France : Le dernier indicateur positif passe au rouge!

Source : Lepoint.fr
Comme vous l'avez sans doute tous entendu, l'INSEE vient de publier un certain nombre de chiffres sur l'état de l'économie du pays.
Tous dans le rouge.
Ainsi, et c'est le plus symbolique, alors qu'il n'avait cessé de baisser depuis 2006, le chômage a remonté de 0,7% en Janvier, amenant le nombre de demandeurs d'emploi à 1 910 500.
Cette dégradation s'accompagne d'un moral des ménages au plus bas depuis le milieu des années 1980 : il atteint seulement 35 (-1 point par rapport à Janvier). Jamais en 20 ans les ménages n'avaient été aussi déprimés par la situation économique.
Par ailleurs, les prévisions de croissance s'affinent et ne peuvent que renforcer le pessimisme ambiant : selon toutes vraisemblances (d'après l'INSEE), la croissance française devrait atteindre entre 1,7 et 1,8% pour l'année 2007, alors que le gouvernement avait certifié à plusieurs reprises qu'il obtiendrait un chiffre de 2,5%. C'est sur cette prévision trop élevée qu'il a calculé sa loi de finances rectificatives : il faut par conséquent s'attendre à une augmentation d'autant plus importante du déficit public.
Et ce d'autant plus que le contexte d'augmentation générale des prix plombe sérieusement la consommation. Selon une étude de l'institut Xerfi, l'inflation nationale (estimée à 2,8% par l'INSEE) est l'arbre qui cache la forêt. La hausse des prix des produits à forte fréquence d'achat (c'est à dire tout ce qui est nécessaire, indispensable, que l'on achète tous les jours) avoisinerait les 5%. Ce qui explique pourquoi les français ont une perception plus forte de la hausse des prix que ce qu'indiquent les chiffres officiels, compensés par une baisse des prix dans les secteurs de la haute technologie. Du coup, la consommation de biens manufacturés a diminué de 1,2% le mois dernier. Les français se voient contraints de se concentrer sur l'essentiel... et consomment de moins en moins, alors que c'est la consommation qui permettait d'obtenir une croissance décente jusqu'à présent (l'investissement était trop faible). Si cette tendance s'accroit, il faut par conséquent s'attendre à une augmentation des inégalités (dûe à la baisse des prix de produits à haute valeur ajoutée) doublée d'un écroulement de la croissance économique.
Il me semble que cette situation appelle à plusieurs remarques.
La première, c'est de dire que la "rupture" sarkozyste n'a pas fonctionné. En effet, le credo traditionnel de la droite en matière d'économie, c'est de considérer qu'il faut faire primer l'efficacité des entreprises grâce à plus de souplesse dans tous les domaines. Cela permet à la fois aux entreprises françaises de gagner du temps et de l'efficacité, et en plus, d'attirer les investisseurs étrangers qui sont très frileux à l'égard de la "bureaucratie". Toutefois, la majorité des efforts fiscaux du gouvernement a été consacrée à l'abaissement de l'imposition sur les hauts revenus et les hauts capitaux, plutôt que sur les entreprises. Le principal argument en faveur d'une telle politique fut celui du "retour des riches" en France : or, on constate que non seulement les riches ne reviennent pas du tout en France, mais qu'en plus, ils continuent de partir! Qui plus est, ceux qui restent contribuent trop faiblement à l'investissement national : c'est encore les classes moyennes qui tiennent l'investissement de ce pays à bout de bras, par le crédit (crédit, qui, lui même, s'essoufle du fait de l'épuisement des places financières).
La seconde remarque, c'est celle, très simple, de l'importance de la conjoncture. Il y a à ce titre un argument, et un contre-argument. L'argument, c'est de dire que la situation mondiale est extrêmement morose, quoique ça relève de l'évidence. Les places financières continuent à piquer du nez, et l'économie américaine s'embourbe. Les prix des matières premières et, entre autres, du pétrole, ne cessent de gonfler. Ainsi, le gouvernement a commis une erreur stratégique majeure (quoique la chose était bien sûr peu prévisible!) en lançant dès 2007 toute une série de mesures visant à désimposer les classes supérieures (c'est le fameux paquet fiscal) pour relancer l'investissement. Dans l'idéal, il aurait falu consacrer ces milliards au soutien de la demande des classes populaires d'aujourd'hui. Toutefois, même si la crise était peu prévisible (mais pas imprévisible, car les subprimes ont été un signal d'alerte assez clair), des pays comme l'Allemagne s'en sortent très bien avec les moyens du moment. Ce qui prouve que la conjoncture n'explique pas tout.
D'ailleurs, il est important de noter que toute la génération du babyy-boom est en train de partir en retraite, et c'est pourquoi le chômage est sensé baisser encore pendant quelques années. C'est en cela que le gouvernement semble -selon moi- avoir commis une série d'erreurs importantes aboutissant à un résultat aussi inquiétant. Même si, bien sûr, et c'est ma dernière remarque, traditionnellement, le chômage est toujours sujet à une petite hausse en Janvier. Jamais de cette ampleur, toutefois.
Mais la ministre de l'économie de rappeler, à raison, que de nombreuses opérations de recrutement restent infructueuses, et que le marché de l'emploi pourrait repartir. C'est pourquoi tout doit être mis en oeuvre pour relancer la croissance tout en dépensant le moins possible.
A mon sens, il faut dans un premier temps revaloriser le travail manuel et relancer des filières de formation jusqu'à présent délaissées. A titre personnel, je ne connais pas de plombier, d'électricien, de boucher, de menuisier-charpentier, ou de boulanger qui ait de problèmes financiers. Ces filières là manquent en ce moment cruellement de main d'oeuvre, et leurs personnels possèdent des emplois du temps et des fiches de paie très bien garnis. L'Education Nationale doit d'urgence revoir son système d'orientation afin de l'adapter à la conjoncture : la France manque d'artisans, d'informaticiens, de banquiers... Et je doute qu'un assouplissement du marché du travail seul (aussi nécessaire puisse-t-il paraître dans d'autres secteurs) puisse résoudre ces problèmes.
Deuxièmement, il faut casser les îlots oligopolistiques, c'est à dire faire appliquer les règles de la concurrence dans un certain nombre de secteurs où il y a des ententes manifestes entre les acteurs. Je pense entre autres ici à la grande distribution (qui s'en met plein les poches, sous prétexte de hausse des prix à la production!), mais aussi à la téléphonie mobile, ou aux produits d'entretien (affaire récente), à la verrerie...
Troisièmement, il faut, dans la mesure du possible pour les finances publiques, alléger les taxes sur le pétrole et renforcer les aides publiques au crédit, en priorité pour les agriculteurs. Car chacun sait que plus les prix agricoles sont bas, moins les inégalités progressent (sauf si, bien sûr, l'entreprise Peclerc ou Tarrefourre exerce des marges exhorbitantes!). Il faut toutefois remarquer que la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) représente une recette de plus de 25 milliards d'euros pour l'Etat français : c'est le 4è poste de recettes. Il est donc difficile d'en sacrifier une trop grande part.
Voilà, très rapidement, mon diagnostic qui est complètement personnel. De nombreuses mesures pourraient être prises, si l'Etat avait des ressources supplémentaires. Je reste entre autres persuadé que ce qui pèse le plus lourd dans ce pays est l'impôt sur les entreprises, qui est le plus élevé d'Europe. Mais nous devons espérer que la bonne conjoncture allemande tirera la France vers le haut. Mon constat est ici volontairement alarmiste : j'ai voulu y montrer la petitesse de certaines mesures, qui ont été présentées comme révolutionnaires lors de leur adoption. Mais je me pose des questions quant à l'avenir des classes moyennes dans ce pays.
Tout reste faire, et il n'est plus temps de jouer aux apprentis sorciers. Le "pacquet fiscal" finit par nous coûter cher, à l'heure où l'Etat a vraiment besoin d'argent. Il ne s'agit plus de booster la croissance : il s'agit de la sauver.
Ben
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