Des municipales (III) : Trois partis, trois diagnostics

Bayrou a trébuché face à M. Lignières-Cassou, à Pau, sur le fil : seules 300 voix les séparaient.
Enfin! Depuis le temps que les médias nous en parlaient, il était temps que ces municipales s'achèvent. Elles ont donné lieu à un résultat franc, puisque 8 municipalités importantes sont passées à gauche, dont quelques symboles (Reims, à droite depuis la fin du XIXè). Les trois grandes forces politiques du pays ont ainsi donné leur interprétation de ces résultats, et la manière dont ils allaient en prendre compte à l'avenir. Petit bilan sur le discours de chacun...
I) L'interprétation conservatrice : "Marie-Bénédicte, apportez moi mes boules quiès, voulez-vous ?"
Les résultats sont là pour le dire : l'UMP a clairement perdu ces élections, même si elle conserve Marseille ou quelques villes moyennes. La "vague rose" a bien eu lieu, et malgré une meilleure participation, le score de l'UMP ne s'est pas amélioré.
Le problème ne résidait donc pas dans l'abstention, quoique le Premier Ministre aime à rappeler qu'elle n'a pas été aussi faible qu'aux présidentielles, ce qui rendrait moins légitime, soit-disant, la vague de contestation. Et pourtant : le nombre de votants augmentant, c'est la gauche qui a gonflé son score. Le ras le bol général est donc bien réel.
Partant du constat que les électeurs n'ont rien à reprocher à la majorité en place, le gouvernement a interprété ces résultats comme la manifestation d'une impatience. Il a donc décidé de procéder à un léger remaniement et d'accélérer encore les réformes. Mais voilà bien une chose étrange que celle de dire qu'il n'y a aucune contestation, et de remanier son équipe par la même occasion! N'est-ce pas contradictoire?!
A croire que l'Elysée connait pertinemment le fond du problème, qui est bien une déconnexion entre la majorité et ses électeurs. Elle préfère nier pour retourner la situation à son avantage. Comment? Depuis quelques semaines, la présidence était en crise de popularité importante, critiquée de toutes parts : la presse, les politologues, l'opposition et la blogosphère (héhé !) s'y sont adonnés à coeur joie. Ce qui se prépare maintenant est un retour de Nabot-Naparte Ier, avec les mêmes idées, mais une forme différente. Un style plus sobre, plus traditionnel, plus présidentiel, moins bling-bling, etc... Ces élections lui permettent de justifier son brutal changement de style, après une semaine et demie de quasi-totale absence. Il pense sans doute, de la sorte, faire oublier à quel point rien ne sera plus naturel. Il veut être plus sobre et plus rapide à la fois. Voilà qui s'annonce pour le moins hussard.
Mais une réalité s'imposera : ce sera le même homme, en plus rapide encore. Une sorte de mix entre le style de Mitterrand, les idées de Pierre Poujade et la rapidité de Speedy Gonzales. Epicé!
II) L'interprétation socialiste : "Eh, Roger, tu l'as mis où, le programme de 1981 ?!"
De l'autre côté du gouffre idéologique, les roses se frottent les épines : un bon score, annonciateur dès la première année présidentielle d'une reconquête sans précédente : quelle aubaine! D'un PS finalement triomphateur face aux conservateurs qui avaient réussi à casser l'alternance!
Jamais nous n'avions vu le PS aussi guilleret depuis les régionales : les retraites par ci, l'éducation par là, la recherche au milieu, le pouvoir d'achat partout. En tout point, il se place en contre de la majorité (et la chose est réciproque), grand prince, promettant sans compter. Disparue la dette, disparu le déficit commercial, peu importe tous ces détails techniques : ce qui compte, c'est d'être contre eux. Ce qui compte, c'est d'enfoncer le clou, de se placer en contre d'un gouvernement qui aurait échoué dès la première année. De se placer comme seule alternative possible. Osé, non?
Au fond, personne ne sait comment ils feraient. Ils basent leur discours sur le constat qu'il s'agit d'un vote contestataire contre la majorité. Surtout au regard des proportions qu'il prend. Leur posture consiste donc à énumérer toute une série de domaines où le gouvernement a pu agir ces dernières semaines, et à proposer les solutions inverses. C'est efficace, implacable même, démago surtout. Le PS retombe dans son addiction favorite : il a toujours aimé se shooter aux impôts et à l'étatisation. A croire qu'il s'oppose mieux qu'il ne gouverne. A les écouter dimanche soir, on croirait entendre les idées des socialistes de 1981. Ils ressortent leur vieux classiques, incapables de se réformer eux-mêmes, incapable de trouver un chef. Comment pourraient-ils réformer le pays, alors ; qui le gouvernerait ?!
III) L'interprétation démocrate : "Je n'ai pas gagné, c'est vrai ; mais je n'ai pas vraiment perdu non plus. Une chose est sûre : j'ai raison!"
Et puis, au milieu, il y a le funambule de service, qui n'en finit plus de se pencher un coup à gauche, un coup à droite, pour essayer de continuer à marcher sur un fil de plus en plus mince.
Bayrou a perdu à Pau. Le MoDem a globalement tout perdu, parce que personne n'a rien compris à ce qu'il faisait. Seule la municipalité de Biarritz, oranger immaculé au milieu de la roseraie sauvage, arbore fièrement un maire démocrate.
Comme d'habitude, le chef de file du MoDem n'a pas vraiment reconnu sa défaite. Il a exprimé ses regrets, sa profonde déception pour la population de Pau... et s'est très vite reconcentré sur sa situation nationale. Il n'a d'ailleurs pas pu s'empêcher d'invoquer son excuse préférée : "Ce sont les deux appareils (...)" avant d'aborder sa vision du scrutin.
Ainsi, selon les démocrates, ce scrutin traduit une crise démocratique étouffée. Une sorte de ras le bol de la citoyenneté en général, face à des politiciens à la fois trop et pas assez prévisibles. Bayrou a fait deux constats. Le premier, c'est que l'abstention est repartie en nette hausse, conséquence de cet antiparlementarisme montant.
Le second, c'est qu'en dix mois, la France est passée d'une majorité franchement à droite à une majorité franchement à gauche. Une alternance aussi rapide montre à quel point la France est embourbée jusqu'au cou dans un système de pensée clos. Que le choix que nous avons à faire ne satisfait personne.
Pourquoi en ce cas, le MoDem ne fait-il pas plus d'émules? J'en reparlerai prochainement. Mais une chose est certaine : Bayrou non plus, à l'heure actuelle, ne constitue une alternative viable.
Ben
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