La République laïque positive, démocratique et sociale
Mes chers lecteurs,
La venue du Pape en France et la couverture médiatique qui en est faite a été une nouvelle occasion pour le chef de l'Etat de jouer au roquet provocateur. Le voilà qui nous ressort, histoire d'occuper les journalistes, le concept de laïcité positive.
Il faut dire que ça sonne bien. Le terme rappelle évidemment le concept (d'ailleurs défendu par Nabot-Naparte Ier) de discrimination positive. Celle-ci consiste, rappelez-vous, à prendre des mesures en vue d'encourager l'intégration des minorités (que ce soit pour l'emploi, l'urbanisme, etc.). En gros, c'est une discrimination qui permet de lutter contre la discrimination.
Donc, si je comprends bien, la laïcité positive consisterait à favoriser la laïcité? Ce n'est pas ça du tout, bien au contraire...
Aux débuts de la IIIè République (qui a duré de 1871 à 1940), un fort débat a eu lieu parmi les républicains afin de déterminer le modèle de laïcité que la République devait adopter : la laïcité devait-elle être ouverte (liberté absolue), ou fermée (neutralité absolue)? C'est finalement le second modèle qui a été choisi parce qu'en autorisant la manifestation de signes d'appartenance religieuse, on cassait la neutralité de l'Etat. Le fonctionnaire ne représentait plus seulement l'Etat, mais aussi une religion : c'est contraire au principes fondamentaux de la République, qui se fiche royalement d'avoir des citoyens bouddhistes ou pygmées, et qui vis-à-vis d'eux, ne doit pas marquer de différence.
Car un tel modèle peut aussi conduire à des excès inacceptables : le premier bien sûr, serait une inégalité de traitement des citoyens (exemple : entraide entre membres d'un même culte). Le second effet néfaste réside dans des risques d'influence. C'est particulièrement vrai à l'école : en cassant la neutralité religion, on prend le risque de tentatives de prosélytisme et de conversions par influence. Que de tels phénomènes se déroulent dans la rue ne regarde pas l'Etat ; mais dans les écoles, si. Et c'est intolérable.
Alors voilà : je suis catholique, non pratiquant certes, mais croyant, et je refuse catégoriquement que mon pays adopte le modèle de laïcité ouverte.
Mais Sarkoko a un discours pire encore. Grosso-modo, il consiste à dire que la religion amène une réflexion propre, quelque chose en plus de l'école ou de l'éducation laïque (vous savez, l'affaire du pasteur et de l'instituteur).
Dans le contenu même, on pourrait envisager un débat. Somme toute, un universitaire ou un intellectuel aurait pu dire ça sans aucun souci. Et chacun peut avoir un avis là-dessus. Même si j'ai tendance à croire qu'il y a beaucoup de "laïcs bêtes" qui se contentent d'un "l'Eglise se fout de notre gueule" ou d'un "Dieu, c'est pas bien" ou encore le sempiternel "l'Eglise a pas arrêté de faire la guerre", j'ose espérer qu'il y a aussi beaucoup de non-croyants qui se sont vraiment posé la question. Qu'au fond, eux aussi, se sont demandés ce qu'était la foi, ce qu'elle apportait, quelle vie ils voulaient, etc. Bref : qui ont choisi en y pensant, et pas seulement en suivant l'avis de leurs parents. Car je suis aussi de ceux qui pensent que de nos jours, les plus endoctrinés sont dans le camp laïc...
Donc bref : il y a un vrai débat sur cette question, c'est vrai. Mais il doit être réservé aux philosophes, aux théologiens, etc. : aux citoyens entre eux. Mais en aucun cas le Président de la République n’a à donner son avis là-dessus. C'est une atteinte claire à ses devoirs. A son exigence de neutralité.
Mince à la fin! Pour qui se prend-il?! Il est Président, pas philosophe! (Et d'ailleurs, quand bien même il le serait, il serait mauvais!)
Car la question des rapports entre les religions et l'Etat ne regarde pas seulement les croyants et les fonctionnaires. Le problème n'est pas cantonné à ces deux catégories : il y a aussi les citoyens lambas, non croyants. Et en soi, ne pas être croyant, c'est déjà aborder la question de la religion.
Or, quand le Président affirme que "ce serait une folie" de se séparer des religions ou d'imaginer une société sans religion, il casse littéralement la neutralité de l’Etat, et place les croyants au-dessus des non croyants. C'est une atteinte grave et claire au principe d'égalité.
La laïcité positive de Sarkozy est encore plus grave que le modèle de laïcité ouverte que je vous ai décrit plus haut, car elle revient à dire que les religions étant un avantage pour une société, l'Etat doit favoriser celles-ci.
Dans le moins mauvais des cas, l'Etat aidera les religions à se développer (construction d'Eglises, de Mosquées, de Temples...). Dans le pire des cas, il défavorisera les non croyants. Et en tout état de cause, si l'on vient à mettre en pratique la laïcité positive, l'Etat brisera sa neutralité...
Les non croyants ici, sont-ils prêts à financer la construction d'édifices religieux par leurs impôts?
Sarkozy surestime décidément sa façon de penser. Ce coup là est encore plus énorme que la "politique de civilisation"...
« Vous dites que la France est catholique, mais la République est laïque. »
C. De Gaulle, aux évêques de France
Ben