LRU : oui, si...
Valérie Pécresse répondant à la question d'un parlementaire
Qui n'a pas entendu parler de la fameuse Loi de Rénovation des Universités (loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités) de V. Pécresse?! Avant toute chose, je me permets de rappeler que :
- la loi se trouve ici ;
- mon article s'inspire de celui de wikipedia et sur les ( trop peu nombreux) débats qui ont eu lieu à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble ;
- je n'ai aucune expérience du fonctionnement technique des universités : il se peut donc qu'il y ait quelques coquilles. Je m'en remets à de potentiels commentateurs avisés...
Je ne reprendrai pas tous les points de la loi, y compris certains avec lesquels je suis en désaccord. Je me concentre sur l'essentiel.
1. Composition du Conseil d'Administration (dit CA) et pouvoirs présidentiels : la "gouvernance"
Autrefois très nombreux (parfois plus d'une soixantaine), les membres des CA des universités se voient réduits de près de la moitié de leurs effectifs (entre 20 et 30 membres). C'est une bonne chose, puisqu'il est évident que les présidents ne pouvaient parfois pas créer de dynamique efficace en CA tout en devant emmener soixante personnes.
Autre nouveauté : le CA est dorénavant composé de plus d'acteurs extérieurs à l'universités (entre autres appelées "personnalités" par la loi), qui sont choisies par le président. Elles peuvent provenir du milieu économique (patrons ou représentants), politique (responsables politiques locaux) ou social (responsables associatifs), ce qui ne peut qu'enrichir le CA et faire garder pied avec le monde réel à l'université. Contrairement à ce qu'affirment les militants étudiants, je pense pour ma part qu'il est vite dit que ces personnalités seront choisies par le président afin qu'elles soutiennent ses idées : il faut rappeler que ces "personnalités" sont somme toute relativement "déconnectées" des problèmes internes à l'université ou des rapports de forces qu'ils induisent... et donc qu'il est décemment envisageable que le président ait d'autres critères de choix. J'ose l'espèrer, en tout cas.
En revanche, il est plus discutable, en tout cas dans une optique étudiante revendiquant le droit à prendre part à leur propre existence (ce qui me semble normal, après tout...), que la part des représentants étudiants diminue dans les CA. Elle passe entre autres de 20 à 10%, soit une représentation des élèves divisée par deux, ce qui est inacceptable et très discutable.
Le président est dorénavant élu directement par le CA à la majorité absolue, pour 4 ans renouvelables une fois : son mandat est donc réduit d'une année, mais nouvellement renouvelable. Tous les ans, il présente un rapport d'activité au CA, ce qui ne peut être qu'un élément pour garantir la qualité de sa gestion. Contrairement à ce qui a été dit, il ne nomme pas lui-même le personnel de l'université : il possède un droit de veto (ce qui est certes discutable, mais moins autoritaire!).
Toutefois, il décide unilatéralement du montant des primes pour son personnel, et du recrutement des agents contractuels (CDI ou CDD).
2. L'autonomie financière
Les universités peuvent dorénavant créer des fondations, qui servent à réaliser une activité d'intérêt général et vivent du mécénat. Certaines dépendent directement de l'université, d'autres peuvent aussi bénéficier de fonds privés ("fondations partenariales"). Pour inciter les entreprises, des déductions fiscales sont réalisées sur les dons. C'est à mon sens un excellent élément : nous pourrions citer Lyon I, où Microsoft a investi 180.000 € en novembre. Que veut le peuple?! Les critiques à cet égard relèvent plus des clichés liés à ce que j'appelerais le néomarxisme obscurantiste.
Les universités sont aussi maîtresses de leur budget : elles se gèrent comme elles l'entendent. L'Etat contribue toutefois à les rétribuer, mais il y a concurrence entre les universités dans la répartition des subventions (chaque université négocie sa part du budget national, qui lui, est fixe). Cette concurrence va forcément amener à un écroulement des petites universités de province. Mais la question est de savoir si l'on peut continuer à les financer, ou si l'on cherche à réaliser des économies d'échelle (c'est à dire que plus une institution est grosse, plus la part de certaines dépenses "fondamentales" diminue : 3 amphis de 200 personnes coûtent plus cher que 2 amphis de 300 personnes). Je suis d'avis qu'il est temps qu'on cherche à gagner de l'argent, sans pour autant vouloir rendre l'université rentable : accusations stupides, empreintes d'anticapitalisme forcené.
Il est clair, à propos des investissements privés, que la majorité des interventions des entreprises se consacreront aux filières scientifiques, qui ont une part beaucoup plus importante de débouchés privés. De plus, les universités de villes moyennes, avec moins d'entreprises, pourront aussi être désavantagées. Toutefois, il ne faut pas oublier que :
a. La majorité des universités sont généralistes, et ne traitent donc pas QUE de sciences humaines ou de sciences
b. La loi autorise le CA à voter la fusion avec une autre université : elle peut amener à reconcentrer la direction et l'administration dans une grande ville, tout en conservant des antennes dans des villes moyennes. Cela peut déboucher sur une division régionale des universités
c. Les dépenses sont moins importantes en sciences humaines qu'en sciences, en raison de la quantité de matériel nécessaire à ces dernières
d. La fusion des universités va permettre une amélioration de l'université française dans les classements internationaux. Généralement, ceux-ci se réfèrent aux ouvrages publiés par les chercheurs d'une université pour l'évaluer : en réduisant le nombre d'universités, on augmente le nombre d'ouvrages publiés par université. A l'étranger, il n'y a en effet aucun équivalent des petites universités françaises...
En revanche, je pense que la suppression des universités locales doit conduire à une politique des bourses et du logement urgente afin de conserver l'égalité des chances... gros chantier en perspective, dont on parle déjà depuis trop longtemps sans rien faire.
Encore faudrait-il posséder les ressources pour permettre à l'Etat d'impulser le marché. Je vous renvoie donc à la politique économique (si vous la trouvez) du gouvernement.
Ben