Les voeux impériaux
LE PRESIDENT A PRONONCE SES VOEUX AUX FRANCAIS...
Les premiers voeux du Président Sarkozy pour 2008
envoyé par allcurious
Voilà un évènement, qui en temps normal, ne fait pas de vagues. Les voeux sont une allocution qui en général se veut consensuelle et rassurante. Conformément à l'idéologie de la sakozo-omni-rupture, il n'en a pas été ainsi. Je me permets donc de faire quelques remarques.
La première est simple, et annonciatrice du contenu de mon article : le président a prononcé le mot "Je" (ou "J'"), 46 fois en 8mn30s, soit une cadence d'un "Je" toutes les 11 secondes en moyenne. Cela fera une belle jambe à certains. Je dirai plus tôt que ça lui fait de belles chevilles!
Il est évident que le mot "Je" est très fréquemment utilisé dans tout exercice vocal, quel qu'il soit. Toutefois, je vous invite à écouter les voeux de Jacques Chirac de 2007 (ici) et constater qu'il n'y prononce que 13 fois "Je", soit un "Je" toutes les 47,8 secondes...
En comparant les deux allocutions, vous constaterez par ailleurs que Nicolas Sarkozy a repris exactement la même structure que les voeux précédents dans son introduction. A croire que ce n'est pas de lui...
Bien sûr, vous serez nombreux à affirmer - à raison - que je chipotte. Que je titille. Mais il n'empêche : voilà qui est révélateur d'une mégalomanie chronique. Il y a chez Sarkozy cette tentation permanente de la rupture, de cassure. Il y a chez lui cette manie de penser que rien n'a été fait avant lui. La France présarkozienne était un trou noir. On pourrait en avoir l'impression, compte-tenu de son agaçante omniprésence médiatique. Mais la France n'est pas Sarkozy. La France, c'est les français, et la rupture, elle, n'est qu'une mode comme une autre.
La voilà donc, la vérité : tout tourne -ou ne tourne pas- autour de lui. Il n'y a pas un seul jour sans l'entendre, pas un seul décès sans qu'il ne soit présent à l'enterrement, pas un seul grand parti auquel il n'ait pas pris de lieutenant, pas un seul endroit sur cette planète où il ne soit pas passé. Même lui, n'a que son nombril en ligne de mire. S'il consacre effectivement 1 mn 47s aux français, tout le reste de son allocution se concentre sur sa propre action. Voici la phrase de transition entre le moment où il pense aux autres et le moment où il ne pense qu'à lui.
"C'est la tâche que vous m'avez confiée en m'élisant Président de la République au mois de mai dernier. C'est une tâche immense, tant la France a pris du retard sur le reste du monde".
Et nous voilà repartis! J'ai l'impression qu'il se remet pas de son élection. Il parle encore en candidat, et il y est encore brillant : car il arrive à convaincre qu'on a encore, toujours et plus que jamais besoin de lui. Il arrive à créer cette angoissante sensation que la France est au bord du gouffre : relisez à ce propos le passage que j'ai souligné. Et il y en a d'autres!
"Je sais les craintes que beaucoup d'entre vous éprouvent pour l'avenir de leur enfant."
"Il ne faut pas perdre de vue que notre pays a trop attendu et que le temps presse si nous voulons rester maîtres de notre destin" (4:08) (je trouve que ça va loin, nan?! :s)
La sensation qu'il est le seul et le premier à pouvoir y remédier transparaît, elle aussi :
"... et de vous donner le sentiment que dans notre vieux pays, tout peut devenir possible."
"...urgence des réformes qui attendent depuis 20 ou 30 ans" (06:13)
Il évoque aussi une "politique de civilisation" pour changer notre rapport aux autres, notre façon d'être, notre culture, notre identité, et nos valeurs. J'ai le clair sentiment que transparaît en reflet de ces propos un appel à une plus large place pour l'individu, et les valeurs traditionnellement considérées comme américaines (quoique le terme "anglo-saxonnes" conviendrait mieux) et donc Sarkoziennes. Le Sarkozysme est le résidu de l'échec de la pensée sociale et Keynésienne de la seconde moitié du XXè, et forme une sorte d'individualisme décomplexé, en accord avec les valeurs néolibérales et néo-conservatrices très en vogue dans les milieux les plus républicains d'outre-Atlantique. Il y a cette culture de la réussite et de l'objectif avant les moyens. Je dirais, cette culture de l'arrivisme.
Vous pouvez dire que j'extrapole beaucoup : je tiens à faire remarquer que je n'exprime là qu'un sentiment. Je voudrais aussi ajouter que le terme de "politique de civilisation" a provoqué un sacré tollé dans la presse, à tel point que je n'ai nul besoin d'en rajouter. Tout ce que je sais, c'est que ce petit homme là, sous prétexte qu'il a pris ses appartements dans un palais très doré, se croit permis de modifier notre façon d'être. J'ai pourtant la certitude que cela relève d'un tout, d'un peuple, et même de son état d'esprit. On ne change pas une civilisation en cinq ans, même en dix : il s'agit d'une évolution perpétuelle et extrêmement lente, parce qu'elle touche à l'identité. Et le pouvoir politique n'y est pour rien, à court terme. C'est une succession d'éléments de l'intérieur, de l'extérieur, psychologiques, culturels, économiques, architecturaux ou sexuels -que sais-je!-. Tout ce qu'une peuple incarne au verbe avoir et au verbe être. Car une civilisation se forme autour d'un tout. Pas autour d'un Président. Même s'il veut être tout à la fois pour ses citoyens.
Les voeux présidentels ne furent pas ceux que l'on croit. Il n'a pas exprimé ses voeux aux français. Il a exprimé ses voeux pour les français.
Le petit Nabot-Naparte Ier a parlé. La rupture a tout prix est sa devise, la vitesse est son outil.
Et les résultats seront ses juges.
Ben
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Les premiers voeux du Président Sarkozy pour 2008
envoyé par allcurious
Voilà un évènement, qui en temps normal, ne fait pas de vagues. Les voeux sont une allocution qui en général se veut consensuelle et rassurante. Conformément à l'idéologie de la sakozo-omni-rupture, il n'en a pas été ainsi. Je me permets donc de faire quelques remarques.
La première est simple, et annonciatrice du contenu de mon article : le président a prononcé le mot "Je" (ou "J'"), 46 fois en 8mn30s, soit une cadence d'un "Je" toutes les 11 secondes en moyenne. Cela fera une belle jambe à certains. Je dirai plus tôt que ça lui fait de belles chevilles!
Il est évident que le mot "Je" est très fréquemment utilisé dans tout exercice vocal, quel qu'il soit. Toutefois, je vous invite à écouter les voeux de Jacques Chirac de 2007 (ici) et constater qu'il n'y prononce que 13 fois "Je", soit un "Je" toutes les 47,8 secondes...
En comparant les deux allocutions, vous constaterez par ailleurs que Nicolas Sarkozy a repris exactement la même structure que les voeux précédents dans son introduction. A croire que ce n'est pas de lui...
Bien sûr, vous serez nombreux à affirmer - à raison - que je chipotte. Que je titille. Mais il n'empêche : voilà qui est révélateur d'une mégalomanie chronique. Il y a chez Sarkozy cette tentation permanente de la rupture, de cassure. Il y a chez lui cette manie de penser que rien n'a été fait avant lui. La France présarkozienne était un trou noir. On pourrait en avoir l'impression, compte-tenu de son agaçante omniprésence médiatique. Mais la France n'est pas Sarkozy. La France, c'est les français, et la rupture, elle, n'est qu'une mode comme une autre.
La voilà donc, la vérité : tout tourne -ou ne tourne pas- autour de lui. Il n'y a pas un seul jour sans l'entendre, pas un seul décès sans qu'il ne soit présent à l'enterrement, pas un seul grand parti auquel il n'ait pas pris de lieutenant, pas un seul endroit sur cette planète où il ne soit pas passé. Même lui, n'a que son nombril en ligne de mire. S'il consacre effectivement 1 mn 47s aux français, tout le reste de son allocution se concentre sur sa propre action. Voici la phrase de transition entre le moment où il pense aux autres et le moment où il ne pense qu'à lui.
"C'est la tâche que vous m'avez confiée en m'élisant Président de la République au mois de mai dernier. C'est une tâche immense, tant la France a pris du retard sur le reste du monde".
Et nous voilà repartis! J'ai l'impression qu'il se remet pas de son élection. Il parle encore en candidat, et il y est encore brillant : car il arrive à convaincre qu'on a encore, toujours et plus que jamais besoin de lui. Il arrive à créer cette angoissante sensation que la France est au bord du gouffre : relisez à ce propos le passage que j'ai souligné. Et il y en a d'autres!
"Je sais les craintes que beaucoup d'entre vous éprouvent pour l'avenir de leur enfant."
"Il ne faut pas perdre de vue que notre pays a trop attendu et que le temps presse si nous voulons rester maîtres de notre destin" (4:08) (je trouve que ça va loin, nan?! :s)
La sensation qu'il est le seul et le premier à pouvoir y remédier transparaît, elle aussi :
"... et de vous donner le sentiment que dans notre vieux pays, tout peut devenir possible."
"...urgence des réformes qui attendent depuis 20 ou 30 ans" (06:13)
Il évoque aussi une "politique de civilisation" pour changer notre rapport aux autres, notre façon d'être, notre culture, notre identité, et nos valeurs. J'ai le clair sentiment que transparaît en reflet de ces propos un appel à une plus large place pour l'individu, et les valeurs traditionnellement considérées comme américaines (quoique le terme "anglo-saxonnes" conviendrait mieux) et donc Sarkoziennes. Le Sarkozysme est le résidu de l'échec de la pensée sociale et Keynésienne de la seconde moitié du XXè, et forme une sorte d'individualisme décomplexé, en accord avec les valeurs néolibérales et néo-conservatrices très en vogue dans les milieux les plus républicains d'outre-Atlantique. Il y a cette culture de la réussite et de l'objectif avant les moyens. Je dirais, cette culture de l'arrivisme.
Vous pouvez dire que j'extrapole beaucoup : je tiens à faire remarquer que je n'exprime là qu'un sentiment. Je voudrais aussi ajouter que le terme de "politique de civilisation" a provoqué un sacré tollé dans la presse, à tel point que je n'ai nul besoin d'en rajouter. Tout ce que je sais, c'est que ce petit homme là, sous prétexte qu'il a pris ses appartements dans un palais très doré, se croit permis de modifier notre façon d'être. J'ai pourtant la certitude que cela relève d'un tout, d'un peuple, et même de son état d'esprit. On ne change pas une civilisation en cinq ans, même en dix : il s'agit d'une évolution perpétuelle et extrêmement lente, parce qu'elle touche à l'identité. Et le pouvoir politique n'y est pour rien, à court terme. C'est une succession d'éléments de l'intérieur, de l'extérieur, psychologiques, culturels, économiques, architecturaux ou sexuels -que sais-je!-. Tout ce qu'une peuple incarne au verbe avoir et au verbe être. Car une civilisation se forme autour d'un tout. Pas autour d'un Président. Même s'il veut être tout à la fois pour ses citoyens.
Les voeux présidentels ne furent pas ceux que l'on croit. Il n'a pas exprimé ses voeux aux français. Il a exprimé ses voeux pour les français.
Le petit Nabot-Naparte Ier a parlé. La rupture a tout prix est sa devise, la vitesse est son outil.
Et les résultats seront ses juges.
Ben
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