Mes chers amis,
Me voici de retour, après avoir longuement « TGV-médité » à propos du sujet d’aujourd’hui ! C’était sans compter sur Thierry P., qui, une nouvelle fois, a usé de sa plume grandiose chez l’un de mes confrères, pour écrire sur la Turquie et l’Europe. Vous pouvez trouver cet article ici, je vous le conseille.
Au départ, je comptais laisser une petite trace de mon passage avec un : « Bravo Thierry, encore un billet brillant! Quelle plume! ». Mais finalement, j’ai décidé d’écrire ce petit article, comme un écho au sien.
La Turquie, futur membre de l’UE ?
Je vous préviens tout de suite que j’ai évacué la question géographique, puisque Thierry s’en est très bien chargé ! Voici
donc quelques petites remarques, « en plus » !
La première sera celle de rappeler, d'abord, que la Turquie est un pays laïc depuis les années 1920, et de manière largement plus stricte (et même parfois ridicule) que la France. Imaginer la Turquie comme on imagine le Maghreb ou la Palestine, de ce point de vue, serait une immense erreur. La Turquie est musulmane, certes, mais laïque... jusqu'à peu, par exemple, le port du voile était interdit dans les universités du pays (alors qu'en France, il est autorisé!). Aussi, l’argument consistant à dire que la Turquie serait un cheval de Troie pour les islamistes relève largement de la démagogie. Pour moi, c’est jouer avec la peur, jouer avec la méconnaissance qu’ont les citoyens de ce pays.
La seconde chose à dire, je pense, c'est qu'au fond, au lieu d'interroger en permanence l'identité de la Turquie, il faudrait aussi se poser celle de l'Europe. Je me souviens, en décembre, à la nouvelle de la nomination d'un nouveau gouvernement Belge, avoir fait une comparaison entre les luttes intestines du petit pays et l'Union Européenne. Et au fond, l'Europe, c'est avant tout le rêve que les différences et les identités puissent enfin vivre ensemble. L'hymne européen de nous rappeler :"Plus de luttes, ni de frontières. Plus de haine, plus de pleurs. Tous unis sur notre Terre, bâtissons des jours meilleurs."
Alors bien sûr, je ne veux pas dire que l'Europe est un projet mondialiste! Cela dit, je pense que refuser l'Union à la Turquie (et refuser la Turquie à l'Union) pour les seules raisons culturelles est une erreur profonde. Devrions nous rappeler que lorsque les bombes daignent enfin s'y taire, les campagnes des pays des Balkans sont magnifiques, parsemées, au milieu des champs et au gré des hameaux, de minarets comme la France de clochers? Et qui contesterait leur droit à faire partie de l’Union ?
Au final, à propos de la Turquie, j’ai souvent l’impression que l’on se pose les bonnes questions, mais en donnant les mauvaises réponses. Il s’agit bien de corriger une pensée
souvent erronée dans l’imaginaire collectif de l’ouest-européen. Il se trouve qu’étant dans une école un peu ouverte sur le monde, j’ai pu rencontrer quelques personnes turques venues passer
leurs études dans notre pays. Et le jour où j’ai parlé d’Europe avec Ebru (coucou !), jeune étudiante turque, voici ce qu’elle m’a répondu : « On est trop différents. Je pense
que ce ne serait pas une bonne idée d’entrer dans l’Union Européenne. On peut très bien être bons voisins sans se taper dessus et en s’aidant, sans forcer les turcs à devenir européens. On n’est
pas européens dans la culture, en Turquie. » La question première n’est sans doute pas de savoir si l’Europe veut de la Turquie, mais plutôt si les turcs veulent de l’Europe !
Notre démarche m’agace tant elle est imbue d’elle-même ! Surtout que cette tendance semble délicate à déterminer… les urnes turques oscillant régulièrement entre europhilie et simple
euro-amitié.
Cela dit, comme je l’entendais aussi, la Turquie n’est pas non plus orientale. Elle est en plein boom culturel, mondialisation aidant : les jeunes s’affirment, la société bouge, fait la fête, travaille… la Turquie est en train de rattraper notre mai 1968 ! Imaginer un pays dans un carcan islamique, je le répète, est erroné. Quoiqu’évidemment, comme partout ailleurs, les campagnes sont sans doute plus conservatrices que la ville, la société, l’économie, la pensée turques se modernisent à pas de géants.
La Turquie n’est donc pas européenne, elle est européanisée. Quand on y pense, c’est assez déprimant pour eux ! Ils ne sont pas vraiment européens, mais pas vraiment orientaux non plus. Mais les dirigeants Turcs sont intelligents : et ils essayent de faire de leur pays non pas un membre d’un « camp » ou l’autre, mais plutôt une sorte de carrefour des cultures, des civilisations, un curieux mélange d’orient et d’occident. Et si l’Europe ne participe pas à ce mélange, si elle n’attire pas les faveurs de la péninsule, alors nul doute qu’elle aura perdu une grande bataille géostratégique du début du XXIè siècle.
Ben
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