J'avais prévu de vous parler inflation, mauvaise croissance, et crise du capitalisme, mais...
Quelle triste nouvelle! Nous venons d'apprendre l'échec du Traité de Lisbonne en Irlande, repoussé par ses citoyens à hauteur de 53% d'entre eux. C'est un nouveau coup d'arrêt à la construction
européenne, plus douloureux encore que le premier, sans doute.
Il faut dire que le premier ministre irlandais, en plus d'être franchement très peu charismatique, est entré en campagne extrêmement tard.
Les idées ne manquaient sans doute pas pour
faire campagne... c'est la volonté qui a pêché.
Le symbole est dur : l'Irlande, réputée comme l'une des nations les plus européennes d'Europe, botte en touche. Le tout dans le contexte d'une participation électorale minable (45% environ), hélas
devenue habituelle dès qu'il s'agit d'Europe.
Quel gâchis! Un pays qui a engrengé des millions - non! des milliards ! - grâce à l'Europe. A croire que les Irlandais, comme les Français, et sans doute beaucoup d'autres, ne se rendent plus
compte de ce qu'ils ont gagné, et de ce qu'ils ont à perdre.
Notez que le NON l'a remporté grâce à une mobilisation importante des agriculteurs et des faibles revenus. Sociologiquement, c'est en effet toujours la classe agricole qui sait mobiliser le camp
anti-Européen lorsqu'elle s'estime lésée. Les intellectuels ayant une très forte tendance à approuver le projet continental.
Cela étant dit, il ne s'agit pas de faire comme si 80% des français auraient fermement voté oui dans le même cas. Le fait est que l'Europe est profondément impopulaire depuis une dizaine
d'années. Les référendums n'ont pas lancé un cycle viscieux : ils l'ont révélé. C'est leur seul mérite. L'institution statistique Eurostat parvient à des résultats effrayants quant au
soutien populaire à Bruxelles, Francfort et Luxembourg.
Alors voilà, nous y sommes : il y a un fossé entre le peuple et les institutions européennes. La Commission pourra faire ce qu'elle veut : il y a dorénavant un problème. Un problème de fond. Que
faire?
Il faut repartir sur des bases saines. Sarkozy, lorsqu'il a défendu l'idée de son mini-traité, voulait faire vite et bien. C'était sans doute politiquement et
institutionnellement compréhensible. Mais dans le fond, c'était du rafistolage.
Dire que "La France est de retour dans l'Europe" comme un roquet fier d'avoir ramené son os relevait de l'ineptie si l'on avait pas demandé l'avis des Français avant. Résultat : l'Europe reste
profondément impopulaire, pour une simple et bonne raison, la même qui a conduit au refus irlandais....
ON N'Y COMPREND RIEN!
Comment peut-on imaginer assainir la situation en rédigeant 350 pages d'amendements complètement illisibles puis en les adoptant au Parlement sans demander l'avis aux premiers concernés?
Il est peut-être temps de poser les vrais problèmes. Un VRAI traité simplifié adopté par le peuple, plutôt qu'un traité compliqué au parlement. Vous n'avez qu'à relire mon précédent article... : il
serait temps de se rendre compte que les Européens sont mécontents de leurs institutions communes.
En tout état de cause, nous ne devons pas lâcher l'Irlande. Nier l'avis des irlandais, c'est commencer à admettre que l'Europe n'est pas démocratique mais technocratique. C'est en fait le début de
la fin. Que tous les partisans d'un "contournement juridique du refus irlandais" se rabrouent : ils nous conduisent à l'échec assuré. Nous n'avons pas trois millions de solutions :
1. Refaire voter les irlandais. C'est ce qui s'est passé pour le traité de Nice. Quelques mois après avoir voté NON, les irlandais, au prix d'une campagne pédagogique incroyable et terriblement
épuisante pour la classe politique du pays, ont changé d'avis et voté OUI lors de la seconde tentative. Cela aurait le mérite de calmer la crise et de montrer que dans le fond, l'Europe bien
expliquée reste populaire.
2. Rédiger un nouveau traité "refondant complètement" l'Europe. L'avantage de cette solution est qu'elle donnerait vraiment l'impression de renouveau, si elle va dans un sens de démocratie plus
directe dans la prise de décision européenne. Mais à quel prix? Car ni les dirigeants nationaux, ni les lobbys bruxellois, ni les fonctionnaires européens ne seraient gagnants dans l'affaire...
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