L'ouverture démocrate et son sens propre

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C'est sans doute la plus profonde inimitié personnelle du moment : Nabot-Naparte Ier et F. Bayrou se méprisent profondément l'un l'autre depuis la fin de la campagne présidentielle.
Bonjour à tous!
Nombreux sont ceux qui, à l'annonce de la politique d'ouverture du Président de la Dictature Démocratique Française, ont annoncé la mort du message démocrate, comme transcendé sous prétexte que la droite pouvait très bien l'accomplir à sa place.
Avec l'imminence des élections municipales (que je ne manquerai pas de commenter, rassurez-vous!), le chef de l'Etat a récemment annoncé dans Le Parisien :
"Le changement est une ardente obligation. [...] Il faut poursuivre l'ouverture."
Et j'en arrive donc à ma réflexion du jour : Sarkozy semble aimer l'ouverture, à tel point que certains parlent de désuétude du message démocrate... Je m'insurge!
Une analyse théorique semble importante ici. Elle permettra de mieux saisir le sens du message démocrate, qui n'est pas seulement un message de rassemblement, mais de modernisation profonde de notre vie politique, par la raison, et contre les idéologies.
Il y a, dans le paysage politique français, un clivage profond : il est là, il existe, nul ne peut le nier. Soit. Fondamentalement, la présence de clivages en politique n'est pas une chose anormale. Car la politique reste une lutte pour le pouvoir : il n'y a pas de lutte sans différences, et vice versa, en politique. Dès lors, l'extrême-centrisme, consistant à vouloir une coalition pour tout et pour rien, relève de l'idéalisme naïf.
Toutefois, il y a une donnée fondamentale que nul ne devrait oublier. A la différence de l'ensemble des démocraties parlementaires européennes, le clivage français, lui, se fonde sur une division profondément idéologique. C'est à dire que la gauche et la droite, l'une comme l'autre, agissent systématiquement en fonction d'une grille de lecture très rigide, quasiment automatiquement, toujours dans le même sens. Toutes deux sont extrêmement prévisibles : si l'une souhaite l'allègement de la présence étatique, l'autre l'inverse. L'une souhaite mener une politique sociétale progressiste, l'autre conservatrice, etc. Il manque en France ce que la Grande-Bretagne a toujours eu : le sens du pragmatisme, et l'adaptabilité aux circonstances.
C'est à dire que notre vie politique s'est entièrement fondée sur l'antagonisme automatique, l'opposition perpétuelle et frontale, presque débilitante ; un peu comme ces débatteurs qui, pour se distinguer, ne peuvent s'empêcher de dire la chose exactement contraire de leur rival.
Voilà qui est profondément stérile. Le sens du message démocrate, c'est de dire que la modernisation de notre pays, et a fortiori de notre vie politique, commence par casser les oppositions politiciennes au profit d'un clivage plus souple, et surtout, dénoué de toute idéologie. Le centrisme, c'est donc d'abord casser les préjugés stériles, et les actions autosystématiques de chaque parti, dont la ligne d'idées n'est somme toute, qu'une pensée prémachée pour les élites fatiguées de penser, en mal d'audience.
Partant, un constat simple s'impose : le clivage ne peut être brisé que si un groupe d'acteurs politiques s'en déclare extérieur et prend le pouvoir. Car il suffit qu'un des acteurs impliqués dans ce clivage prenne le pouvoir pour que le clivage soit confirmé, l'opposition que se formera alors ne pouvant être que l'opposé frontal déjà déclaré.
Et nous en arrivons là à toute la différence entre l'ouverture Nabot-Napartiste et Bayrouiste. Il y a une distinction théorique forte.
Nicolas Sarkozy avait tiré à boulets rouges contre le candidat démocrate, lors de la campagne. Il avait vanté les mérités d'un "clivage sain" et son importance en démocratie. Pourquoi dès lors, pratiquer une ouverture? Pourquoi donc vanter les mérites de la seule "compétence"? Où est donc passé ce cher clivage, l'"importance primordiale de l'opposition dans une démocratie"? L'opposition travaillant pour la majorité : l'état inverse de ce qu'il avait défendu dans sa campagne. Seulement, les ministères qu'il a octroyé aux partenaires de l'ouverture sont des postes extrêmement techniques : défense, affaires étrangères, quelques secrétariats d'Etats... sont tous des postes soit sous la houlette du président, soit trop pointus pour être sources d'oppositions partisanes nettes. C'est à dire qu'en réduisant l'ouverture à la technique, il reconnaît implicitement le clivage, donc l'inadmissibilité du clivage.
L'ouverture Sarkozyste est donc avant tout une posture, et qui plus est, qui crée un antagonisme profond entre la défense d'un clivage usé et le besoin de modernité dans notre vie politique.

A contrario, l'ouverture selon Bayrou possède un sens précis. Car composer un gouvernement pluraliste, dénué d'idéologie, c'est briser le clivage, qui, par la force des choses, laissera sa place à de nouvelles divisions. Il y a autant de catégorie d'idées qu'il y a de clivages possibles. Pourquoi ne pas imaginer un parti libéral-progressite, ou un parti interventionniste-conservateur, sur le modèle américain, plutôt qu'une droite libérale-conservatrice et une gauche interventionniste-progressiste ? L'ouverture selon Bayrou est donc en fait un déplacement de clivage, là où celle de Sarkozy ne fait que renforcer un clivage déjà stérile, et qui plus est, usé.
Car par la force des choses, lorsqu'un gouvernement se forme, une opposition se développe parallèlement. Et si cette opposition est divisée, face à un gouvernement qui lui vole une partie de ses idées, elle sera forcée de muter afin d'être plus crédible dans son rôle d'alternative (c'est ce que Sarkozy a réussi à faire par une simple posture, sans pour autant modifier sa politique). Ce n'est jamais la majorité récemment élue qui modifie son message, la logique et l'Histoire nous le rappellent.
Afin de prouver mes propos, je pourrais évoquer plusieurs évènements historiques. L'arrivée au pouvoir des radicaux, par exemple, au début du XXè, a provoqué l'émergence de nouvelles divisions dans le pays, entre les laïcs et les antilaïcs. Elle a contribué à l'extinction de l'opposition entre les monarchistes et les républicains au profit d'une nouvelle division, plus proche du "gauche/droite" d'aujourd'hui.
De manière générale d'ailleurs, il est évident que tous les héros que notre histoire comporte ont été des personnalités assez fortes pour dépasser clivages et idéologies de leurs époques. Henry IV, si cher à Bayrou, a brisé la guerre de religion au profit de l'apaisement et la tolérance, au lieu d'user de sa force pour faire basculer le conflit. Napoléon a créé une alternative entre monarchie et république. De Gaulle a changé les rapports entre la droite et l'Algérie, entre la droite et l'intervention de l'Etat, etc.
Le centrisme, est donc, du moins tel que je l'entends personnellement, le déplacement d'un clivage, davantage que sa disparition temporaire.
Mais il n'est permis que grâce à l'héritage gaulliste en matière institutionnelle. Car un tel déplacement de clivage serait impossible sans l'élan que procure l'élection présidentielle, et qui consacre les personnes plus que les idéologies.
Gare donc, à l'idiot qui oserait croire que le centrisme est un retour à la IIIè ou la IVè République. Un tel ignare n'aurait rien compris au message gaulliste : il semble que notre Président soit le premier d'entre eux.
Bien au contraire : le centre, c'est une prise de conscience des progrès gaullistes, des progrès de la Vè République. C'est la révélation de ce qu'un individu peut apporter à la démocratie tout entière. A la condition qu'il sache faire primer l'intérêt général sur son trône.
Ben