DEJA TROIS ARTICLES SUR http://affairesetranges.hautetfort.com !
Allons vite commenter !
Chers lecteurs,
Voici enfin l'adresse de mon nouveau blog, qui vous attend tous ! Retrouvons-nous y! Et n'hésitez surtout pas à m'y faire des remarques sur l'esthétique, l'ergonomie, le contenu !
Bonne lecture à tous!
http://affairesetranges.hautetfort.com/
Mes très chers amis,
Ces dernierères semaines m'ont laissé bien peu de temps pour penser à mon blog, et le voici vide depuis plusieurs jours déjà.
J'ai donc décidé de mettre officiellement un terme à VdG, dont le concept, j'avoue, commence à s'user.
Ce fut ma première expérience sur le net, et je dois avouer qu'elle fut pour moi très enrichissante et profondément utile à la fois à mes études, et à ma vie de citoyen.
Je voudrais vous dire que vous écrire fut pour moi un plaisir quasi-quotidien, parfois un peu forcé, parfois freiné, et souvent je crois, naturel. Plus encore, avec quelle passion je vous
ai à tous, fidèles, moins fidèles et passants, fait part des mes plus sincères opinions, de mes espoirs, et de mes doutes.
Et c'est sans doute pour cette même raison que si je laisse enfin à VdG le droit d'expirer, je n'en reste pas moins déterminé à rester sur le réseau social virtuel!
Pour cette même raison, je vous dévoile d'ores et déjà le nom du digne successeur de la Voix de Grenoble :
Le Ministère des Affaires Etranges !
Je vous en procurerai l'adresse dès que celle-ci sera créée, en espérant qu'elle n'est pas déjà prise.
D'ici là, je vous souhaite à tous une excellente semaine!
Ben
Mes très chers lecteurs,
Voici maintenant plusieurs semaines que le personnel universitaire et une partie des étudiants manifestent leur mécontentement à l’égard de la réforme des universités. Pour autant, les médias ne semblent pas fournir un effort de pédagogie suffisant pour permettre à l’opinion de bien comprendre les enjeux qui tournent autour de ce décret. Je vous propose donc d’aborder le sujet en six points clairs, en espérant répondre à vos interrogations : à quoi avons-nous affaire ? Cet article est, je sais, assez long, mais les divisions sont visibles pour vous permettre de vous concentrer sur ce que vous préférez ! J’estime – à tort, peut-être – que le sujet mérite le temps que je vous y consacre aujourd’hui.
Bien comprendre : un décret d’application de la LRU
D’abord, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une loi Pécresse, mais bien du décret d’application (c’est-à-dire des directives que le gouvernement envoie à l’administration, en gros) de la loi LRU votée l’année dernière (je vous invite à retourner voir mon article, à l’époque, optimiste, sur le sujet : http://voix-de-grenoble.over-blog.net/article-14408855.html ).
De l’autonomie des universités à la dépendance
On peut toutefois considérer que ce décret d’application peut remettre en cause le principe défendu ou présenté comme tel dans la loi, affirmant que les universités devaient devenir autonomes, apprendre à se gérer par elles-mêmes. Cela passait, il est vrai, par un certain renforcement des pouvoirs du président. Toutefois, ce décret va beaucoup plus loin : il détruit le CNRS et crée, en remplacement, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dont le principe est simple : alors qu’un chercheur à l’époque du CNRS pouvait effectuer des recherches sur la libido des scarabées en Amazonie sans espérer d’utilité économique ou de retombées, cette ANR fonctionnera principalement sur la base de mandats pour des entreprises privées, pour lesquelles elle devra obtenir des résultats. Il est certes intéressant d’introduire cet aspect des choses, mais cela pose tout de même la question de l’indépendance de notre recherche (cf. la question sur la nocivité des téléphones portables) mais aussi de nos universités (si elles sont financées par une entreprise télécom, par exemple, ont-elles les moyens de publier des résultats prouvant la nocivité des mobiles ?!). On a donc une autonomie de l’Etat, mais qui fait craindre l’apparition d’une dépendance à des grands intérêts financiers.
Une nouvelle vision générale de l’enseignement
Secondement, il semble important de souligner le contexte dans lequel cette réforme s’inscrit. Elle s’inscrit d’abord dans le cadre de la « Révision Générale des Politiques Publiques », notion inspirée des modèles anglo-saxons et visant à refonder les services publics afin d’en réduire les coûts le plus possible. Cela se traduit par une réduction des fonds, et l’application de méthodes managériales issues du privé. Mais ce n’est pas pour rien que la CFDT parle de « Réduction générale des politiques publiques », car les budgets publics dans l’éducation, en tenant compte de l’inflation, diminuent de plus en plus depuis une dizaine d’années. D’où l’intention du gouvernement de les compenser par les fonds privés, avec les polémiques que je viens de vous décrire.
Un autre élément du contexte est celui de la réforme du lycée. Cette réforme s’inspire du modèle scandinave, dont on vante tant les mérites en France, mais dont le principe de base reste la socialisation des élèves, davantage que la transmission d’éléments théoriques importants. En Finlande, on peut par exemple passer 2 ans au lycée à faire de la photographie… Je me demande quelle serait la viabilité d’un tel système en France, où nos entrepreneurs se réfèrent encore beaucoup, énormément même, au contenu de notre diplôme scolaire et universitaire… En fait, la crainte qui émerge avec force en ce moment, est celle d’un lycée unique sur le modèle actuel de notre collège (dont on connaît l’efficacité !!!!), « socialisant », suivi d’une université à deux vitesses entre premier cycle (enseignement) et second cycle (recherche), à laquelle on adossera un système de sélection pour commencer la faiblesse du lycée…
Un modèle financier américain ?
Les accusations fusent parmi les manifestants contre ce projet dont on insulte le caractère américain. Je tiens à m’opposer à cet argument. S’il est vrai que le pouvoir a tendance à croire que tout ce qui est Américain et moderne, à tort, les gauchistes français eux, estiment bien trop souvent que tout ce qui est Américain est mauvais. L’autonomie est, certes, un principe aux USA : « L’autonomie c’est la règle pour tous les pays où ‘y a des universités qui s’développent. » nous rappelle si bien l’Empereur dans son discours du 22 Janvier sur la recherche. Toutefois, les universités américaines ont un mode de financement qui diverge réellement de ce que le gouvernement nous prépare. Aux USA, les universités sont financées grâce aux recherches qu’elles effectuent pour l’Etat, ainsi que pour le privé, mais cette dernière dimension est assez minime. Leur principale source de revenu, ce sont les dons des anciens élèves. Il s’agit donc de ne pas assimiler les universités américaines, qui certes, sont des institutions privées, à des universités financées par le privé ! En ce sens, une personnalité du PS (je ne sais plus qui !) a fait une proposition pour chaque étudiant ne paie ses droits d’inscription que par mensualités, après sa scolarité, une fois qu’il a trouvé du travail. Cela me semble plus constructif, et permettrait d’augmenter les contributions….
Un modèle managérial américain ?
Ensuite, le modèle managérial diffère, lui aussi, du modèle américain.
- Modèle américain : les présidents ont énormément de pouvoirs de gestion (construction de ses propres locaux, gestion du personnel administratif, etc.). Ils ne sont en général pas issus du personnel universitaire, mais plutôt du privé. Ils sont contrôlés et élus par le Conseil d’Administration, qui peut aussi à tout moment les révoquer. Ils n’ont pas de compétence en matière de nomination des enseignants : ce domaine est réservé à des comités d’enseignants, collégiaux.
- Modèle français en projet : Le président d’université a beaucoup de pouvoirs, ici aussi, mais y compris en matière de personnel de recherche et d’enseignement. Ils sont en général issus du personnel de l’université.
Ce qui fait craindre plusieurs choses. D’abord, que comme les présidents sont issus du personnel, il y ait des risques de clientélisme fort. La communauté universitaire, il faut le savoir, est toujours divisée par des querelles internes, personnelles, peut voyantes mais bien réelles. Alors même que le président va obtenir les pleins pouvoirs ou presque, est-il normal que personne ne puisse s’opposer à sa volonté ?
Deuxièmement, quelle est sa compétence pour nommer les professeurs ?! N’est-il pas plus intelligent que cela soit réalisé par les responsables de la discipline, les premiers concernés ?!
Troisièmement, l’idée de donner toute autorité au président afin de répartir les heures de son personnel dans le quota recherche / enseignement, fait craindre l’apparition d’une séparation entre l’une et l’autre, cassant le cercle vertueux qui s’opérait entre les deux sphères, et sur lequel De Gaulle lui-même avait longtemps lourdement insisté. Qui plus est, est-il réellement possible pour quelqu’un qui a fait pendant une longue période que de la recherche, de revenir à l’enseignement ?
Le décret comporte aussi une polémique sur l’évaluation des enseignants chercheurs. A titre personnel, je pense que l’idée est plutôt bonne en elle-même. Elle devient problématique quand on la relie avec les pouvoirs démesurés du président de l’université. Clairement, cela correspond à une vision ultra-sarkozyste du management, avec un chef plénipotentiaire guidant fermement la masse derrière lui… Reste à savoir si cette idée colle avec l’esprit de nos universitaires, ce dont je doute…
Ben
PS : Ce dossier est loin d’être complet, et possède peut-être des insuffisances / erreurs. Si mes chers lecteurs les entrevoient, qu’ils interviennent, car je ne demande qu’à mieux comprendre, au vu de la difficulté du sujet. Je vous place ci-dessous une vidéo du discours du 22 janvier du chef de l’Etat, qui a fait scandale au sein de la communauté universitaire. Beaucoup se sont sentis insultés. La vidéo présentée ici a été réalisée par une chercheuse au CNRS ; les deux dernières minutes sont sans doute les plus édifiantes.
Par pure honnêteté intellectuelle de principe, voici le lien vers la vidéo complète et officielle du discours : http://www.elysee.fr/webtv/index.php?intHomeMinisterId=0&intChannelId=8.
Mes très chers lecteurs,
Ce jeudi fut marqué – vous ne l’avez pas manquée – par une intervention tonitruante de notre Chef d’Etat, qui, à l’occasion, avait convié quelques journalistes triés sur le volet. Triste constat, pourtant systématique, qu’à chaque fois, l’Elysée choisit les journalistes, et les choisit mal.
Que pouvons-nous dire des aspects généraux de cette petite performance impériale ? Le qualificatif n’est pas innocent : nous avons eu affaire à une bien décevante prestation. Fidèle à ma coutume, je m’attendais à m’agacer devant mon poste, en concédant le privilège du charisme et de la force de persuasion au Nano-Hyper-Empereur. Que nenni ! Cette fois, ses petites pirouettes n’ont même plus l’effet irrationnel habituel sur mes oreilles pourtant sensibles à l’apparence des beaux raisonnements, et des bons mots.
Une liste ! C’est ainsi que le Président nous a parlé. Les ficelles sont dorénavant trop visibles pour être crédibles. Clairement sur la défensive, le Président s’est contenté de nous rappeler de quoi il n’était pas coupable, ce qu’il avait déjà fait, et ce qu’il comptait faire. Au prix, parfois, de répondre à côté des questions qui lui étaient posées. Il voulait donner ses propositions.
Pourtant, ceux qui écoutent la radio le matin ou lisent le journal – tant que ça n’est pas Le Parisien !* - ne s’attendaient qu’à, je cite, un « exercice de pédagogie », sans qu’il y ait de propositions. Les médias l’ont rabâché toute la journée… Mais miracle ! Le Chef de l’Etat avait tout de même des nouveautés à sortir de son chapeau… M’est avis que la petite entourloupe n’a pas parfaitement fonctionné. Qu’il nous distille au gré de ses (innombrables) discours quelques mesurettes, donne davantage l’impression d’un plan de relance en kit (fourni sans guide de montage, mais avec la pile !) que d’un ensemble cohérent.
Passons plutôt au fond du discours. Une tendance à remarquer est celle du « virage social », c’est-à-dire des nouveautés qu’il a prononcées sur le sujet : allocation des intérêts aux mesures sociales, augmentation de l’indemnisation de chômage partiel, régulation de la répartition des profits. La tendance globale, selon toute vraisemblance, vire tout de même clairement à gauche. Notre président n’est plus de droite, voilà une certitude. Mais comment lui en vouloir : qui peut l’être, par les temps qui courent ? Même si j’en ai furieusement envie, plutôt que de m’attarder à critiquer ce « virage » et de le dénoncer comme un aveu d’impuissance et d’échec (pour ça, rendez-vous au PS !), je préfère souligner pour vous, en avisé observateur (!), les quelques inepties que j’ai pu relever.
Je me souviens premièrement de la question – sur la fin – de David Pujadas sur sa pratique du pouvoir et la question de la concentration des pouvoirs. Le Chef de l’Etat a alors utilisé un argument historique pour se justifier… assez maladroitement d’ailleurs, car il a bafouillé au début de sa réponse. Ainsi, tous les présidents de la République, et De Gaulle en particulier, auraient toujours apporté une grande attention à tous les détails… Mon oreille toutefois, a sifflé en entendant cette réponse. Car si homme avait compris que le pouvoir n’est justement pas de tout contrôler, mais de savoir déléguer, c’est bien le Général. Ce dernier savait en effet observer les détails ; mais il laissait à ses ministres une grande marge de manœuvre : il leur faisait confiance, et ses ministres étaient, au sens fort et au sens faible du terme, responsables. Il en va tout autrement en ce qui concerne la régence actuelle : le président ne sait absolument pas déléguer, cela se voit clairement dans sa pratique, interventionniste dès que le dossier s’enflamme. Il ne peut pas s’empêcher de tout faire. Il y a là sans doute, quelque relation avec l’idée qu’il se fait du pouvoir, de son propre pouvoir.
Secondement, et même si un article entier serait nécessaire sur ce sujet, je me dois de souligner l’immense question que pose la suppression de la taxe professionnelle. Dans le fond, tous les gouvernements du passé**, de gauche comme de droite, ont critiqué cette taxe, qualifiée « de l’impossible » par Mitterrand lui-même. La volonté n’est donc pas nouvelle. Mais nul n’a trouvé par quoi la remplacer. Notre Omnano-Président a hier parlé de compensation par la taxe-carbone de manière très floue. Il faut savoir que la taxe professionnelle représente pour certaines communes 50% de leurs recettes : la proposition du Président expose donc avant tout les collectivités locales, bien plus que l’Etat. Pour lui, le seul risque est d’accuser la gauche d’avoir mal géré leurs fiefs locaux ! Mais ce qu’il reste important à souligner, c’est que l’idée est plutôt bonne (en terme psychologique surtout, vis-à-vis des entreprises), alors que son application risque de poser de gros problèmes.
Il pourrait même s’agir d’une simple manœuvre politique qualifiée par les politistes de blame avoidance (évitement du blâme), consistant à prendre une mesure, puis à la compenser par une autre. Le résultat réel est nul, mais on donne l’impression d’agir. Ainsi, si le chef de l’Etat compense la suppression de la taxe professionnelle… en créant une autre taxe, je doute des vertus économiques du dispositif ! Je vous invite, chers lecteurs, à suivre cela de près, en tenant compte, je l’espère, de cet avisé commentaire !
La longueur de ce billet risque déjà de vous rebuter : je ferais sans doute mieux de m’arrêter là, sans parler de cette fameuse affaire de Saint-Lô, où l’Empereur a affirmé avoir fait muter le préfet parce qu’il n’avait pas été capable de maintenir l’ordre public convenable. Je reste assez perplexe, sachant que ce même inspecteur avait le taux d’élucidations d’enquêtes le plus élevé de France, et qui plus est, affirmé qu’il avait une certaine sympathie pour Dominique de Villepin.
C’est l’Empire, dans toute sa noire splendeur…
Je vous souhaite donc à tous un très bon week end, et vous promets de vous retrouver sur le thème de nos (chères, oh ! si chères…) universités !
Ben
* Spéciale dédicace !
** A la surprise générale de la droite actuelle, c’est un fait avéré qu’il a existé des gouvernements avant l’émergence de Nabot-Naparte Ier.
Mes très chers amis,
Malgré mon aphonie de ces derniers temps, j’aimerais profiter de cette journée de grève générale pour vous faire part de mon sentiment prenant et intense, de malaise profond. Ce sentiment est une sensation générale, presque irrationnelle, en tout cas peu explicable, de ras le bol et de dégoût envers ce que chaque jour, l’actualité nous présente. Envers, entre autres, le pouvoir qui est en place, et le non-pouvoir qui n’est pas à sa place.
Un ras le bol contre le chef de l’Etat, dont on a l’impression qu’il ne conduit le pays qu’à des fins strictement politiciennes, de popularité et d’opinion. Le sentiment que rien, absolument rien, ne lui tient honnêtement à cœur. Que sa seule obsession a toujours été, et est encore la popularité. Qu’il ne cherche même pas à faire semblant de cacher les ficelles pourtant grossières de ses pathétiques pirouettes. Ces annonces répétées et pourtant tellement futiles, de mesures par-ci, d’idées par-là, de quelques sous distribués au gré de l’électorat, cachent un dilemme bien plus massif. C’est celui, pourtant maintes fois dénoncé, de l’impotence, de l’obsolescence de l’Etat-nation-Providence face à une crise globale, et générale. C’est celui de l’incapacité chronique du chef de l’Etat à incarner, quelques semaines durant, le rôle du fédérateur et du responsable de crise, calme, charismatique et rassurant.
Des plaintes qui visent aussi, et surtout, la qualité humaniste de notre démocratie prétendue modèle et pionnière. Des interrogations sur la l’indépendance de nos médias, qu’ils soient privés ou publics ; sur l’indépendance de notre justice et la capacité d’un procureur à résister aux pressions politiques davantage qu’un juge d’instruction ; sur la place de notre Parlement dans les institutions de la République, où, cruelle manifestation d’impuissance et ultime recours politique, des députés de l’opposition nouent leur propre bâillon ; sur enfin, la qualité de notre démocratie sociale, en proie au chômage grandissant, à l’expansion du travail misérable.
Tout cela ne peut conduire qu’à l’aggravation des conditions actuelles de notre pays. Jamais, depuis les années 1930, les divisions entre classes sociales, entre professions, entre familles politiques, n’ont été aussi exacerbées. Aussi violentes. Le pouvoir en place s’est appliqué, dans chacune de ses actions, et je l’ai souvent souligné, à diffuser une vision manichéenne de la société, dénonçant les abus des uns, les manques des autres, mais dénonçant toujours. La société française, plus encore qu’en 2007, a besoin d’une concorde. Dehors pourtant, c’est le chaos.
Je ne partage certainement pas les visions de la CGT, ou d’une partie du PS. Mais parce que je m’inquiète pour la démocratie et que je n’ai plus confiance dans le pouvoir en place, je me retourne vers l’opposition. En attendant de retrouver un centre démocrate un peu moins pathétique.
Ce mouvement va plus loin que la droite, le centre et la gauche. C’est un appel à un tournant qui n’a pas été pris. S’il perdure, je le rejoindrai. Aux côté des étudiants, des lycéens, des magistrats, du personnel hospitalier, des professeurs, des journalistes, des postiers, des cheminots, et des juges d’instruction.
Parce que je crois encore en mon pays, en mon continent.
Ben
Mes chers lecteurs,
L'hôpital est une institution trop importante pour les Français, pour qu'il soit le lieu de polémiques parfaitement
déplacées. Ces propos sont du chef de l’Etat, qui, à l’occasion d’une visite à Strasbourg, a abordé le délicat sujet hospitalier – quoique
d’autres thèmes d’actualité auraient pu être tout aussi instructifs !-. Comme d’habitude, il est difficile de ne pas être d’accord. Le problème fut – vous le savez – ce qui suit
dans son allocution : « L’hôpital ne souffre pas d’un manque de moyens » mais d’efficacité.
Toussotements dans l’assistance.
C’est typiquement le genre d’exemples qui créent des *polémiques déplacées*. Quand bien même il le penserait, était-il obligé de le dire ?! Nabot-Naparte Ier a ceci de particulier qu’il aime remuer de l’air gratuitement et réformer à tout va – avec des résultats se limitant en général à ses scores d’audience au JT -. Pire encore : il aime avoir l’air de choquer, de « dire les choses ». Cette petite phrase correspond à sa technique traditionnelle d’avoir l’air d’un hérétique face à je ne sais quelle pensée unique (terme qu’il apprécie).
Aussi chers lecteurs, encadrez et surlignez cette définition devenue maintenant garante de votre survie dans ce monde de brutes et de stérilité intellectuelle :
La pensée Sarkozienne se constitue de petits exemples frappants, capables de monter en généralité en raison de leur faculté à toucher une fibre particulière du gaulois – c'est-à-dire à confirmer tout a priori pourtant grotesque de ce dernier.
Pour être plus clair : en choquant, il rassure les gens sur leurs propres a priori et les empêche de penser réellement. Il rallie ainsi autour de lui et de ses pensées pré mâchées et populistes.
Essayons donc de ne pas faire comme lui, et de penser de manière éclairée au sujet des hôpitaux.
L’argument choc de son non-raisonnement reste tout de même intéressant : en dix ans, la
Sécu a consacré 23 milliards de plus aux hôpitaux. Ce n’est pas rien, mais ça ne veut rien dire en soi non plus. Tout élément doit être pris dans son contexte : lorsque l’on étudie l’action
publique, il faut toujours comparer le rapport entre charge assumée par les citoyens, et le service rendu en retour. Par exemple, les Français paient beaucoup plus d’impôts que les américains,
mais ont une bonne couverture maladie. En supprimant la sécu, on arrive au même niveau d’imposition qu’eux. Bref : pensons au contexte ! Quel est-il,
alors ?
La première chose à remarquer est une vraie tendance de fond contre laquelle personne ne peut lutter : la démographie et le vieillissement. Chaque homme dépense la majeure partie de ses
frais de santé à la fin de sa vie ; hors, beaucoup de français arrivent à ce stade, avec à la clef des dépenses extrêmement plus importantes que ce à quoi nous étions habitués. Depuis 10
ans, ce phénomène prend une ampleur exponentielle.
Une seconde tendance est celle des progrès techniques, réels et très bénéfiques pour les patients, mais douloureusement coûteux pour la collectivité. A titre personnel, je ne vois pas comment faire autrement que de payer plus pour en assumer la charge. Il existe à ce propos plusieurs théories économiques affirmant expressément que plus la société avancera dans le progrès, plus la part proportionnelle de nos dépenses de santé va augmenter – à moins que tout un nouveau secteur de l’économie n’apparaisse et soit source de nouvelles richesses. C’est une tendance de fond, presque paradoxale mais inévitable, que nul ne peut nier : plus le système sera bon, plus il coûtera…
Il y a donc sans doute des
raisons à l’augmentation de ce budget. Je ne sais en revanche pas si cela vaut ou non 23 milliards. Mais sa façon de présenter le débat est caricaturale. En particulier parce que depuis 10 ans,
des circulaires tombent régulièrement et confirment dramatiquement la politique mise en place depuis deux décennies à propos de la sécurité sociale : baisse des dépenses, serrage de ceinture
et raisonnement comptable. Je vous invite dès lors à faire le lien avec l’un de
mes précédents sujets, vous rappelant que les dépenses ne sont pas réductibles ad vitam eternam, et qu’il faudra bien à un moment ou à un autre, penser à augmenter les recettes et à
faire jouer la solidarité nationale. Mais cela relève, bien sûr, du pur courage politique et du sens de la responsabilité.
Enfin, je voudrais attirer votre attention sur la mise en place des 35 heures dans la fonction publique hospitalière. C’est une véritable catastrophe nationale, dans la mesure où l’on a demandé d’en faire autant en moins de temps – car parallèlement, comme je viens de vous le dire, on a refusé d’augmenter les dépenses et d’embaucher. Il serait peut-être temps d’être honnête : le personnel peut peut-être travailler davantage ET être plus nombreux, afin de réellement réduire son stress et de mieux répondre aux demandes des patients.
Je me permettrai donc, pour finir, de plagier notre chef de l’Etat :
L’hôpital est une institution trop importante pour les Français, pour qu’il soit dénué d’un personnel exceptionnel, et de moyens exceptionnels.

Ben
Je voudrais profiter de cette petite missive pour souhaiter à tous mes très très très chers lecteurs le plus fantastique des Noël. Profitez de ce havre de paix immaculé au milieu de notre si
tourmenté calendrier pour oublier tous les soucis de la vie quotidienne, toutes les grandes questions à propos desquelles votre blog préféré ne manque pas de vous tarabuster l'esprit.
Noël est un oasis au milieu du désert, un petit moment de répit. Risquant le scandale, je me permets de citer mon curé : "Pour un jour, laissons le monde aux enfants.".
Mais le 25 Décembre, c'est aussi, je tiens à vous le rappeler, l'anniversaire de VdG, qui souhaite aujourd'hui sa première année d'existence. Une occasion unique pour moi de tous vous remercier
du fond du coeur de revenir malgré mes provocations, mes erreurs, mes imprécisions, et mes absences. Merci à tous. Vous m'aidez sans doute plus que vous ne le pensez.
Ma pensée va aussi à Thierry, fidèle des fidèles, que j'apprécie comme homme de pensée, et aussi comme ami.
Joyeux Noël à tous.
Ben
Mes très chers lecteurs,
De manière complètement opportuniste, je profite de mes révisions de Politiques économiques pour vous proposer un sujet qui s’imposera bientôt de plus en plus dans l’actualité, avec l’arrivée des élections de Juin : l’Europe.
Je crois vous avoir déjà fait part de mon agacement sur certains sujets, tant la crise aurait pu représenter une opportunité formidable pour les fédéralistes. Mais le fait est, je
pense, que nous devons continuer à défendre avec acharnement cette position ; non pas qu’il s’agisse là d’une ambition réalisable immédiatement, bien sûr. Mais plutôt, nous avons le devoir
de continuer à proposer cette alternative, car un jour viendra où elle sera la seule crédible. J’ai la ferme conviction, mes amis, que l’Histoire nous mènera, quoiqu’il arrive, à ce que nos
ancêtres avaient annoncé dès les années 1950 : une fédération.
Il faut d’ailleurs dire que notre continent se trouve dans une situation relativement ubuesque, due à l’histoire de la construction de l’union. L’échec de la CED en 1954 a incité les responsables à chercher une nouvelle voie pour garantir la paix et la mutualisation des destins.
Cette voie fut clairement définie par Maastricht, en 1992, avec la perspective de se doter d’une Union Economique et Monétaire (UEM).
Emerge dès lors un problème immense : nous avons créé un système dont nous n’exploitons pas l’avantage. L’union monétaire est une réalité, mais l’union économique est encore largement une utopie… fédéraliste !
Nous avons réussi à créer la monnaie commune : l’euro est un succès international reconnu, et sa solidité, farouchement défendue par la BCE, est encore prouvée par le nouveau record face au dollar ce matin. Si j’avais le temps, je vous expliquerai en quoi l’euro nous a évité bien des soucis, contrairement à l’opinion répandue…
Cela dit, il est vrai que la BCE est extrêmement rigoureuse, bien plus que la Fed (USA). Là encore, les critiques
fusent. Mais a-t-on au moins conscience de la complexité du travail de notre banque centrale ? Elle doit fixer un taux d’intérêt commun, elle doit gérer une monnaie commune, et rendre ses
décisions crédibles pour 16 nations, 16 situations différentes, 16 politiques budgétaires. Il est littéralement impossible de mettre tout le monde d’accord : une politique plus expansive
désavantagerait certains pays, et vice-versa. La BCE fait donc le choix, arbitraire, de défendre l’euro.
Voilà donc l’alarmant constat que nous ne cessons de faire, en étudiant l’économie européenne : notre politique monétaire et budgétaire ne sont pas adaptées, pas coordonnées, parce qu’il existe une monnaie pour 16 configurations différentes. Reste donc à savoir ce qu’il faut faire.
Kant affirme, de manière provocante, que l’on est toujours libre. Libre à nous, donc, de choisir entre sortir de l’euro, ce qui signifierait l’implosion de l’union, ou l’affirmation d’une véritable politique budgétaire européenne. Son émergence sera longue, car les Etats, et surtout leurs élites, défendent leur souveraineté avec acharnement.
Mais un consensus est possible ! Bien plus efficace que la remise en cause de l’indépendance ou des objectifs de la BCE, la création d’un budget européen pour amortir les chocs de la politique monétaire dans certains Etats est une bonne solution de départ, si tant est que la consultation / coordination budgétaire générale devienne réelle. Cette dernière existe en effet dans les textes, mais pas dans les faits.
Une seconde étape sera celle autour de l’intégration de nouvelles politiques au sein de l’union ; en confiant davantage de compétences aux institutions communautaires, nous contribuerons à leur donner plus de poids, en vue d’atteindre une masse critique.
La question n’est pas de supprimer l’Etat. La question est d’arriver à créer un réel bloc continental coordonné, mes amis. Si
demain, la BCE va dans un sens, et que nous continuons à aller dans l’autre, alors il n’y a aucun doute : les Etats-Unis continueront à être devant. Alors même que notre capital humain,
technologique et commercial est largement supérieur.
Le XXIè siècle sera celui du choix, entre l’union et la division. Cette situation hybride ne mènera nulle part. Nous n’avons pas d’autre possibilité que de nous décider : nous unir ou nous diviser. Nous battre, ou subir.
Ben
Mes chers lecteurs,
Aujourd’hui est évidemment un grand jour, puisqu’il s’agit du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits
de l’Homme, document Onusien rédigé, vous l’aurez compris, en l’an de grâce 1948.
Comme le disait si bien l’Empereur hier encore, la communauté internationale avait de quoi être optimiste il y a 60 ans. Mais entre temps, il y eut crises, et il y eut le 11 septembre, manifestation de la barbarie la plus ignoble, de la terreur. Dit-il.
Certes. Mais il semble évident qu’il faut trouver dans cette évocation du 11 Septembre une inquiétude bien plus grande encore que celle provenant de l’extérieur, qui d’ailleurs, est assez confortable, car elle évite de se regarder en face. Il est extrêmement clair que l’occident a perdu, le 11 septembre. C’est la grande victoire de Ben Laden… En déstabilisant les démocraties occidentales (n’oublions pas qu’il n’y eut pas que New York, mais aussi Londres et Madrid), il les a forcé à rogner leurs propres principes. L’occident est entré dans une phase sécuritaire, dans laquelle tous nos droits individuels ont été piétinés à l’autel de la sécurité intérieure – sur le modèle des néo-conservateurs américains -, et dans une phase violente, embrasant littéralement la poudrière du Moyen-Orient et exhortant les fondamentalistes de tous bords, des protestants prosélytes aux islamistes. Mes chers amis, j’ai bien peur que l’année 2001 ait été l’ouverture d’une période de violences, à l’initiative des démocraties.
C’est d’ailleurs dans cette même foulée de la primauté de la « loi et l’ordre » - thème typique des régimes à l’exécutif
prépondérant, pour parler très diplomatiquement – que toute l’Europe et les Etats-Unis ont effectué un virage politique « à tribord toutes ». De la « vague rose » européenne,
nous sommes donc passés à une « vague bleue », qui va même, et c’est sans doute le plus ahurissant, jusqu’au retour d’un clown à la Présidence du Conseil italien. Il serait malvenu
d’opposer la droite et les droits de l’homme, mais c’est toutefois bien les droites les plus conservatrices qui se sont emparées du pouvoir dans de nombreux cas – à l’Allemagne près -, avec les
coups portés à la liberté que cela peut engendrer. Un exemple très concret et tout à fait récent : la RAI italienne vient de censurer le film Brokeback Mountain, histoire à l’eau de
rose entre deux homosexuels américains dans les années 1970. Ou encore, observons ce qui se déroule aux Etats-Unis avec une régression des droits de mariage aux homosexuels – discrimination
supplémentaire et intervention de l’Etat dans la sphère privée. Cela est une atteinte aux droits de l’homme dans le sens où l’on s’appuie sur une idée très précise et purement symbolique de la
famille, de ce que l’on veut faire de la société. On sait où cela mène. Ce n’est pas grand-chose, mais démontre très clairement où nous allons. Les conservateurs « décomplexés »
reviennent en force dans le paysage politique, défendant avec de plus en plus de succès l’idée d’une société sécurisée (comprenez : fliquée) et relativement standardisée, calquée sur le
modèle classique qu’elle se fait d’elle-même depuis vingt siècles de catholicisme (et je dis cela, encore une fois, avec toute l’éducation catholique et les valeurs catholique que j’ai reçu et
que – précisément !- j’approuve). Je parle de manière très povoquante des homos : j'aurais pu évoquer les immigrés, et bien d'autres. A titre personnel, il y a des jours où je ne suis pas
fier d’être Français. Comme quand B. Kouchner affirme que la « création d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme était une erreur ». Dans le fond il n’a pas tort ; et
c’est bien cela qui fait mal.
Voilà donc, en ce jour très spécial, une piqûre de rappel à la France fière
de sa Révolution, sans doute un peu trop. La leçon éternelle de notre histoire, que j’avais déjà évoquée il y a un moment de cela, c’est que ni la démocratie, ni nos droits, ne sont jamais
acquis. Plus que jamais, nous devons comprendre que la démocratie représente avant tout la nécessité de se changer soi-même, de se regarder dans la glace avec un esprit vraiment critique. La
démocratie, ce n’est pas faire « cocorico » tous les 14 Juillet, quand bien même cela en serait pour partie un élément.
Il est important de rappeler que les droits de l’homme n’ont rien d’universels. Aujourd’hui, les démocraties sont en minorité sur la scène internationale. Il est donc important qu’elles restent soudées, et qu’elles cessent de se renier pour contrer les menaces. Bien au contraire, nous nous devons de les rendre attrayantes. Nous devons continuer à éclairer nos concitoyens, à leur permettre de s’épanouir sereinement. À l’opposé de la barbarie, il n’y a pas l’Ordre et la sécurité. Il y a l’humanisme.
Nous devons rester ce que nous sommes.
Ben
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