Mais pourquoi les lecteurs de VdG ne commentent-ils pas?!
Bonjour à tous, mes chers lecteurs!
Ah! Quelle longue absence! La Voix de Grenoble semble avoir été à ce point enrouée, la semaine dernière, qu'elle n'a pas pu sortir un mot! J'espère que vous pourrez la pardonner...
Reprenons donc nos bonnes habitudes. Et, plutôt que de vous bassiner avec François Bayrou, Nicolas Sarkozy ou le Dalaï Lama et son Tibet (qui doivent franchement commencer à vous courir sur le haricot, si vous suivez autant les informations que moi) et jouer à l'apprenti polémiste, pourquoi ne pas aborder une question un peu plus nombriliste? Parlons de NOUS.
J'ai des lecteurs parce que j'écris.
J'écris parce que j'ai des lecteurs.
Ce que je leur écris, ce sont mes avis sur plein de sujets différents.
Or, j'ai des avis clairs.
Je les justifie, mais en général, je ne fais pas preuve de demi-mesure pour les exprimer clairement.
Ca devrait lancer des débats, ça devrait éveiller en vous une envie de me confirmer, ou de me faire remarquer que ce que j'ai écrit était franchement stupide et complètement invraisemblable.
Or, vous ne dites rien.
[Lourd silence]
Pourquoi?
Pour répondre, imaginons les plusieurs possibilités envisageables :
1. L'auteur est littéralement incompétent (littéralement est le mot qui convient ici).
2. L'auteur choisit très mal ses thèmes.
3. L'auteur est incompréhensible.
4. L'auteur met mal en valeur ce qu'il écrit.
5. L'auteur est beaucoup trop long.
6. Les lecteurs n'ont simplement pas envie de commenter.
Bien. Nous avançons. Vous aurez remarqué que si devions traiter les six hypothèses, nous y serions encore demain matin.
Je propose donc que nous éliminions, au hasard, les cinq premières hypothèses. Considérons donc la sixième : Les lecteurs n'ont simplement pas envie de commenter.
Et pourquoi donc?!
Eh bien, cela semble être dû à votre confiance en vous-même. Je m'explique :
Voix de Grenoble est un blog politique tout ce qu'il y a de plus bateau. Sur tels ou tels évènements politiques et d'actualité, l'auteur choisit despotiquement un sujet qui l'inspire et vous fait part, ici de son indignation, là de son enthousiasme, à l'égard de tel ou tel élément.
L'auteur, c'est juste l'auteur : il a une position d'autorité naturelle. Parce qu'il a osé prendre la parole de lui-même, volontairement, nombreux sont ceux qui déjà, hésitent à le contester. Ils ont en effet le sentiment que l'auteur aurait de quoi les renvoyer violemment dans leurs foyers. Qu'ils ne sont pas compétents pour lui répondre, qu'il trouverait sans doute de meilleurs arguments, etc. En somme, les lecteurs ont peur de réagir, du fait du jugement de l'auteur, et des autres lecteurs.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, je viens devant vous de faire de la science politique. Je viens de vous expliquer pourquoi est-ce que des citoyens participent au vote, là où d'autres préfèrent s'abstenir.
En effet, il existe dans les démocraties un paradoxe : est postulé l’intérêt des citoyens à la chose publique. On s'imagine que tout citoyen suit de près la politique. C'est ce que l'on appelle le postulat de l’universelle compétence des agents, en science politique. C’est un impératif quasi moral. En démocratie, on doit s’intéresser à des choses politiques. Mais dans les faits, il y a de profondes divergences, inégalités, qui font mentir cette hypothèse. Cela montre que les français ne sont pas tous également intéressés pour la politique : il n’y a pas "d'instinct politique" ou d'instinct démocratique.
Au final, le vrai mystère n’est pas d'expliquer l’abstention, mais la participation.
Prenons un exemple : dans toutes les sociétés démocratiques occidentales, le statut sexuel est la première des divisions face au politique : quelque soit la classe sociale qu'on observe, les hommes sont plus intéressés par la politique que les femmes, très largement (où et qui que l'on étudie il y a toujours 20 à 30% de femmes qui répondent qu'elles "ne savent pas"). En fait, une sommation d’opinion plus forte pèse sur les hommes. Cela veut dire qu’il est beaucoup plus coûteux psychologiquement et socialement pour un homme de répondre qu’il ne sait pas à une question politique. La différence n’est pas anthropologique, mais historique ; c'est le fruit d’une éducation et d’une division des tâches entre les sexes qui a longtemps conféré un monopole aux hommes sur ces questions. Les hommes s'estiment automatiquement dans le devoir de répondre, alors que les femmes, non.
Bizarre, vous ne trouvez pas?
Autre facteur à observer : le capital scolaire. Plus on a fait de longues études, plus on se déclare compétent. Les pôles dominants sont le Droit, la Science Politique, les études sociales, etc. Plus le statut s’élève, et plus les personnes se déclarent compétentes. Ce qui joue ici est un mécanisme d’estime de soi et de valorisation sociale. Quand on a pas fait d'études, on ne se sent pas compétent, et on a peur du jugement des autres : on délègue à ceux qui "ont étudié". On préfère qu'ils parlent à notre place. C'est l'auto-exclusion par manque d'estime de soi.
L'exemple bateau est le traditionnel déjeuner avec toute la famille et le vieil oncle qui se dispute avec l'autre vieil oncle. La vieille tante prend alors la parole et demande :
"Mais dis donc, Théophile, toi qui a fait une fac de droit, tu dois bien comprendre tout ça!"
Eh bien, dans cette circonstance, Théophile peut soit baisser la tête (et avoir l'air vraiment ridicule), soit donner effectivement son avis et sauver la face. Mais toujours est-il qu'on lui demande parce qu'il a fait une fac de droit, autrement dit, parce qu'il a forcément un avis raisonnable sur tout.
L’aptitude en politique n’est donc pas fondamentalement une connaissance : c’est aussi une estime de soi.
C'est ainsi, par exemple, que les élèves de Science Po Paris sont meilleurs que les élèves de Sciences Po Grenoble. Non pas que les enseignements soient différents, non! Simplement, "ils ont fait Sciences Po Paris".
Et ainsi de suite...
La France est un pays qui s'est battu pour le suffrage universel. Mais ne nous trompons pas : le suffrage universel, le vote, ne sont pas de simples privilèges ou de simples cadeaux : ce sont de véritables devoirs, qu'il faut savoir entretenir.
Alors n'hésitez plus, ayez confiance! Que ce soit avec ou sans fautes d'orthographe, avec ou sans super diplôme, entraînez vous vous-même à y réfléchir, à vous poser des questions, à faire des commentaires!
Ben
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