Bonjour à tous,
Au risque d’être un peu en retard, j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de la réforme de l’audiovisuel annoncée il y a peu. Il y a deux
aspects au problème : le premier concerne le nouveau mode de financement des chaînes publiques, et le second la nomination du président de France Télévisions.
Avant de parler de la réforme en elle-même, j’aimerais parler de la forme qu’a pris son annonce. C’est une nouvelle démonstration de la
monocratie présidentielle en vigueur, dans laquelle il peut selon son bon vouloir, contrôler le travail législatif et l’orienter. Qui plus est, au-delà du fait que l’annonce de la suppression de
la pub sur les chaînes publiques correspond assez bizarrement à un pic bas de l’action de TF1 en bourse, je m’interroge sur la volonté réelle du président de modifier le mode de nomination du
responsable du groupe de télé publique. Cela prend les airs d’une diversion pour éviter d’avoir à parler du financement. Mais la n’est sans doute pas la principale question…
Comme vous l’avez sans doute tous entendu, les chaînes publiques vont donc être dorénavant exemptées de publicité de 20h à 6h, tous les jours, se privant ainsi de près de 800 millions
d’euros de financement. En contrepartie, il a été annoncé la création d’une taxe sur les chaînes privées et des fournisseurs d’accès à internet.
C’est un affaiblissement certain du service public de la télé. Tout d’abord, faire dépendre des bénéfices d’acteurs privés une partie de ses ressources revient à dire que la télé publique est soumise aux aléas économiques que subiront ces acteurs : il suffit qu’il y ait, demain, une crise grave à TF1 ou à Neuf Cegetel pour que France 2 perde plusieurs millions… Qui plus est, la démarche est – je trouve – profondément hypocrite et malhonnête. Le gouvernement s’est toujours refusé à augmenter la redevance audiovisuelle pour financer les projets du Chef de l’Etat. Pourtant, il ne fait nul doute que pour compenser la taxe qu’ils vont subir, les fournisseurs d’accès internet la répercuteront sur leurs tarifs… c'est-à-dire qu’au final, c’est le consommateur qui paiera tout de même. Avec à la clef, une fracture numérique encore plus profonde… Et puis enfin, la question de fond, qui est celle de rendre la télé publique indépendante de l’audience, est une profonde ineptie. On nous annonce qu’il faut réformer la télé publique parce qu’elle perd de l’audience, et qu’on veut l’en rendre indépendante. Je reste persuadé, pour m’être moi-même plaint des ravages de la concurrence dans la télé, qu’une télé publique totalement coupée de l’audience n’est pas non plus souhaitable… Pour moi, il s’agit surtout d’un problème de concurrence déloyale, au vu des programme pitoyables et abrutissants qu’osent passer certaines chaînes privées… pour le plus grand bonheur de je ne sais quelle « ménagère » qui ne demande pas à la télé de l’aider à comprendre le monde.
Le deuxième point est celui de la nomination du Président de France Télévisions. L’argumentaire présidentiel était de dire qu’il « ne voit pas pourquoi il ne serait pas nommé
comme tous les autres présidents de service public ». Le président ayant du charisme, il en convaincra sûrement pas mal en disant cela. Mais comme d’habitude avec ses petites phrases
qui semblent logiques au premier abord, il suffit de réfléchir deux secondes à ce qu’il a dit pour pouvoir contester : nous parlons ici de l’une des composantes sensibles et essentielles de
toute démocratie éclairée. Chacun sait, et l’Europe en est la meilleure preuve, qu’il n’y a de démocratie que de démocratie dotée d’information, c'est-à-dire de médias libres. Sera-ce le
cas ? Le président de France Télévision sera donc, selon la réforme, nommé par le gouvernement, avec approbation du Parlement à 65% et accord du CSA (je tiens à préciser que les membres du
CSA sont eux-mêmes nommés par la majorité au pouvoir… : 3 de ses membres sont nommés par le Président de la République, trois autres par le Président du Sénat et 3 autres par celui de
l’Assemblée Nationale. Or, depuis le quinquennat, l’exécutif est assuré d’avance d’obtenir la majorité politique au parlement). En fait, je pense que
tout dépendra de l’attitude du Parlement. En tout état de cause, j’ai bien peur que dans la pratique, cela ne crée une relation de dépendance entre le président du groupe et le gouvernement. Au
fond, on a deux hypothèses en pratique : soit le Président de la République arrive à nommer un de ses « pions » et prend contrôle des chaînes, soit il peut faire pression sur
le responsable de la chaîne en menaçant de le remplacer ou de ne pas le renommer… où va-t-on ?! C’est un nouveau coup évident pour la démocratie. Le personnel de France 2 a déjà annoncé son intention de s'opposer au projet, tandis que
le président de TV5 a annoncé sa démission.
A ce propos, j’aimerais vous faire méditer une petite pique lancée par Mitterrand lors d’un des grands débats des élections présidentielles : « C’est la gauche qui nationalise, mais c’est la droite qui étatise. »
Le tout est à ajouter dans un contexte de flicage croissant des internautes (ce qui, pour moi, constitue une introduction de l’Etat dans la sphère privée, sous couvert de « propriété intellectuelle ») et de déclin rapide de la presse écrite. Mais rassurez-vous : VdG est un vrai bastion !!!
Ben
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