Bonjour à tous !
Voici donc, comme promis, un article sur le libéralisme. Je me propose de le décliner en plusieurs grandes affirmations, que j’expliquerai
et justifierai au fur et à mesure. C’est plus simple, et plus clair pour tout le monde. De plus, l'article étant long, cela vous permettra de le lire en plusieurs fois! Cela peut vous paraître
assez pénible, rébarbatif, trop technique... n'hésitez pas, bien sûr, à demander des clarifications en commentaire, je me ferai une joie de m'améliorer en pédagogie! Mais j'essaye d'expliquer des
choses qui ne sont pas si simples, et qui, pourtant, permettent de mieux comprendre notre situation...
Plus de concurrence ne nuit pas au consommateur, au contraire
Le libéralisme ne fonctionne qu’avec la concurrence. Lorsqu’en cherchant à acheter un produit, vous avez le choix, vous pouvez comparer les
prix et les qualités, vous pouvez choisir celui que vous estimez le meilleur, au bon prix. En revanche, si le choix est très réduit, alors il y a des risques que les vendeurs s’entendent entre
eux. C’est le cas par exemple de la téléphonie mobile, où les opérateurs ont clairement établi des prix de connivence, délibérément plus haut que ce que nous pourrions obtenir s’il y avait une
véritable concurrence. C’est aussi vrai pour la Grande Distribution, qui réalise des marges importantes car chaque marque dispose d’un monopole géographique (et d’une faculté de pression sur les
fournisseurs). La loi Sarkozy n’y changera d’ailleurs pas grand-chose. Il est à noter que les magasins où les petits prix sont rois (les magasins dits de hard-discount) voient leurs
chiffres d’affaires exploser depuis quelques mois.
>> Le système de distribution actuel manque de concurrence dans de nombreux secteurs (GD, téléphonie, verrerie,
etc.)
Le libéralisme est un modèle qui ne fonctionne pas pour certains secteurs fondamentaux
Il y a un autre constat simple à faire. Puisqu’il y a un phénomène naturel qui tend à l’agrégation des marques (à la formation de grands
groupes, de holdings), on peut se demander ce qu’il devient du libéralisme lorsqu’il est appliqué à des secteurs fondamentaux (l’énergie, l’eau, les transports, par exemple). Comme il s’agit de
secteurs dans lesquels on peut difficilement réduire sa consommation sans y perdre sa santé, ce sont les derniers achats auxquels on renonce. Et ainsi, si une entreprise arrive en situation de
monopole, elle aura une influence énorme sur le système de consommation tout entier, quand bien même elle n'en aurait pas l'intention : elle peut, à elle seule, faire chuter la
consommation de tous les autres produits en augmentant ses prix. C’est pourquoi la politique européenne de concurrence dans le secteur énergétique me met hors de moi. De même, certains secteurs
sont par nature non rentables (exemple : les lignes TER). Si on les abandonnait au privé, ils mourraient. On ferait mieux de créer des grands services publics européens !
>> La notion de service public à la française n'est pas une tarre en soi
lorsqu'elle est appliquée dans tels secteurs, dans lesquels la concurrence ferait plus de mal qu'autre chose. L'Europe en aura besoin, il faut qu'elle sorte de son endoctrinement et de la
concurrence à tout va.
La recherche du seul profit mène droit à la catastrophe
C’est un argumentaire qui revient de plus en plus souvent dans la dénonciation de la crise actuelle. Au fond, un modèle économique dans
lequel on recherche plus à enrichir une classe dominante plutôt qu’investir est voué à l’échec. Ce constat est de plus en plus pressant de nos jours : le système économique engraisse de plus
en plus les grands actionnaires, sans pour autant retrouver une part substantielle de ses profits dans l’investissement. L’argument des libéraux est d’affirmer que les entreprises peuvent
justement investir grâce aux actionnaires qui leurs fournissent des fonds. Problème : les actionnaires ne sont pas de grands altruistes, et exigent des entreprises qu’elles ne s’endettent
pas ! Les démocrates proposent de longue date de faire varier les impôts sur les entreprises en fonction de la répartition des bénéfices entre les dividendes et l’investissement pour palier
à ce problème, par exemple.
>> Il faut relier l’économie réelle au monde financier, le capital au travail, pour booster l'investissement mondial. Le libéralisme dans le
monde financier ne conduit qu'à agrandir la fracture entre deux mondes, et détruit la logique et le but même du système boursier, qui est d'aider les entreprises. Pas les
exploiter.
Libéralisme et inégalités de revenus
C'est un débat difficile. En ce qui concerne la France, on a pu constater qu’elle est l’un des pays occidentaux où la différence entre
les 10% des plus hauts revenus et les 10% des plus bas revenus a le moins bougé depuis 50 ans. Le graphique ci-dessous le démontre.
(Source : Le Revenu salarial et
ses composantes, évolution et inégalités de 1978 à 2005, INSEE)
Où est le problème, alors ? Selon moi (et c'est diagnostic strictement personnel, mais qui permet sans doute de résoudre l'altercation entre J. Peyrelevade et E. Todd lors de la Convention
du 8 Juin), tout est lié non pas à la répartition des revenus, mais à la répartition de la baisse des revenus réels. C'est-à-dire que tout est lié à la répartition de l'inflation.
Je m'explique. Quand on voit que le prix de certains légumes ont explosé, en triplant, tandis que celui des écrans plasma a augmenté de trois "pichenettes", on comprend pourquoi les pauvres sont
proportionnellement plus pauvres, et les riches plus riches. Imaginons! Dans un petit budget, l'alimentaire représente par exemple 40% des dépenses. Chez quelqu'un d'aisé, cela en représente 10%.
Donc quand les prix augmentent de 20% dans les produits alimentaires :
40% du budget augmentent de 20% chez les petits revenus --> pouvoir d'achat en chute libre
10% du budget augmentent de 20% chez les gros revenus --> pouvoir d'achat quasiment inchangé
L'écart se creuse, alors même que les salaires n'ont pas bougé.
Ce n’est pas une affaire de salaire : c’est une affaire d’évolution des prix. Ils explosent dans les produits de grande consommation, et sont très stables sur les produits de luxe. Pour
palier à ce problème, il faut trouver des solutions structurelles : augmenter la concurrence dans la Grande Distribution, inciter à la baisse les prix de l’immobilier et de l’énergie...
bref, serrer la ceinture sur tout ce qui est indispensable. Cela dépend bien sur, aussi, des marchés internationaux… Là est une question plus grande encore, et sans doute, une possibilité
d’amendement au libéralisme qui ne serait pas inutile. Mais est-ce possible?
Libéralisme et inégalités de croissances
La question s'est posée, lors de la Convention sur l'Europe, de savoir s'il fallait protéger ou non le système social Européen. C'est-à-dire mettre en place des droits de douanes à la sortie de
l'espace Schengen, pour compenser la grosse différence des salaires. J'ai tendance à considérer une telle solution comme un ultime recours.
Tout d'abord, il faut rappeler que grâce à la BCE que Nabot-Naparte Ier aime tant, l'Euro a été maintenu à un niveau
très haut. Cela nous permet d'importer nos produits de l'étranger pour beaucoup moins cher : pensez que sans la politique rigoureuse de la BCE, vous
paeriez votre essence 40% plus cher! En conservant notre monnaie forte, nous perdons des chances d'exporter, certes, mais nous pouvons continuer à consommer. Ensuite, il faut tout
simplement rappeler que pas mal de pays européens s'en sortent très bien malgré les différences internationales de salaires. Il suffit d'adopter une nouvelle forme de souplesse dans l'emploi, par
exemple, ou une nouvelle répartition de la redistribution étatique.
La question du protectionnisme européen reste posée. Je pense que si cette idée aboutit sur un projet concret, il faudra en manier la dose avec rigueur et prudence. Le
protectionnisme souvent, se retourne vite contre son auteur. Mais une chose est certaine. Si nous voulons augmenter la qualité environnementale de notre système économique et
conserver un modèle social solidaire alors que nous n'avons pas l'élan pour cela, nous devrons y recourir. Hélas.
J'ai volontairement choisi de ne pas vous assomer avec d'autres questions plus importantes encore : la question environnementale, par
exemple. Je vous laisse le soin d'y réfléchir... tout haut.
Ben
Derniers Commentaires