifestations vindicatives éclatent. Le responsable politique chinois au Tibet de l'époque, Hu Jintao (actuel chef d'Etat Chinois) les réprime dans le sang.

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Il est toujours difficile de commenter l'Histoire sans en connaître les vrais ressorts, sur la base de quelques articles. Toutefois, j'ose espérer vous donner un aperçu de la complexité de la situation.
Tout n'est pas blanc ou noir. Il faut bien noter que la présence chinoise est historiquement réelle. Nous verrons en quoi elle peut être génante de nos jours dans les prochains articles à ce sujet.

En vérité, avant le XIXè, le Tibet et la Chine étaient même alliés traditionnels, par le biais de la relation personnelle entre le Dalai Lama et l'Empereur. Tout a vacillé avec l'intervention britannique (qui a permis l'émergence, de fait, de l'existence d'un territoire Tibétain affranchi de la tutelle chinoise) et la chute des empereurs. L'avènement de la république en Chine a annulé le lien personnel entre les deux chefs, supprimant la légitimité de la tutelle chinoise en droit.

À suivre.

Ben

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Publié dans International

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