Les Rois du désert

Bayrou tient la "révolution orange à la française" à bout de bras : seul, jusqu'à quand?
Bonjour à tous, mes très chers lecteurs!
A l'heure où l'ensemble des médias ou presque, se retournent contre Nabot-Naparte Ier alors qu'ils l'avaient ensencé il y a quelques semaines, ni le PS et encore moins le MoDem ne semblent pour autant en profiter.
C'est une conjoncture très grave, presque délétère : la désillusion qu'est en train de créer l'empereur emporte tout sur son passage. Il ravive l'antiparlementarisme latent, il consacre le mythe du politicien mythomane et corrompu à coups de privilèges et de relations sordides, il écrase la pensée politique au profit du pitoyable spectacle de sa chute annoncée.
Mais que l'on ne s'attende pas à une guerre : ni le PS, ce vieil hypocondriaque chronique, et encore tout endolori par sa défaite annoncée, ni le Modem, brisé et piétinné par une politique d'ouverture fumiste, qui n'en finit pas de perdre son sang, ne sont près pour la bataille.
Nous assistons, mes amis, à la désertification du paysage politique français.
A tel point que le principal combat pour les candidats UMP aux municipales est celui de répéter et de crier sur les toits qu'ils ne sont pas sarkozystes. Lorsque Sarkozy a soutenu des projets ou ce qu'il appelle des "idées", on a soit la lâcheté de "ne pas commenter", soit l'hypocrisie de ne "jamais l'avoir soutenu". Est-on donc élu pour ce que l'on est pas?!
A tel point que tous les candidats socialistes s'affirment comme "véritables opposants à la politique de Nicolas Sarkozy", alors qu'ils se sont contentés d'attendre que la tempête passe, et que le vent se retourne en leur faveur. Mais le combat, est-ce donc attendre que l'autre vous autorise à le frapper?!
Alors au final, seul les communistes, les lepénistes et les centristes trouvent encore quelque chose à être. A l'heure ou le PS ressort ses vieilles politiques idéologiques pour combattre la droite des riches, Olivier Besancenot est le seul, à gauche, à monter dans les sondages, car le seul à être fidèle à lui-même.
Les lepénistes, quant à eux, continuent à placer leurs efforts dans un vieux bulldog au demeurant très charismatique, en espérant mettre fin à l'un des succès de Sarkozy : leur propre chute. Oui, il les a saigné : mais demain, il les engraissera par son échec.
Et puis, il y a le p'tit gars orange. L'espèce de phénomène qui s'est, un jour, cru capable de battre le schtroumpf bleu. Il est bien seul, il est même sur la sellette. À Pau, François Bayrou serait bien en train de jouer son avenir : tout du moins, c'est ce que souhaitent les journalistes, à Paris.
Peut-être que la défaite personnelle de Bayrou sera bruyante. Mais sa victoire, car il y en aura une, sera silencieuse.
Ceux qui titrent qu'il a une "stratégie à géométrie variable" (Lemonde.fr), ou qui parlent d'incohérence, n'ont pas pris le temps de l'écouter. Ces gens là suivent encore le combat entre les deux autres : car il est plus intéressant de s'assoir sur les bancs de l'arène qu'à côté de celui qui réfléchit. Non messieurs, il n'y a d'incohérence que si l'on adhère à ce système bipartiste et manichéen ; il n'y a d'héroïsme et de changement que dans l'émancipation intellectuelle et personnelle.
Les trois quarts des listes centristes sont indépendantes au premier tour ; beaucoup bien sûr, se rallieront à d'autres au second. Mais une chose est sûre : le MoDem aura des élus : ceux qui, demain, seront ses cadres.
Et le Roi-rouquin-solitaire retrouvera des lieutenants.
Rien n'est fait, mais contrairement à d'autres, le MoDem a tout à faire. A l'heure où la France, pourtant revigorée par un débat présidentiel animé, retombe dans la déception, et les ravages de l'alternance politicienne, une seule réponse claire mettra fin au désastre. Cette réponse est une rénovation profonde de notre vie politique, institutionnelle et sociétale. C'est un projet qui nécessitera sans doute un leader plus déterminé et plus ferme qu'auparavant. Mais c'est un projet nécessaire, devenu salutaire.
Le désert grandit, et trois Rois sont encore en lice. Il y a l'empereur, le Roi entrôné et courronné par les scorpions. Il y a on ne sait combien de généraux rebelles, qui se battent autant entre eux que contre le premier, s'entre-ingurgitant les quelques couleuvres qui leur restent.
Et dans son coin, il y a le petit prince. Ce n'est un rouquin. Lui, il ne se bat pas : il préfère regarder le désert et écouter le vent. Et autour de l'oasis, il sème les graines d'une Révolution silencieuse.
Ben
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