Les chômeurs au régime
Mes (très) chers lecteurs,
La plupart d'entre vous, je l'espère, se tient au courant des évènements qui animent le monde qui nous entoure au quotidien. Vous savez par conséquent tous très bien que le Saint-Père du Mouvement Démocrate, F. BAYROU, a donné aujourd'hui une conférence de presse que vous pouvez retrouver ici, dans le grand enthousiasme qui vous caractérise.
Cela dit, je vous tend là un petit piège : car mon propos aujourd'hui ne s'arrêtera pas sur les schtroumpfs oranges, comme les appelle amicalement JFK (Jean-François Kahn, hein! Je sais que Bayrou est un illuminé, mais pas à ce point là!). Non non : aujourd'hui, je m'en vais vous parler de... du... oh, eh bien, disons de ceux qui nous dirigent. Les médias appelle ça "gouvernement", alors je crois que c'est ce qu'il faut dire...
Figurez vous que le gouvernement, donc, en plus d'avoir annoncé ce week-end qu'ils allaient laisser le soin aux mutuelles de financer les soins optiques à la place de la Sécu, a, selon le journal Les Echos, décidé de mettre en oeuvre le fameux projet impérial :
"Si une personne refuse plus de deux emploi à la suite, elle sera privée d'allocations"
(Nabot-Naparte, alors candidat à la Couronne Impériale, début 2007)
Nous y voilà! Un chômeur, qui, au-delà de ses six premiers mois d'inactivité professionnelle, refuserait deux contrats en conformité avec son salaire, sa formation, ses qualifications ou sa vie familiale, se verrait donc sanctionner. Une baisse (de 20% ou plus), une suspension (de 15 jours ou plus) voire une suppression des allocations du chômeur pourrait ainsi le contraindre à accepter un emploi : car après ces six mois, le chômeur devrait accepter tout contrat dont le salaire serait égal de 70% ou plus à sa rémunération antérieure, et nécessitant moins de 2 heures de transport par jour (aller-retour). Voilà pour la théorie, quoique tout ceci soit, bien sûr, temporaire. Le gouvernement entamera en effet les négociations avec les syndicats Jeudi 17 avril prochain. On nous promet déjà un chômage sous la barre mythique des 5%, c'est-à-dire le plein emploi.
En théorie, la réforme peut paraître bonne. D'inspiration anglo-saxonne, elle vise à forcer la demande d'emploi à s'adapter à l'offre : elle force les chômeurs à se soumettre aux conditions des entreprises. Cela ne peut, à première vue, être qu'une bonne chose, puisque cette réforme assouplit un système mondialement réputé rigide.
Mais surtout, elle vise à éviter les chômeurs, qui par paresse, refusent d'être "chercheurs d'emploi à temps plein" et se contentent de vaguement survoler les petites annonces. Il est certain qu'avec cette menace au-dessus d'eux, les "profiteurs" ne le resteront pas longtemps. Mais je doute qu'ils forment des légions : j'ose espérer que ces gens là sont ultra minoritaires. J'en suis convaincu.
Cela dit, quelques objections peuvent rapidement venir à l'esprit, dont la plupart tournent autour de la structure et de la stratification du chômage en notre belle contrée.
Ainsi, la réflexion peut conduire à une forte interrogation de l'efficacité d'une telle réforme par rapport à la lutte contre les délocalisations. Je m'explique : les usines installées en sol Chinois, ou sur le territoire de tout pays dit du "Sud", paye ses employés bien moins cher que les usines françaises. C'est pourquoi les entreprises françaises, contraintes par la présence d'un SMIC à bien rémunérer leurs salariés, délocalisent. Mais ce qui est caractéristique de ce mouvement, c'est qu'il concerne certains secteurs spécifiques de notre économie : on ne délocalise pas les activités informatiques par exemple. En revanche, le secteur du textile est ravagé. Ce qui explique que l'on ait beaucoup de chômeurs ouvriers, mineurs, etc. Et ces gens là, qu'ils le veuillent ou non, pourront difficilement trouver un emploi : il n'y a personne pour les embaucher. Dans un premier temps, donc, il faut remarquer que cette réforme ne peut en aucun cas régler le problème du chômage structurel de certains secteurs.
Qui plus est, ce qui peut paraître effrayant dans l'affaire est que même les cadres commencent à être touchés par le chômage. La Chine formant activement une armée de diplômés pour s'adapter au monde moderne et faire émerger son secteur tertiaire, elle commence à concurrencer les mieux qualifiés d'occident. Or, dans le cadre de ce chômage des cadres, il faut là encore émettre des réserves. Car la fameuse condition des "70% de la rémunération antérieure" pourrait tout à fait mener à une chute spectaculaire des salaires des cadres de certaines filières, conduisant à la situation littéralement abracadabrantesque du surdiplômé sous-payé.
J'ajoute encore que ladite réforme ne règle pas certaines questions de fond. Ainsi, il me semble difficilement imaginable qu'elle puisse aborder la question du chômage des jeunes, ou pire encore, du chômage des jeunes dans les banlieues. Le chômage est aussi dû à d'autres dynamiques qu'il nous faudra vaincre. Cette bataille semble d'ailleurs mal engagée sur certains points...
Enfin, je souhaite vous faire remarquer qu'à l'heure d'aujourd'hui, elle n'aborde pas la question de la formation des chômeurs. C'est un sujet que j'affectionne beaucoup : car je suis convaincu que si l'on mettait réellement le pacquet pour adapter les chômeurs aux demandes d'emploi, le marché du travail irait beaucoup mieux, sans avoir supprimé les allocs' de qui que ce soit. J'en ai parlé dans un article précédent.
Bref, le bilan de ce texte est mitigé. Pour moi, il sera surtout efficace dans la lutte contre la paresse au chômage, et je doute que cela soit réellement un problème conséquent. Prétendre qu'il suffira à rétablir le plein emploi relève de la boufonnerie. En revanche, on peut penser qu'il y contribuera, si de nouvelles réformes sont lancées.
Rejouissons-nous au moins que le gouvernement prenne sa première mesure réellement économique depuis mai 2007....
Ben
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