Le marais
Bonjour à tous!
Quelle ne fut pas ma surprise en lisant, sur lemonde.fr, l'article retransmettant l'intégralité de la note d'un conseiller politique du président, rédigée avant la réunion des pôles centristes de la "majorité présidentielle" du 9 avril! La voici :
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1) Plusieurs mouvements récents dans la famille centriste sont à noter.
Votre proposition à Michel Mercier pour appartenir officiellement à la majorité présidentielle a sans doute été un déclencheur puisque le président du groupe UC du Sénat ne s'en est pas caché.
Les ministres centristes (Hervé Morin, Valérie Létard, André Santini – Christian Blanc se tient à l'écart) ont alors redoublé d'assiduité auprès des sénateurs centristes pour leur proposer une alliance plus claire au sein du Nouveau Centre. Le petit groupe prêt à le faire atteindrait aujourd'hui le tiers de l'effectif.
Depuis le lendemain des élections municipales, Michel Mercier a fait savoir à François Bayrou et Marielle de Sarnez qu'il ne les suivrait plus dans des opérations-suicides et sectaires et que c'était là sa responsabilité de trésorier à la fois de l'UDF et du MoDem.
Jean Arthuis, dans une interview au Journal du dimanche, est venu s'aligner pratiquement mot pour mot sur la position de Michel Mercier.
Thierry Cornillet, député européen centriste, que vous avez reçu, a de son côté publié un manifeste pour le Centre qui constitue à la fois une proposition et une analyse pertinente de la situation : le Nouveau Centre ne recrutera pas plus, par contre il est possible de retravailler dans le cadre de l'UDF historique sans François Bayrou.
Dans le même temps, de nombreux élus dans le Grand Ouest, maires de petites villes (Douarnenez, Concarneau, Landerneau, Quimperlé) ne s'affilient pas au Nouveau Centre mais se réclament de l'Union centriste. Pierre Méhaignerie, comme il vous l'a d'ailleurs dit, les encourage dans ce sens. S'ils ne veulent pas venir à l'UMP, il préfère qu'ils n'aillent pas non plus au Nouveau Centre.
2) Derrière ces mouvements variés, plusieurs constantes peuvent nous permettre de continuer à compter sur l'ensemble de la famille centriste pour la recherche d'une majorité au Sénat et d'une majorité au Congrès.
Michel Mercier souhaite sincèrement être ministre et reste très intéressé par la possibilité pour un parlementaire de retrouver son siège directement, comme l'avant-projet de loi constitutionnelle le prévoit.
Jean Arthuis veut conserver la présidence de la commission des finances en septembre prochain.
Pierre Méhaignerie veut rester la référence centriste au sein de l'UMP.
Enfin, il est clair qu'à quelques semaines du versement aux partis politiques de la dotation publique de l'Etat, les sénateurs centristes et de nombreux élus locaux ne veulent plus en faire bénéficier François Bayrou et Marielle de Sarnez, sans pour autant apporter tout cela au Nouveau Centre.
En conclusion, il est possible dans les semaines qui viennent que les UDF centristes historiques récupèrent même matériellement le siège du parti et tous les actifs qui y sont, lesquels appartiennent toujours formellement à l'UDF. Nous nous retrouverions alors avec un parti centriste supplémentaire (l'ancienne UDF) entre le Nouveau Centre et le MoDem.
3) Il est clair que, depuis plusieurs semaines, cette analyse a été faite par Jean-Louis Borloo et son secrétaire général, Laurent Hénart. Le ministre d'Etat multiplie les entretiens et les déjeuners avec l'ensemble de cette mouvance et tente, en vain jusque-là, de la fédérer à son profit.
Dans ce contexte, la réunion que vous présidez [mercredi 9 avril] avec la majorité présidentielle n'en est que plus opportune.
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L'Elysée est devenue une marre pourrissante où, autour du tout puissant Roi-scorpion, croassent les crapauds d'un champ d'amour glouglouteux et égocentriste. Dans ce marais putride, le seul combat est celui de se rapprocher le plus possible du despote, de capter son regard, et, peut-être, d'attirer ses faveurs.
J'abuse?! Relisez : Michel Mercier veut un maroquin ; Arthuis veut garder la commission des finances ; Méhaignerie veut rester une grande figure centriste de l'UMP.
L'UMP est ce marais d'intéressés, coalisés autour de l'ignoble figure du chef. Il est loin, le temps du Général et de "la primauté absolue et permanente de l'intérêt général", du chef soucieux du pays plutôt que de son trône. Il est loin...
Ces gens là veulent leur financement?! Ces gens là veulent leur ministère?! Mais qu'ils le prennent! Qu'ils s'en aillent, même! L'ambition personnelle est le pire ennemi d'un parti en construction : le MoDem a besoin de gens loyaux et sûrs. Et puis d'ailleurs, la trahison ne rapporte jamais : depuis combien de temps n'avez vous pas entendu parlé de Santini, de De Robien, de Douste-Blazy et des autres?! Qu'ils restent là où ils sont.
Reste à espérer que la purge est terminée.
La note se réjouit même de la création d'un troisième noyau centriste "entre le MoDem et le Nouveau Centre"... c'en est désespérant. Non pas que l'entité ainsi créée deviendra dangereuse ; simplement, je m'agace de voir que l'UMP accuse le MoDem de manque de clarté d'un côté, tout en faisant tout pour flouer les électeurs de l'autre.
Mais il me semble que la stratégie anti-démocrate de Sarkozy commence à trouver ses faiblesses. En effet, le MoDem s'est entièrement construit sur la figure de F. Bayrou. Il a (et on peut le regretter) bâti le parti autour de sa personne, axé sur sa prise de pouvoir, à lui. A ceux qui le regrettent (ou même qui partent pour cela), je ferai remarquer deux choses. La première, c'est que le rôle premier des partis est de se concentrer sur un seul homme, depuis la Vè République [regardez plutôt l'UMP, ou bien l'état du PS sans chef]. La seconde, c'est qu'il a été très facile pour Sarkozy d'embrigader les cadres de l'ex-UDF ; mais il lui reste impossible d'atteindre Bayrou lui-même.
Aussi, si Sarkozy a cherché à faire couler Bayrou, il a échoué. Certes, Bayrou n'a plus que la tête hors de l'eau. Mais cela suffit pour parler, pour contester le président, pour le dénoncer. Bayrou résiste, et il sait que ce sera payant. Il a parfaitement compris que la Cour présidentielle finira forcément par se déliter. Cette somme d'ambitions personnelles finira par éclater : la situation est trop malsaine pour tenir trois ans encore.
Aussi, nous autres démocrates, avons le devoir de résister. Et en premier lieu, nous avons le devoir de ne pas croire en notre propre échec. C'est en croyant avoir perdu que l'on commence à perdre. Il faut tenir ; il ne faut pas lâcher un pouce de nos positions dans la tempête : cela finira par payer.
Nous attendons implacablement le ras de marée qui purgera le marais.
Ben
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