Villiers-le-Bel : le symbole d'un échec

Publié le par Ben

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Chacun se souvient des émeutes qui ont enflammé la petite ville de Villiers-Le-Bel, au nord de Paris, il y a quelques jours maintenant. Toute cette "chienlit" comme l'aurait appelée un vieux général, avait trouvé pour origine un simple accident entre une voiture de police et une mini-moto transportant deux jeunes. Hélas, ceux-ci sont morts sur le coup.

Peu à peu, un sentiment de révolte s'est développé dans la ville, parallèlement au sentiment général d'un bâclage de l'enquête. Et puis, tout s'est enflammé, sans vouloir faire de mauvais jeux de mots... avec à la clé, une cinquantaine de policiers blessés. Il faut au passage, saluer le brillant travail des policiers, de l'administration et du ministère de l'intérieur : la police n'a pas tiré un seul coup de feu, et nous avons sans doute là un bel exemple de ce qu'un pays développé et humaniste peut incarner.

Ce premier évènement doit déjà nous interpeler. Non pas, bien sûr, que de telles émeutes soient défendables, ou même excusables. Loin de moi cette idée. Mais plutôt, je dirais qu'elle témoigne d'un sentiment croissant que deux grands syndicats de police, Alliance et Synergie Officiers, dénoncent depuis maintenant environ quatre ans. Il est très clair que la police entretient avec la population un rapport de plus en plus conflictuel, alors qu'il est sensé rester un rapport protecteur. Si ces jeunes délinquants, ces "voyous" (le mot est à la mode) n'ont pas hésité à tirer sur les policiers, ou qu'il n'ont pas hésité à exécuter des manoeuvres de diversion (source : http://www.lefigaro.fr/actualites/2007/12/05/01001-20071205ARTFIG00006-une-prime-offerteaux-temoins-des-emeutes-.php), c'est bien que malgré tout, ils s'y préparaient en toute conscience, car de telles actions ne s'improvisent pas. Cela démontre clairement la dégradation des rapports entre policiers et population, plus que l'émergence d'une "voyoucratie", qui est une interprétation franchement rapide du problème. Et avantageuse pour qui veut défendre l'ultra-flicage... 

En soi, un tel constat n'est pas un désastre si le gouvernement entreprend des mesures afin de rétablir la situation. Toutefois, je pense qu'il est très clair que l'exécutif, sous couvert d'une politique (soi-disant) sécuritaire, ne fait qu'aggraver les choses. Souvenons-nous de ce que Monsieur Sarkozy disait il y a encore quelques jours : "Un policier n'a pas à jouer au football avec les habitants du quartier". Par là, il voulait justifier sa décision de supprimer la police de proximité, alors qu'il était encore Ministre de l'Intérieur de J. Chirac. Je comprends bien que le rôle classique - "normal' - du policier n'est certainement pas là. Mais avons-nous besoin, dans les quartiers, de policiers "normaux"? Nous avons affaire à une situation bien plus complexe qu'une "voyoucratie" ou qu'un "malaise social" : il y a dans ces quartiers un mal-être profond, un sentiment d'immense oubli, qui lui même a amené le développement d'une jeunesse à vif et révoltée. Il est trop tard pour régler le problème uniquement par le social. Et, de la même manière, avoir l'obsession de l'ordre peut vite devenir contre-productif.

Supprimer la police de proximité, c'était supprimer la dernière chance de relative entente entre la République et ces rebelles. Non, j'en suis bien conscient, cela ne rendait pas le rôle de la police mieux accepté. Non, ça ne contribuait au final pas franchement au maintien de l'ordre de manière directe. Mais au moins, ça donnait, le temps d'une partie de foot, un visage à la République. Une République déjà trop absente.


Nicolas Sarkozy est en train d'échouer dans sa politique sécuritaire. Je n'aime pas trop prophétiser, mais la chose me semble franchement évidente. Si Villiers-le-Bel a retrouvé son calme, c'est surtout car plus d'un millier de policiers étaient sur place : Sarkozy n'a pas calmé l'émeute, il l'a étouffée.

Il est plus facile d'expliquer aux français que l'on va envoyer le RAID (groupe d'intervention d'élite), plutôt que d'élaborer une stratégie sur dix ans. Il est difficile d'avoir la volonté de lutter contre des réseaux illicites très bien organisés tout en sachant qu'ils font survivre les habitants de ces quartiers, à la fois matériellement et psychologiquement. Il est aussi difficile de créer une entreprise publique spécialement conçue pour remettre ces gens au travail, ou d'investir en formations. Il est contraignant de devoir aider les mairies à désenclaver ces quartiers et les rapprocher du centre.

Je préfère ne pas aborder la question du paiement des témoins potentiels des incidents, alors que la méthode du témoignage sous X, pourtant récemment assouplie, n'a même pas été tentée. Je ne veux pas me lancer dans un débat de principes, entre délation et valeurs républicaines. Tout ce que je sais, c'est que cela va à l'encontre de l'objectif d'apaisement local que les forces de l'ordre devraient se fixer. Punir, mais à quel prix?


Au noeud du dilemme des quartiers difficiles se trouvent la drogue et la ghettoïsation économique et sociale. Pas la densité de flics au kilomètre carré.

Ben 
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Publié dans Société

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