Villiers-le-Bel, épisode II : LA REVANCHE DES FLICS

Publié le par Ben

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Bonjour à tous!

Chacun se souvient des évènements de Villiers-le-Bel en décembre dernier, que j'avais d'ailleurs évoqué dans l'un de mes tous premiers articles. Entre autres, durant les émeutes, plusieurs jeunes avaient apparemment tiré sur des policiers, les blessant grièvement. Nul doute qu'il s'agissait d'actes volontaires et prémédités. Isolés aussi, sans doute.
Suite à ces affaires, la police a décidé d'annoncer qu'elle paierait les témoins qui accepteraient de dénoncer les coupables. Finalement, lundi dernier, 1000 policiers ont été déployés dans le petit village (qui compte 26176 habitants selon l'INSEE (2005)).

Voilà un résumé factuel du problème. Il y a selon moi deux aspects importants.

I) La République corruptrice

Voilà donc que nos forces de l'ordre se mettent à payer les potentiels témoins. C'est en soi déjà un aveu d'impuissance, mais la mode étant à croire que la police peut tout régler, je m'abstiendrais de développer plus une telle interprétation.
Concentrons nous plutôt sur une question majeure : la police doit-elle payer ses témoins? Avant d'aborder la question des purs principes, il semble évident qu'il y a un écueil à éviter : la cupidité. Le risque qu'il y ait de fausses dénonciations n'est pas anodin, surtout lorsque l'on connaît la situation sociale de Villiers-Le-Bel. Et quoique je fasse suffisamment confiance à nos amis en képi, c'est un risque qui, selon moi, suffirait à ne pas tolérer une telle pratique.
Ensuite, les forces de police ont, à l'époque, présenté leur mesure en affirmant qu'ils souhaitaient, par l'argent, briser une sorte de chappe, qui contraindrait les habitants des quartiers à ne pas dénoncer leurs voisins fautifs. C'est à dire qu'en quelque sorte, ils souhaitaient briser la solidarité entre les autochtones et les inciter à parler. Soit. Malgré tout, ces quartiers doivent rester des entités soudées. Y casser la petite cohésion sociale, que les associations s'acharnent désespérément à installer, pourrait rapidement devenir contre-productif, voire dévastateur pour le moral général. De deux choses l'une, donc : une justice qui divise les citoyens est mauvaise dans son essence ; et un quartier pourri par la division et l'individualisme cupide est une source d'autant plus inquiétante de délinquance.
Par ailleurs, je me permets de poser la question extrêmement simple, voire intuitive, de la valeur d'une justice dont les témoins sont payés. N'est-ce pas le début d'une dérive? ("Début", car en soi, la pratique d'une telle délation fut exceptionnelle). La justice se fonde sur la loi, la règle : demain, se fondera-t-elle sur l'argent par le biais de corrupteurs et de corrompus?

Quoi qu'il advienne, je trouve qu'accomplir une telle forme d'émoluments relève pratiquement du cynisme, à l'heure où ces gens dépendent entièrement des diverses politiques sociales, déjà très manifestement insuffisantes.

II) Un millier de policiers.... filmés!

Le second point concerne l'intervention policière de lundi. Elle a rassemblé, je l'ai dit, un milliers de policiers. M'est avis que l'effectif est complètement disproportionné : une ville comme Angers, forte de ses 150 000 habitants, doit en comporter 200 au total. Imaginez-vous : 1000 képis dans une ville de 25 000 habitants...
De ce constat, deux interprétations simples encore. La première, c'est que la tension reste forte sur le terrain, et qu'une telle manifestation de force relève en partie de la crainte de représailles.
La seconde, qui m'apparaît elle aussi évidente, c'est qu'il y a manipulation politique. Alors qu'il devait s'agir d'une opération strictement confidentielle, les policiers ont été accompagnés de caméras dès leur arrivée. 
Soit cette fuite est une manipulation de la majorité, visant à prouver que sa "politique sécuritaire" est toujours là. Et surtout, à faire oublier le pouvoir d'achat.
Soit il s'agit d'une manipulation de l'opposition, à laquelle je répondrais très aimablement qu'il serait agréable qu'ils finissent par avoir des idées à défendre.
Cependant, il me semble que la majorité, qui est au gouvernement, était en bien meilleure posture pour révéler à la presse de telles opérations. Surtout en sachant que le PS n'a pour l'instant aucune cohésion interne, et que le MODEM est loin des réseaux d'informations parisiens.
Toujours est-il que l'auteur d'une telle fuite ne s'est certainement pas rendu compte qu'il mettait par son geste le sort d'un certain nombre de policiers en cause. Ce qui n'est jamais acceptable. Quelle qu'elle soit, cette personne est irresponsable.

J'ose espérer que ce qui s'est passé à Villiers-le-Bel (la délation et l'intervention massive) resteront des évènements exceptionnels, et qu'ils n'ont été justifiés que par des situations particulièrement tendues. Mais je concluerai de la même manière que lors de mon premier article sur cette petite ville : le problème reste entier. En cinq ans passés au ministère de l'Intérieur (ou presque), Monsieur Sarkozy ne nous a toujours pas débarassés de l'épine dans le pied de la République.

Je croise les doigts pour qu'on l'arrache avant que ce ne soit le pied qui pourrisse.

Ben

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Publié dans Société

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T
Tu me rassures !<br /> un trait de légéreté en référence à une autre citation de Star wars dans tes pages : c'est ces films où l'on voit évoluer des boites de camenbert !<br /> Tu le dis, le problème reste entier... en ne souhaitant pas de troisième opus à ta série !
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B
Cher Tipi01, je me permets de reprendre très bêtement deux de tes points, par souci de rapidité : <br /> 1. Mon titre est en fait un jeu de mots faisant référence à une célèbre trilogie (Star Wars Episode III : La revanche des Sith)<br /> <br /> 2. En ce qui concerne ton analyse du fond du problème, j'adhère à ta position considérant la nécessité absolue de trouver ces aspirants meurtriers (car ils ne sont rien d'autre). Je me permets de te rappeler à ce titre un élément de ma conclusion : "J'ose espérer que ce qui s'est passé à VlB (...) resteront des évènements exceptionnels, et qu'ils n'ont été justifiés que par des situations particulièrement tendues". Je souhaitais dire par là que dans le fond, je n'ai pas critiqué en soi ce qui y a été pratiqué, compte-tenu du caractère exceptionnel de la chose. Bien sûr qu'il fallait trouver les coupables, vu le contexte. Toutefois, je me suis attaché à en démontrer les dérives, et à quel point ce genre de pratiques est à prendre avec des pincettes. <br /> <br /> --<br /> Je souhaitais aussi m'excuser pour la qualité de rédaction limitée de cet article, franchement écrit à la va-vite!
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T
C'est avec beaucoup d'attention que j'ai lu ce billet... Et cher Ben, une fois n'est pas coutume, je ne partagerai pas tes conclusions. <br /> Le constat initial des faits que tu dresses est pourtant "neutre".<br /> Ton analyse semble cependant être biaisée par le cours du déroulement de ton raisonnement. Tu me contrediras sans doute, mais je vais tenter de te répondre en quelques points qui expriment, tu pourras le noter au passage, parfois mes interrogations.<br /> 1. Un point de langage par rapport au titre pour commencer. "La revanche des flics" provoque d'emblée (à moins que tu aies volontairement voulu produire cet effet ?) ! Ces termes crus rendent difficile la nuance. L'emploi de "Police Nationale" est moins connoté pour lancer une réflexion sur les rapports sensibles qu'entretiennent les forces de l'ordre avec certains habitants dans certains quartiers. <br /> 2. S'agissant de tes réflexions sur les "primes", tu as fondamentalement raison, mais que veux-tu les ressorts de l'âme humaine ne sont pas aussi nobles qu'on le souhaiterait ! Tu as eu tout à fait raison de rappeler le statut du témoin déposant sous couvert d'anonymat. Mais ici que fallait-il privilégier, le recours à des moyens d'incitation financière ou rien ? Ne pas oublier que dans ce cas il y aurait eu des tirs... Cette façon de faire doit pourtant rester l'exception et faire l'objet d'un encadrement très strict par les magistrats. Ce procédé à mon sens a pour "effet positif" d'éviter l'appel à des dénonciations émanant de "corbeaux" animés parfois par de sombres motivations. <br /> Mais au final, tu as aussi raison d'entrevoir les effets pervers que cette façon de faire sous-tend... La suspicion, les rancoeurs, la division dans un groupe. Oui c'est pas simple.<br /> Mais si c'est un des moyens à utiliser pour que la lumière puisse se faire, une démocratie sûre de ses valeurs n'a pas de questions à se poser. <br /> 3. Honnêtement, Ben, je ne sais qu'en penser, quelle couverture médiatique ! <br /> La question de la mise en scène m'a taraudé ! Tu cites les politiques comme sources éventuelles des fuites, mais il faut aussi considérer la place occupée par les syndicats. Et puis, tu rappelles le nombre des intervenants (!). 1.000 fonctionnaires mobilisés, ça en fait du monde. Ne pas écarter la possibilité d'un policier qui mû par des convictions citoyennes aurait voulu "bien faire" en pensant que la médiatisation apporterait une garantie aux opérations ! Ou à l'inverse, quelqu'un mû par un sentiment non moins citoyen qui aurait voulu dénoncer de la sorte le procédé. Pas facile d'y voir clair ! En tout état de cause, je te rejoins là-dessus, prévenir les médias d'une telle opération peut s'avérer très risqué.
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