De l'Eglise
Bonjour à tous! Comme vous l'avez remarqué, je ne suis pas très fertile en ce moment, mais c'est parce que je suis en plein partiels! La semaine prochaine, promis, sera plus fournie...

Le Pape Benoît XVI saluant la foule venue assister à sa messe
Je me faisais la réflection, l'autre jour, de cette espèce de manie du français moyen à vouer une méfiance permanente envers l'Eglise. J'entendais, encore récemment, sur une de ces émissions d'expression libre (genre RTL ou Europe 1) qui se risquait à aborder le sujet, une personne parler de "2000 ans de guerre". J'en profite pour aborder le sujet.
Non, le passé de l'Eglise n'est pas brillant : beaucoup de sang a coulé au nom de Dieu (et là est la chose la plus paradoxale qui soit). Tout le monde évoque "les croisades" comme si cela avait été le seul épisode sanglant : mais dix siècles durant, on a aussi brûlé les "hérétiques" ou prétendus tels. Et je suppose que certaines intrigues politiques ont du conduire à de nombreux assassinats.
Toutefois, je ne pense pas qu'il faille lui en tenir rigueur : l'Eglise est aujourd'hui une institution qui n'a plus de rôle politique. C'est parce qu'elle avait cette dimension que le sang a coulé en son nom, c'est parce qu'elle avait un pouvoir et une influence incroyables. Grâce, en partie, à la France, ce role a été éradiqué (cocorico).
Et puis, pour faire un petit pied de nez, ne critiquons pas si vaillamment l'Eglise sur son passé, quand on sait ce que l'Etat, cette institution que nous aimons tant, a pu faire pour conserver son pouvoir. Je ne me lance pas dans l'énumération des conflits mondiaux depuis la chute de Rome! Aussi, accordons à l'Eglise ce qu'elle revendique tous les dimanches : la paix et le pardon.
Pour aller plus loin, j'irai même jusqu'à dire que l'Eglise a aussi été source de certains bienfaits historiques. Je m'explique : l'une des particularités de l'Eglise est qu'elle abolit toute notion matérielle dans ses critères de valeur. A savoir : un pauvre honnête vaut mieux qu'un riche hypocryte. C'est à dire qu'elle place sur un pied d'égalité hommes et femmes, riches et pauvres, pour ne les juger que par leur force d'âme, en quelque sorte. Cette égalité entre tous les hommes est une particularité qui a contribué, sans aucun doute, à l'émergence de la pensée humaniste*. A la pensée qui affirme que les privilèges n'ont pas de fondements, qui affirme que nous avons tous le droit à la vérité. D'ailleurs, nombre de penseurs des Lumières étaient croyants, assez pour comprendre que l'Eglise n'avait rien à faire en politique.
L'Eglise est aussi à l'origine d'une pensée européenne. Il y a en Europe une "pensée chrétienne", une double conscience des droits fondamentaux et d'une sorte de socle commun. C'est l'Eglise, qui, par son travail de fédération européenne autour de Rome pendant dix siècles, a contribué à créer cette espèce d'identité européenne, que j'ai bien du mal à décrire autrement que par un "sentiment". D'ailleurs, le terme d'Europe a été utilisé pour la première fois par l'Eglise elle-même : "L'Europe est en péril" dit le pape, après la chute de Constantinople en 1453.
Alors l'Eglise aujourd'hui, c'est quoi?
C'est une institution. C'est un premier avantage. L'islam sunnite, par exemple, ne possède pas d'institution, mais simplement d'un clergé très libre. C'est un gros problème, dans le sens où il n'est pas transparent dans ses prédications. Au moins, l'Eglise a une structure, une hiérarchie, et un grand représentant, le pape, par la voix duquel elle s'exprime clairement. Elle est donc, en quelque sorte, "contrôlable". Voir dans cette institution un complot permanent pour convertir le monde entier et bruler les bouddhistes et les musulmans (!) me semble puéril. Je n'ai encore jamais vu de char garé sur le parvis de Saint-Pierre de Rome! L'Eglise est une institution qui gère son rite et sa pensée.
Elle propose deux choses. Tout d'abord, elle propose un mode de vie. Depuis le concile Vatican II (à vérifier, je n'en suis pas sûr!), elle a décidé d'abandonner le prosélytisme. C'est à dire qu'elle ne convertit plus : chacun est libre de devenir croyant selon sa propre volonté. Ne vous imaginez pas des prêtres catholiques partir en Afrique convertir les bons petits noirs : ce sont les protestants (américains, entre autres) qui font cela de nos jours. C'est une dimension, à mon sens, importante : cela veut simplement dire que le catholicisme est un rite basé sur l'adhésion, et non plus sur la "pression sociale" : on ne vous regarde pas de travers si vous n'allez pas à la messe le dimanche. C'est même plutôt l'inverse : il devient difficile d'être un catholique compris, de nos jours.
Mais cette dimension de mode de vie est importante. On critique beaucoup le pape pour ses positions sociales, en général sur l'avortement ou les préservatifs. Mais l'Eglise a pour rôle de proposer une façon de conduire sa vie. De proposer une morale. Et croire en Dieu, écouter l'Eglise, cela veut avant tout dire qu'il faut s'interroger sur cette morale, plutôt que d'y adgérer bêtement. Ne prenons pas tous les cathos pour des culs-de-poule : ils font l'amour comme tout le monde! Je pense qu'au delà du sexe, l'Eglise aborde des thèmes très forts : le partage, le pardon, la générosité, que l'on a un peu tendance à oublier dans un monde de plus en plus individualiste. Ce même pardon nous est d'ailleurs accordé, dans la croyance catholique, en cas d'erreur. J'ai donc l'impression que l'Eglise est en quelque sorte une tutelle morale à l'individu, une réflection personnelle et permanente pour aller vers une certaine notion du bien, basée sur le dépassement du corps et de la condition matérielle stricte : je ne dis pas que c'est bien, je dis que ce n'est pas mal.
Enfin, en second point, l'Eglise propose une explication à la matière. Qu'y avait-il "avant"? Le big-bang, oui, mais encore avant? L'Eglise propose une explication à l'existence de la matière et du temps. Elle n'est ni la première, ni la dernière, ni la seule. Mais c'est une explication comme une autre, qui peut se comprendre tant que la science n'aura pas atteint ce niveau. Je ne crois pas dans le créationnisme : Dieu n'a pas choisi que nous ayions telle ou telle apparence. Mais je pense qu'il a fallu une entité immatérielle et en dehors du temps pour créer la matière et le temps, qu'elle s'appelle Dieu ou autre chose.
Au final, vous aurez compris, que pour une fois, je ne suis pas l'avocat du diable! Vous aurez aussi compris que j'ai en moi des racines catholiques que j'assume pleinement, quoique j'avoue relativiser certaines positions de l'Eglise, à mon sens rétrogrades. Je ne veux surtout pas vous convertir! Simplement, faire comprendre que l'Eglise est devenue cette chose intime et personnelle, emplie de question plus que de réponses. Ca n'est plus une institution belliqueuse et nombriliste.
Voilà mon message : cessez d'accuser l'Eglise de tous les maux d'hier et d'aujourd'hui!
Ben
*Quoique le rapport de l'Eglise aux femmes reste ambigu, bien entendu.
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Le Pape Benoît XVI saluant la foule venue assister à sa messe
Je me faisais la réflection, l'autre jour, de cette espèce de manie du français moyen à vouer une méfiance permanente envers l'Eglise. J'entendais, encore récemment, sur une de ces émissions d'expression libre (genre RTL ou Europe 1) qui se risquait à aborder le sujet, une personne parler de "2000 ans de guerre". J'en profite pour aborder le sujet.
Non, le passé de l'Eglise n'est pas brillant : beaucoup de sang a coulé au nom de Dieu (et là est la chose la plus paradoxale qui soit). Tout le monde évoque "les croisades" comme si cela avait été le seul épisode sanglant : mais dix siècles durant, on a aussi brûlé les "hérétiques" ou prétendus tels. Et je suppose que certaines intrigues politiques ont du conduire à de nombreux assassinats.
Toutefois, je ne pense pas qu'il faille lui en tenir rigueur : l'Eglise est aujourd'hui une institution qui n'a plus de rôle politique. C'est parce qu'elle avait cette dimension que le sang a coulé en son nom, c'est parce qu'elle avait un pouvoir et une influence incroyables. Grâce, en partie, à la France, ce role a été éradiqué (cocorico).
Et puis, pour faire un petit pied de nez, ne critiquons pas si vaillamment l'Eglise sur son passé, quand on sait ce que l'Etat, cette institution que nous aimons tant, a pu faire pour conserver son pouvoir. Je ne me lance pas dans l'énumération des conflits mondiaux depuis la chute de Rome! Aussi, accordons à l'Eglise ce qu'elle revendique tous les dimanches : la paix et le pardon.
Pour aller plus loin, j'irai même jusqu'à dire que l'Eglise a aussi été source de certains bienfaits historiques. Je m'explique : l'une des particularités de l'Eglise est qu'elle abolit toute notion matérielle dans ses critères de valeur. A savoir : un pauvre honnête vaut mieux qu'un riche hypocryte. C'est à dire qu'elle place sur un pied d'égalité hommes et femmes, riches et pauvres, pour ne les juger que par leur force d'âme, en quelque sorte. Cette égalité entre tous les hommes est une particularité qui a contribué, sans aucun doute, à l'émergence de la pensée humaniste*. A la pensée qui affirme que les privilèges n'ont pas de fondements, qui affirme que nous avons tous le droit à la vérité. D'ailleurs, nombre de penseurs des Lumières étaient croyants, assez pour comprendre que l'Eglise n'avait rien à faire en politique.
L'Eglise est aussi à l'origine d'une pensée européenne. Il y a en Europe une "pensée chrétienne", une double conscience des droits fondamentaux et d'une sorte de socle commun. C'est l'Eglise, qui, par son travail de fédération européenne autour de Rome pendant dix siècles, a contribué à créer cette espèce d'identité européenne, que j'ai bien du mal à décrire autrement que par un "sentiment". D'ailleurs, le terme d'Europe a été utilisé pour la première fois par l'Eglise elle-même : "L'Europe est en péril" dit le pape, après la chute de Constantinople en 1453.
Alors l'Eglise aujourd'hui, c'est quoi?
C'est une institution. C'est un premier avantage. L'islam sunnite, par exemple, ne possède pas d'institution, mais simplement d'un clergé très libre. C'est un gros problème, dans le sens où il n'est pas transparent dans ses prédications. Au moins, l'Eglise a une structure, une hiérarchie, et un grand représentant, le pape, par la voix duquel elle s'exprime clairement. Elle est donc, en quelque sorte, "contrôlable". Voir dans cette institution un complot permanent pour convertir le monde entier et bruler les bouddhistes et les musulmans (!) me semble puéril. Je n'ai encore jamais vu de char garé sur le parvis de Saint-Pierre de Rome! L'Eglise est une institution qui gère son rite et sa pensée.
Elle propose deux choses. Tout d'abord, elle propose un mode de vie. Depuis le concile Vatican II (à vérifier, je n'en suis pas sûr!), elle a décidé d'abandonner le prosélytisme. C'est à dire qu'elle ne convertit plus : chacun est libre de devenir croyant selon sa propre volonté. Ne vous imaginez pas des prêtres catholiques partir en Afrique convertir les bons petits noirs : ce sont les protestants (américains, entre autres) qui font cela de nos jours. C'est une dimension, à mon sens, importante : cela veut simplement dire que le catholicisme est un rite basé sur l'adhésion, et non plus sur la "pression sociale" : on ne vous regarde pas de travers si vous n'allez pas à la messe le dimanche. C'est même plutôt l'inverse : il devient difficile d'être un catholique compris, de nos jours.
Mais cette dimension de mode de vie est importante. On critique beaucoup le pape pour ses positions sociales, en général sur l'avortement ou les préservatifs. Mais l'Eglise a pour rôle de proposer une façon de conduire sa vie. De proposer une morale. Et croire en Dieu, écouter l'Eglise, cela veut avant tout dire qu'il faut s'interroger sur cette morale, plutôt que d'y adgérer bêtement. Ne prenons pas tous les cathos pour des culs-de-poule : ils font l'amour comme tout le monde! Je pense qu'au delà du sexe, l'Eglise aborde des thèmes très forts : le partage, le pardon, la générosité, que l'on a un peu tendance à oublier dans un monde de plus en plus individualiste. Ce même pardon nous est d'ailleurs accordé, dans la croyance catholique, en cas d'erreur. J'ai donc l'impression que l'Eglise est en quelque sorte une tutelle morale à l'individu, une réflection personnelle et permanente pour aller vers une certaine notion du bien, basée sur le dépassement du corps et de la condition matérielle stricte : je ne dis pas que c'est bien, je dis que ce n'est pas mal.
Enfin, en second point, l'Eglise propose une explication à la matière. Qu'y avait-il "avant"? Le big-bang, oui, mais encore avant? L'Eglise propose une explication à l'existence de la matière et du temps. Elle n'est ni la première, ni la dernière, ni la seule. Mais c'est une explication comme une autre, qui peut se comprendre tant que la science n'aura pas atteint ce niveau. Je ne crois pas dans le créationnisme : Dieu n'a pas choisi que nous ayions telle ou telle apparence. Mais je pense qu'il a fallu une entité immatérielle et en dehors du temps pour créer la matière et le temps, qu'elle s'appelle Dieu ou autre chose.
Au final, vous aurez compris, que pour une fois, je ne suis pas l'avocat du diable! Vous aurez aussi compris que j'ai en moi des racines catholiques que j'assume pleinement, quoique j'avoue relativiser certaines positions de l'Eglise, à mon sens rétrogrades. Je ne veux surtout pas vous convertir! Simplement, faire comprendre que l'Eglise est devenue cette chose intime et personnelle, emplie de question plus que de réponses. Ca n'est plus une institution belliqueuse et nombriliste.
Voilà mon message : cessez d'accuser l'Eglise de tous les maux d'hier et d'aujourd'hui!
Ben
*Quoique le rapport de l'Eglise aux femmes reste ambigu, bien entendu.
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