Mardi 15 juillet 2008

Mes chers amis,

 

Je vous écris (enfin !) pour vous parler, peut-être un peu tard, du défilé du 14 Juillet. Je n’aborderai pas la polémique autour du don de la Légion d’Honneur à notre « Gris-Gris » national(e) : vous vous doutez bien de ce que j’en pense.

 

La question qui s’est posée est celle de la présence de Bachar El-Assad aux festivités. Le Président de la Syrie n’est pas réputé très « fréquentable » sur la scène internationale, la Syrie n’hésitant pas à occuper le Liban contre les règles du Droit International, et étant en hostilité avec Israël. Cela dit, ces deux aspects semblent aller dans le bon sens. Le Chef d’Etat est aussi accusé du meutre de Rafik Hairi, et soupçonné d’être l’hôte de militants islamistes du Hamas.

Il faut dire qu’el-Assad n’est pas un homme comme les autres : il est assez provocateur pour être né un 11 septembre… ! Mais ça ne l’empêche pas de faire beaucoup d’émules, dans son pays : en 2007, ses citoyens l’ont réélu avec 97,62% des voix. (Hum… Silence, dans le fond !).

 

Alors évidemment, sa présence lors d’une cérémonie symbolisant les droits de l’homme dérange et fait grincer des dents.

 

J’avoue avoir moi-même beaucoup hésité sur ce qu’il fallait dire de sa présence. Mais je pense tout d’abord que contrairement à un certain Général libyen, il a fait toutes ses études en Grande-Bretagne, et a reçu ses savoirs d’un pays des plus humanistes. Il a aussi donné des preuves de sa bonne foi lors de la crise du Liban, acceptant de finalement retirer la plupart de ses troupes (quoique qu’il y conserve une influence énorme). Il soutien le projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM), ce qui prouve qu’il accepte le dialogue avec l’occident.

 

Mais surtout, pour prendre un angle de vue plus realpolitic, il faut observer que l’échiquier diplomatique au Proche-Orient est clairement bloqué pour la France et l’Union Européenne. D’habitude, elles ont tendance à apporter leur compréhension à l’égard de la cause palestinienne, apportant un contrepoids à la diplomatie américaine. Mais avec l’arrivée du Hamas au pouvoir en Palestine, elles ne possèdent plus d’interlocuteur acceptable. Et ce d’autant plus que l’Iran fait tout pour renforcer la radicalisation, et fournit en armes les terroristes islamistes. Il faut donc trouver de nouveaux interlocuteurs, de nouveaux « leviers » (l’image me semble bonne) pour faire pression sur la situation là-bas. L’axe Israël-Washington est si solide, si inconditionnel, que l’Etat juif peut se permettre d’ignorer le Vieux Continent. Il faut trouver un moyen d’entrer dans la danse : la Syrie est le meilleur. Du moins à court terme.

 

C’est une analyse strictement personnelle : mais je ne vois pas comment la France pourrait tenir la position Chiraquienne plus longtemps avec le Hamas au pouvoir. Les apparences, les grands discours et les déclarations d’intentions grandiloquentes cachent selon moi une faiblesse diplomatique et une absence relative d’influence sur le terrain. J’ai vraiment l’impression que la France joue parfois de son prestige et son charisme, mais que son aura s’arrête là.

Or, comme chacun sait, la diplomatie est un rapport de force : nous devons trouver cette force, cette position sur l’échiquier.

 

Tout dépendra bien sûr d’el-Assad, et rien ne dit qu’il sera assez respectable. Mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Pour une fois… je suis d’accord avec l’Elysée.

 

Ben

Par Ben - Publié dans : International
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